‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 137 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

mènes, qu'ont probablement observés plusieurs de mes lecteurs. — La plupart du temps, pendant la recherche même du mot perdu, flous savons quand nous nous approchons du but ou quand nous sommes déroutés. — L'autre phénomène est plus frappant encore. Très fréquemment pendant que nous cherchons un terme perdu, nous nous mettons à la poursuite d'un autre qui n'a avec le premier aucune connexion apparente, et qui en a cependant une très réelle. Je vois par exemple une graine ; je sais que c'est celle d'une plante grimpante dont j'ai perdu le nom, et je me mets à chercher ; en même temps se présente à moi, sans que je puisse deviner pourquoi, un qualificatif: € de Virginie;» le substantif me manque aussi, je sais seulement qu'il s'agit d'un bois dont autrefois j'ai bu l'infusion pendant une maladie nerveuse. Après bien des efforts, je trouve le nom de la plante grimpante: c'est l'Aristoloche Siphon. Après de nouveaux efforts, je retrouve le second substantif; c'est la Serpentaire de Virginie. Dans le premier moment, je n'aperçois pas le moins du monde pourquoi ces deux termes s'étaient sans raison apparente soudés ensemble dans mon travail mnémonique. Bientôt je retrouve ce pourquoi : la serpentaire est un aristoloche aussi (A. Serpentaria). L'organe de la mémoire peut donc nous présenter des termes que nous ne cherchons pas; et par cette seule raison, qu'ils ont une connexion, fût-elle temporairement inconnue pour nous, avec un terme que nous cherchons. C'est encore là, ce me semble, un exemple frappant d'un travail latent de la pensée : d'un travail compliqué qu'elle exécute à notre insu.

L'analyse du moindre acte de rappel conduit tout homme de bonne foi à cette conclusion : c'est que la mémoire est une faculté à la fois organique et psychique. L'organe reçoit et conserve, souvent avec une fidélité incroyable, les gravures qu'y imprime par millions , soit l'action de nos sens , soit celle de la réflexion et de l'imagination. Nais c'est l'activité

consciente d'elle-même, c'est l'unité animique qui cherche l'empreinte, et qui reconnaît si elle est juste ou non. Sans l'appareil récepteur, certainement la mémoire psychique serait annulée. Mais sans l'être qui cherche l'image, sans l'upité pensante, l'appareil organique, non seulement ne rappellerait rien, mais ne fonctionnerait pas.

Ce que nous disons ici jcte la mémoire, s'étend a fortiori à toutes nos autres facultés. A toutes, il faut un organe pour agir, mais au-dessus de chacun de ces organes se trouve une faculté qui contrôle, qui acquiesce. Et cette faculté appartient à une même unité centrale.

S'il reste au lecteur le moindre doute sur l'exactitude de cette assertion, les considérations suivantes le dissiperont.

VI. Quelques philosophes ont avancé que la notion du temps (et de l'espace) ne s'acquiert que par l'expérience, par l'observation journalière des phénomènes dans leur succession. D'autres ont dit que cette notion est au contraire une intuition pure, antérieure à toute observation. D'autres enfin ont nié tout à la fois le temps et l'espace : c'est assurément la façon la plus expéditive de résoudre un problème ! Nous n'avons point ici à nous occuper de cette notion au point de vue de son origine ; et nous dirons seulement qu'il en est arrivé, quant à la détermination de cette origine, ce qui arrive dans tous les cas où, pour étudier -les fonctions et les facultés d'un être vivant, on commence par le tronquer. Les uns ont bâti un homme sans corps, sans instrument sensitif ; lçs autres ont bâti un corps sans homme: et c'est sur cette tronquature qu'on a argumenté. H est clair qu'avec un pareil point de départ, la vérité ne peut manquer de s'enfuir d'autant plus vite que nous la poursuivons avec plus d'ardeur.

Dans ce monde et en nous prenant tels quels, lorsque notre intelligence a acquis le développement qu'elle comporte, non seulement nous avons l'idée de durée et d'intervalle de temps, en ce qui concerne les phénomènes dans leur succession,

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