‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 139 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

intégral de l'ensemble de nos facultés ; et si Tune d'elles est lésée ou faussée dans l'organe qui lui sert d'instrument de manifestation , nos jugements sur le temps sont faussés aussi par contre-coup. Mais même dans le cas où ces jugements s'égarent le plus, il est encore facile de constater que c'est bien à I'élément animique exclusivement qu'appartient l'er- Feur.

Nous sommes tous les jours, ou pour mieux dire, toutes les nuits, témoins et acteurs: dans un phénomène dont les conséquences philosophiques sont peut-être plus significatives dans le sens dont nous parlons que les considérations les plus élevées. J'syoute que ce phénomène est aussi facile à interpréter qu'il est fréquent ; et il est vraiment inconcevable qu'on n'en ait pas tiré en général les conséquences qui en découlent d'elles-mêmes.

Chacun de nous a pu observer mille et mille fois qu'à l'état de sommeil et pendant le rêve, la mesure du temps et de l'espace est profondément modifiée pour nous. Nous faisons un songe qui nous semble interminable, et à notre réveil, nous acquérons la preuve la plus positive que ce songe n'a pu durer que quelques secondes. Souffrant de la fièvre, j'essaie de prendre un peu de repos, je souffle la bougie qui m'éclaire ; je m'endors ; mais au lieu du sommeil réparateur, c'est un rêve qui m'obsède ; je vois passer devant moi longuement, et avec leurs souffrances, avec leurs peines, toutes les scènes de ma vie ; la fièvre cette fois du moins me rend un service, elle me réveille : la mèche de ma bougie fume et charbonne encore! II y a bien plus. A qui n'est-il arrivé d'être réveillé en sursaut soit par un bruit, soit par une sensation douloureuse accidentelle? Neuf fois sur dix dans ce cas, nous avons le souvenir d'un rêve dans lequel la cause qui nous a réveillés a trouvé sa place, est entrée comme partie intégrante. Nous sommes tirés du sommeil par l'explosion d'une arme à feu par exempte: presque toujours nous rêvions que nous

étions à la chasse, ou que nous étions témoins de la rupture d'une chaudière à vapeur etc. etc. ; chacun en pareil cas faisait un rêve en rapport avec ses occupations ou ses préoc-» cupations habituelles. On verra bientôt pourquoi je souligne les verbes à l'imparfait: nous rêvions, nous faisioris.... C'est bien le futur qu'il faudrait ici. Mais je cite un exemple bien plus frappant et plus développé encore. Je le tire du remarquable livre de M. À. Maury, « le sommeil et les rêves. » Je laisse parler l'auteur lui-même :

« Mais un fait plus concluant pour la rapidité du songe, un «fait qui établit à mes yeux qu'il suffit d'un instant pour faire « un rêve étendu, est le suivant. J'étais un peu indisposé, et (f je me trouvais couché dans ma chambre, ayant ma mère à « mon chevet. Je rêve de la terreur ; j'assiste à des scènes de « massacre, je comparais devant le tribunal révolutionnaire, «je vois Robespierre, Màrat, Fouquier-Tin ville, toutes les «plus vilaines figures de cette époque terrible; je discute «avec eux; enfin, après bien des événements que je ne me «rappelle qu'imparfaitement, je suis jugé, condamné à mort, «conduit en charrette, au milieu d'un concours immense, « sur la place de la Révolution ; je monte sur l'échafaud ; l'exé- «cuteur me lie sur la planche fatale, il la fait basculer, le «couperet tombe, je sens ma tête se séparer de mon tronc, . «je m'éveille eh proie à la plus vive angoisse : je meisens sur «le cou la flèche de mon lit qui s'était subitement détachée, «et était tombée sur mes vertèbres cervicales, à la façon du « couteau d'une guillotine! Cela avait eu lieu à l'instant, ainsi «que ma mère nie le confirma, et cependant c'était cette « sensation externe que j'avais prise, comme dans le cas cité «plus haut, pour point de départ d'un rêve où tant de faits « s'étaient succédé. Au moment oit j'avais été frappé, le sôu- « venir de là redoutable machine, dont la flèche de mon lit « représentait si bien l'effet, avait éveillé toutes les images « d'une époque dont la guillotine a été le symbole. »

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