‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 140 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

Le hasard , dont tant de philosopes font un si large usage lorsqu'il s'agit d'expliquer ce qui ne rentre pas dans leurs systèmes, le hasard ne saurait ici être un seul instant invoqué pour expliquer l'à-propos étrange de la chute de la flèche du lit; pour expliquer la concordance qui existe entre le sujet du rêve et le bruit ou la sensation douloureuse qui y semble mettre fin. L'accident est évidemment la cause même du rêve, qui n'est qu'une conséquence instantanée , si long qu'il nous semble parfois. C'est ce qui ne saurait plus être mis en doute par quiconque sait observer.

J'ai montré ailleurs déjà (p. 345) l'une des conséquences presque sublimes qui découlent naturellement de la discussion de ce phénomène. Il nous prouve, dans son ensemble, te besoin que nous avons , jusque dans le sommeil, d'attribuer à toute chose une cause, fût-elle même absurde! Le rêve, en effet , dans les cas que je cite, n'est que l'explication, parfois baroque, d'une sensation qui vient subitement troubler notre repos.

< Mais il découle de ce phénomène d'autres conséquences plus élevées peut-être encore.

Dans le premier exemple que j'ai donné, le rêve, quoique très-court, a pourtant une durée; et l'on pourrait, avec M. Maury, expliquer l'ensemble des impressions que nous éprouvons, par une simple accélération de la pensée. Dans le second exemple, il y a plus que brièveté, il y a instantanéité, et la conclusion forcée qui en découle est tout autre.

< 1° L'imagination nous présente instantanément une série très multiple de tableaux.

2° À cette succession de tableaux sans durée nous attachons l'idée d'une durée.

Tous ces tableaux sont aussi faux et aussi mensongers que l'on voudra d'ailleurs; mais, par sa définition même, l'ensemble de ce qui se passe exclut l'idée d'un phénomène organique, et y substitue celle d'un phénomène psychique: ins-

tantanéité dans une suite d'images, impression de durée dans ce qui est sans durée , voilà deux termes absolument incon-. ciliables, en effet, avec un phénomène relevant d'un organe, relevant par conséquent d'un mouvement des atomes matériels sous l'empire d'une force.

Contrairement à la plupart des physiologistes r nous conclurons donc que le rêve est un phénomène purement psychique, mais provoqué tout aussi évidemment par les conditions physiologiques. Une douleur , une gêne locale , ua état maladif ou un état de bien-être, déterminent le rêve* Privé de toutes ses ressources, par suite du repos de la plupart des sens, l'être ànimique se méprend sur la cause qui l'impressionne en bien ou en mal : il invente des scène?, qui tantôt sont toutes neuves, tantôt sont calquées sur celles qu'il a vues en réalité. Il imagine, il juge, il raisonne, il se rappelle : la plupart du temps à faux , il est vrai , parée qu'il est privé des instruments organiques nécessaires, indispensables, à ces opérations. Mais le caractère absurde, baroque, ridicule, mensonger... (peu importent les épithètes), loin d'infirmer, confirme la première assertion. À l'état, de rêve , I'élément animiqub agit en dehors du temps et de l'espace; il manifeste sa nature transcendante, puisqu'il imagine simultanément ce qui est précisément le contraire de la simultanéité, et puisqu'il attache une notion de durée, relevant de l'expérience, â ce qui est sans durée.

Le phénomène du rêve, convenablement analysé, nous prouve une fois de plus qu'en cette vie, l'âme ne petit rien correctement sans ses instruments orgaaiqnes; mais il prouve une fois de plus aussi que ce ne sont pas ces instruments qui pensent.

La localisation organique des facultés, loin d'être une objection, fait donc au contraire ressortir, avec le plus de clarté et d'énergie possibles, l'unité indivisible de l'élément Vital , de l'âme pensante , et sa nature transcendante.

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