‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 141 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

C'est ce caractère d'unité , d'individualité , que nous allons maintenant poursuivre et retrouver invariablement aux degrés les plus inférieurs de l'échelle des organismes comme nous le trouvons au sommet.

Terminons ce chapitre par une très courte digression sur l'être privilégié qui occupe ce sommet. J'appelle ce qui suit une digression, parce que, tout en nous appuyant d'abord sur l'expérience la plus positive, nous allons pourtant quitter un instant ce monde , et, avec lui, le domaine de l'expérience scientifique.

Que la notion ordinaire que nous avons du temps soit innée ou qu'elle relève de l'expérience, elle constitue, disons-nous, un fait psychique ; mais ceci ne nous empêche nullement d'admettre qu'elle est corrélative à l'ordre de fonctions qu'accomplit l'être vivant, à l'aide de son instrument organique, et que si cet être était en possession d'un antre appareil, cette notion pourrait être différente. Le vrai ici, évidemment, ne peut être que d'un ordre relatif.

Nous venons de voir que dans certaines conditions L'élément animique peut, par son activité transcendante, attacher L'idée de durée à ce qui n'a nulle durée. Nous pouvons donc, sans le moindre contre-sens , admettre la réciproque, admettre que dans des conditions différentes de celles où nous nous trouvons en cette, vie, nous serons capables de dégager de l'idée de durée ce qui aujourd'hui est nécessairement empreint du caractère de la durée; nous serons capables de voir dans le présent ce qu'aujourd'hui nous ne pouvons dégager de l'idée de la succession.

Je n'ai pas besoin d'appuyer sur l'immense portée de cette déduction des plus légitimes.

L'objection la plus forte, en apparence, du matérialisme contre ridée de création , c'est-à-dire contre l'idée d'un commencement dans les êtres, c'est le repos où se serait trouvé le Créateur pendant toute une éternité avant de réaliser l'uni-

vers. Cette objection repose exclusivement sur notre notion normale du temps : elle tire toute sa force du caractère absolu et invariable que nous adjugeons à cette notion. Or nous voici amenés à reconnaître que ce caractère absolu n'existe pas; que dans ce monde déjà il nous arrive fort souvent de percevoir tout autrement que de coutume la succession des phénomènes; qu'avec. un autre instrument nous serions aptes à juger cette succession d'une manière tout opposée, à voir au même instant ce qu'aujourd'hui nous ne pouvions séparer du sentiment de la durée.

Pour nous-mêmes donc, l'objection du matérialisme perd déjà de sa valeur: à plus forte raison est-elle dépourvue de toute valeur réelle à l'égard de I'être qui, par son essence même, est placé hors du temps, et qui par conséquent voit tout au présent.

Il serait facile de poursuivre beaucoup plus loin le même ordre de déductions presque expérimentales, et de montrer que bien des assertions, bien des formules du spiritualisme dogmatique n'ont pas plus de valeur que l'objection matérialiste précédente : ce ne serait peut-être que justice de procéder ainsi. Mais nous sortirions de notre sujet bien inutilement, car nous ne saurions nous flatter de convaincre ceux à qui il est même interdit d'examiner ; et ce sont pourtant les seuls qu'il serait nécessaire de convaincre.

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