LIVRE V, CHAPITRE III. 45l
cun développement, nous compromettrions gravement l'en-* semble des assertions, presque évidemment justes, posées antérieurement.
Dans l'étude de I'univers inanimé , nous avons été obligés de pénétrer les détails les plus intimes des phénomènes , pour mettre hors de doute la pluralité des espèces, dans les deux classes d'éléments que met à nu l'analyse. Ici c'est précisément le contraire qui aura lieu ; nous aurons à faire tous nos efforts pour démontrer l'analogie des individus spécifiquement distincts.
Je me sers constamment du nous pluriel , parce que je parle au nom de toute la classe de lecteurs auxquels s'adresse ce livre , parce que je pense faire en quelque sorte corps avec eux. En ai -je vraiment le droit dans ce chapitre?
Aux yeux de la grande majorité des personnes même lettrées , mais étrangères à l'étude directe des êtres , aux yeux des personnes peu habituées à observer par elles-mêmes et sans prévention, la question posée en tête aura, je le sais, un caractère presque scandaleux.
Quoi, dira-t-on, donner des âmes à la vile plèbe animale? Quoi, aller jusqu'à dire que la plante est un être animé? Mettre même en question la différence radicale de ces âmes , si elles existent? N'est-ce point outrager la dignité de l'homme? N'est-ce point divaguer de gaîté de cœur dans le domaine de l'absurde ?
Ces exclamations, que j'ai le tort de mettre au futur, ont été émises maintes fois déjà. Un abîme, dit-on, sépare l'homme du reste de la création : nulle comparaison entre lui et ses inférieurs n'est possible. Quelques naturalistes ont imaginé un quatrième règne: le règne humain. Et les applaudissements de la foule ne leur ont pas manqué.
Suis-je sûr que parmi les lecteurs, au nom desquels je dis nous y il ne s'en trouve aucun qui ne se formalise à la seule idée du problème à résoudre? Je l'espère; mais toujours
est-il que je n'oserais, avec eux tous, me borner à substituer une formule à un ensemble peut-être indispensable de raisonnements.
Cherchons donc à sonder l'abîme, insondable dit-on, qui sépare l'homme des êtres inférieurs. Les hommes de science même réfléchis , qui veulent voir à tout prix l'unité dans le monde inanimé, chose étrange! ne voient plus partout que des scissions dans le monde vivant. Cherchons en quoi consistent ces scissions. Cherchons si ce qui anime l'homme diffère tellement en nature de ce qui tout aussi incontestablement anime tout être vivant, qu'il faille introduire une dénomination nouvelle dans le dictionnaire.
Si quelqu'un de mes lecteurs devait ici se séparer de moi , je dirais que j'ai, dans tout le cours de ce travail, placé l'âme humaine assez haut pour que je puisse maintenant me permettre de mesurer cette hauteur et de la comparer à d'autres.
Examinons la question dans son ensemble, au point de vue physique , c'est-à-dire à celui de la structure organique des êtres, et au point de vue psychique, c'est-à-dire à celui des fonctions diverses qu'accomplit l'être vivant et qui le différencient d'avec une machine. Commençons par l'étude du règne animal.
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L'élément animique de t homme est-il tf-une antre nature que les éléments qui vivifient les animaux , eu est-il seulement $me autre espèce?
Beaucoup de personnes ont avancé que l'étude de la structure organique ne saurait nous conduire à des conclusions correctes quant au degré de l'intelligence de l'être vivant; que, quant aux apparences physiques, l'homme, par exemple, et les animaux supérieurs se confondent, et que par suite ces