LIVRE V, CHAPITRE III
que nous les tolérons, soit parce qu'ils s'imposent à nous, et souvent sous les formes les plus désagréables, chacun se croit apte à les juger ; et comme en réalité il n'est pas plus facile de prononcer un jugement correct en matière de psychologie qu'en matière de haute métaphysique, il s'ensuit que les neuf dixièmes des jugements les plus répandus, sur la nature de l'animal, sont faux, mais d'autant plus difficiles à réfuter qu'ils paraissent plus à la portée de chacun. Les plantes, au contraire, quoique beaucoup plus répandues encore, sont, non observées superficiellement, mais à peine regardées par le public ; tout au plus les considère-t-il à titre d'ornements ou dé choses utiles : elles n'attirent, dieu-merci pour elles, ni son attention, ni ses jugements philosophiques ! Ce ne sont donc pas de faux jugements que nous avons à redresser ici : ce sont simplement des faits inconnus, ou peu connus, que nous avons à produire, pour entraîner la conviction de chacun. Et en ce sens même, mon œuvre personnelle est presque inutile à l'égard de la plupart de mes lecteurs qui ne font point partie du public ici spécifié .
Des travaux remarquables publiés dans ces derniers temps par plusieurs naturalistes ont en effet montré la vie de la plante sous un jour presque méconnu jusqu'ici. Et ces travaux viennent d'être réunis en faisceau, et sous deux formes bien différentes, par deux écrivains de cœur et de bon sens, l'un naturaliste-poëte, l'autre poëte-naturaliste. Le charmant livre d'Arnold Borcowitz: L'Ame de la Plante^ nous présente en quelque sorte notre besogne toute faite, au point dé vue scientifique ; celui d'Eugène Noé : La Vie de la fleur , exhale un parfum de vérité et de haute poésie aussi suave que celui des êtres qui semblent lui avoir donné le jour; je pourrais me borner à y renvoyer le lecteur, si je voulais m'éviter la peine d'une discussion précise, en harmonie avec les pages qui précèdent.
Unité harmonieuse, spontanéité, liberté dans les actes,
si
conscience de ces actes, affectivité, tels 3ont les attributs inhérents à tout élément animique, et 1 absolument absents là où cet élément manque.* Si nous les trouvons^ ne fùt-êe qu'à l'état dé germé, dans ua être quelconque, nous sommes en droit de dire qde cet être est animé. ; .
Se trouvent-ils chez la plante?
Au point de vue des formes* des: apparences externes, et au point de Vue ariatomiqùe, la différertcè eât grande entre les plantes et les anittfanx. Ceux dont l'imagmatioh est si prompte à découvrir partout des' abîmes, doivent en voir uii bieii profond entre les deux règnes. ' ;
Et cependant la plante naît d'un gertae, croît, se nourrit, digère, respire, secrète, excrète, veille, dort, se reproduit,
est sujette à la maladie, meurt..... absolument comme
Tanimal, absolument comme l'homme;. La forme des organes est différente, très différente ; les fonctions ne sont pas seulement analogues, mais identiques, dans les résultats, finaux, La seule différence physiologique frappante qui subsiste est celle-ci: la plante peut s'assimijer directement les éléments du monde inanimé, nécessaires à son alimentation ; l'animal a besoin. de produits déjà élaborés par d'autres êtres vivants : nourriture végétale ou animale. Cette différence très réelle est cependant moins radicale qu'il ne semble d'abord. Notre organisme, par exemple, s'assimile aussi directement un grand nombre de matériaux inorganiques : eau, oxygène, sels, bases, acides..... D'un autre côté,, bien que la plante puisse se passer d'une nourriture déjà préparée par la vie, elle pros? père, elle végète pks activement, quand elle en trouve une convenable.
. L'anatomie n'a jusqu'ici rien découvert chez les plante^ qui ait l'apparence d'un système nerveux-; et cependant) chose inexplicable, si l'anatomie ne se trompé pas, certains poisons, dont l'énergie foudroyante ne s'exerce évidemment que sur le système nerveux de l'animal, tuent aussi la plante : strych-