LIVRE V, CHAPITRE IV
Selon l'une, toutes les espèces d'êtres vivants qui se sont succédé sur cette terre, auraient été créées chacune subitement, après les diverses révolutions, subites aussi, qui ont bouleversé la croûte de la planète. L'histoire de la terre se composerait ainsi d'une suite de périodes de repos, très longues d'ailleurs (ici tout le monde est d'accord), pendant chacune desquelles auraient vécu et coexisté un certain nombre d'espèces vivantes de plus en plus élevées en titre ; périodes séparées les unes des autres par des convulsions géogéniques qui auraient détruit en partie ou en totalité les êtres de la période qu'elles clôturaient ainsi. Cette doctrine est celle des créations intermittentes ou successives.
Selon l'autre doctrine, au contraire, tout se serait passé beaucoup plus paisiblement : point de révolutions subites à la surface de la terre, point d'extinction ou de création instantanées d'espèces vivantes; mais au contraire dénivellement partiel et lent de bas en haut ; nivellement lent de haut en bas dans la croûte terrestre ; apparition graduelle de la vie organique, transmutation lente des espèces vivantes les unes en les autres. Tel est l'énoncé de la doctrine des créations* continues.
La doctrine des créations ou pour mieux dire des générations continues s'impose à l'exclusion de toute autre au matérialisme. Mais il ne résulte en aucune façon de là que, comme presque tout le monde le pense, elle implique le matérialisme. Nous allons en effet bientôt voir ressortir la vérité de cette assertion : c'est que la doctrine des générations spontanées et de la transmutabilité des espèces est tout aussi conforme que son antagoniste aux vrais principes du spiritualisme. Cette doctrine repose sur deux propositions justes ou fausses.
1° La vie organique peut naître dans de certains milieux et dans de certaines conditions, sans la présence d'aucun germe ayant pris origine antérieurement dans un autre être vivant.
2° Les espèces, ou du moins certaines espèces, peuvent se transformer graduellement les unes en les autres soys l'action de conditions externes convenables.
Ces assertions sont-elles justes ?
Examinons-les d'abord sommairement en elles-mêmes et au seul point de vue des faits; puis, ce qui est bien différent, examinons-les dans les rapports qu'elles ont avec nôtre sujet, avec l'étude des propriétés de l'élément animique.
ta vie organique peut*elle se manifester dans un milieu où ne
se trouve aucun germe d'une vie antérieure ?
L'histoire de la doctrine des générations dites (fort improprement d'ailleurs) spontanées ressemble a celle de bien des théories : admise d'abord sans discussion, comme expression de la vérité, eette doctrine a fini par être rejetée entièrement delà science, pour être reprise plus tard sous une forme nouvelle et limitée.
• Dans l'enfance des sciences naturelles,' ou pour mieux dire, dans l7 en fan ce dé l'intelligence humaine, on a admis sans difficulté que l'air, l'eau, la terre, le feu même peuvent engendrer des êtres vivants, tantôt monstrueux/tantôt conformes aux lois ordinaires du mondé vivant. A mesure que là science s'est développée par l'observation de plus eu plus sévère des faits, à mesure qu'on à mieux débrouillé les propriétés réelles dès grands agents de la nature, l'empire de cette prétendue puissance génératrice de dé qu'on appelait les quatre éléments s'est rétréci rapidement pour se réduire finalement à zéro. Il h*est,' je pense, plus personne de sensé qui oserait soutenir aujourd'hui que la vie puisse, sans la présence d'un germé déjà vivifié, se manifester là ou il ne se trouvé auôune