LIVRE V, CHAPITRE IV
matière organique, "c'est-à-dire aucune de ces combinaisons de carbone, d'oxygène, d'hydrogène, d'azote, qui constituent ep presque totalité le corps des êtres vivants.
Maïs même dans ces confins déjà si étrangement rétrécis, la doctrine de la génération spontanée a encore perdu du terrain par suite de l'étude rigoureuse des phénomènes. Buf-. fon, par exemple, admettait qu'une masse de chair en putréfaction, qu'un cadavre peut donner naissance à des insectes parfaits, capables de vivre ensuite et de se propager dans les conditions ordinaires, Il n'est, je pense, plus personne non plusi qui oserait aujourd'hui prendre sur soi de défendre l'opinion deBuffon, sous la forme où il l'a présentée. Telle qu'elle est formulée à notre époque par les défenseurs lès plus décidés de l'hétérogénie, la question se réduit à savoir si de certains organismes inférieurs peuvent, sans germes antérieurs, naître dans des dissolutions de certaines matières organiques (infusion des diverses sortes de plantes ou de matières animales). La réponse est des plus controversées; et depuis ces cinq dernières années, le problème n'a pas fait un pas en avant ou en arrière. À chaque expérience affirmative des défenseurs de la génération spontanée, les antagonistes objectent qu'on n'a pas su éliminer les germes préexistants qui flottent partout dans l'air. A chaque expérience négative des critiques, les défenseurs de la doctrine objectent qu'on s'est mis hors des conditions de réussite. Comme il y a égalité de talent et de bonne foi de part et d'autre, noua pouvons considérer le problème comme non résolu encore, et comme des plus difficiles à résoudre au point de vue d'une saine critique scientifique.
Ce problème, dans les conditions précises où il s'est posé: aujourd'hui, a-t-il l'importance qu'on lui prête dans quelques écoles, au point de vue de l'histoire de la vie strt\eette: terre? Il est facile de reconnaître que non:
De l'aveu même des défenseurs sensés de la génération dite
spontanée, l'apparition de la vie ne peut avoir Heu que dans des liquides chargés de matières organiques, très complexes dé composition, très altérables, tendant sans cesse à revenir par la fermentation à une composition plus simple, et jamais dans un milieu où il ne se trouve pas des matières organiques.
De tels liquides ont-ils pu se former dans le laboratoire de la nature avant l'apparition de la vie organique sur la terre ?
s beaux travaux de Berthelot nous ont appris que Ton peut, dans nos laboratoires mêmes, former de toutes pièces un certain nombre de ces combinaisons chimiques qu'autrefois on croyait d'origine exclusivement organique: pour ne faire aucune réticence, nous dirons volontiers qu'un jour on saura produire toutes ces combinaisons. Mais, M. Berthelot l'a montré aussi, de telles combinaisons ne peuvent s'obtenir que par voie ascendante, c'est-à-dire en s'élevant du simple au complexe. Pour qu'une combinaison donnée d'oxygène,
d'hydrogène, de carbone , puisse se produire, il faut
que les éléments qui y entrent aient passé d'abord par toutes les combinaisons de plus en plus simples qui les précèdent. Et il n'est pas possible d'obtenir directement des combinaisons de degrés supérieurs tendant à revenir ensuite par voie de fermentation ou toute autre vers les degrés inférieurs. Si, comme cela est d'ailleurs plus que probable, il s'est sur notre terre formé directement certaines combinaisons organiques, elles ont dû s'arrêter dans leur marche ascensionnelle, bien avant d'avoir atteint ce degré de mobilité extrême, où, dans nos laboratoires mêmes, nous avons toute la peine du monde à les maintenir et à les empêcher de se redécomposer. Il est donc en un mot à peu près inadmissible qu'il ait pu se produire, dans la nature, de ces combinaisons, et surtout de ces mélanges de combinaisons complexes , qui , de l'aveu même des défenseurs de la génération spontanée, sont indispensables à l'apparition des organismes les plus inférieurs.