‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 175 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE IV. M · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IV. M

Des espèces nombreuses de plantes et d'animaux qui ont précédé l'homme sur cette terre ont disparu , et n'ont laissé

d'autre trace de leur passage que quelques débris d'ossements et de matériaux carbonifères; que des masses minérales dont ils ont modifié la composition et là forme. Ces êtres n'ont évidemment eu aucune connexion directe ou indirecte, au point de vue de l'utilisme, avec l'existence postérieure de l'espèce humaine. Soutenir, par exemple, que des millions de plantes aux parfums suaves, aux formes les plus gracieuses, aux couleurs les plus éclatantes, ont été créées avant l'homme pour lui préparer des dépôts de houille et d'anthracite , c'est* je pense , franchir les limites de l'absurde au delà de ce que peut se permettre tout homme qui a le moindre respect pour lui-même et pour sa raison ! Dès son origine, et jusqu'à nos jours, partout où l'homme a voulu prendre possession de sott domaine, il a trouvé des milliers et des milliers d'êtres contemporains qui longtemps avaient vécu bien indépendamment de lui, qui n'avaient avec les hommes déjà existants aucune connexion d'utilisme; il en a utilisé beaucoup par la conquête ; il a dû en détruire bien plus encore potir pouvoir Vivre lui-même et se substituer à eux. On peut même dire que fc'est dans les contrées où la vie organique affecte les formes les plus éplendidës, que l'homme a trouvé le moins d'êtres répondant aux exigences de son finalisme égoïste , et a eu le plus à détruire pour pouvoir vivre. Sous les tropiques, dans les régions équinoxiales, la conquête, qui est loin d'être achevée encore, présente des dangers réels, et oppose au conquérant des ennemis redoutables.

- A moins de nier que l'œil ne soit fait pour voir éf l'oreille pour entendre, on est bien obligé de se dire que ces millions d'êtres , inutiles sinon nuisibles à l'homme, ont eu et ont encore leur but à la fois physique et psychique dans l'harmonie de la nature. Et pourtant, quel est ce but, quel est ce rôle, quelles sont ces fonctions , si tous ces êtres ne sont que des

choses, des phénomènes passagers, des automates, des machines?

Le matérialisme est condamné à nier toute idée de finalité harmonieuse dans la nature ; mais une telle négation heurte si violemment les affirmations les plus élémentaires de la raison, qu'elle est le coup mortel de la doctrine d'où elle émane.

Le spiritualisme y tel qu'il s'est formulé jusqu'ici dans les divers dogmes religieux , nous jette , de son côté, dans les contradictions les plus insolubles, en rapportant tout à l'homme.

La synthèse naturelle à laquelle nous venons d'arriver, et qui n'est autre chose que la forme la plus absolue du spiritualisme rationnel et expérimental, cette synthèse résout, au contraire , d'une manière tellement simple et logique la question qui vient de se présenter à nous, qu'elle reçoit par contre-coup de sa réponse une confirmation des plus frappantes.

Tout être vivant devant ses qualités, ses attributs , ses fonctions , à un élément animique , à une unité douée d'une activité spontanée et consciente d'elle-même dans des limites plus ou moins étendues, prend une raison d'existence à la fois propre et corrélative : il est quelque chose par lui-même et pour lui-même, en même temps qu'il est quelque chose pour les autres êtres vivants. Ces milliers d'êtres qui, sous toutes les formes, par leurs parures, leurs parfums, leurs mélodies, témoignent la joie de l'existence, prennent une importance individuelle dans la création ; chacun y comble une lacune, chacun y est une note de l'harmonie universelle. Leur existence est, par ce fait même, expliquée.

Ces merveilles sans nombre qu'étale le monde vivant sont désormais quelque chose par rapport aux êtres eux-mêmes qui les offrent ; la plante n'embellit et n'embaume pas en vain les lieux où l'homme n'a jamais mis le pied , où il n'a jamais

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