‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 176 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IV

porté la hache de la destruction : elle est belle par elle-même, pour elle-même ; elle est comme nous la réalisation d'une pensée d'art, et, au degré près, elle se sent comme nous» L'oiseau -moqueur, le castor, la gazelle..., n'ont point en vain animé de leur chant, de leur industrie , de leurs joyeux ébats, les solitudes d'où l'homme les bannit peu à peu. Pensées réalisées du Créateur, ces êtres ont aussi eu leur vie propre, leur but propre : ils ont une part à la joie universelle. Heureux l'être privilégié qui a été appelé à comprendre dans leur ensemble et à abstraire ces pensées partielles , à s'élever jusqu'à Celui d'où elles émanent! Heureux surtout s'il comprenait mieux son rôle et sa mission !

Notre synthèse naturelle répond, on le voit, de la manière la plus élevée à l'une des questions autrement les plus obscures de l'histoire des mondes. Et réciproquement, elle reçoit de cette réponse une nouvelle confirmation des plus éclatantes. Un être quelconque auquel on est obligé de reconnaître un but propre d'existence, une destinée et non pas simplement une destination , cet être, dis-je, cesse d'être une chose ! Il a une activité spontanée et une certaine mesure de liberté ; il a donc nécessairement, dans une certaine mesure aussi, la conscience de lui-même. Ces attributs n'appartiennent à aucun des éléments du monde physique ni à aucune de leurs combinaisons. L'organisme de cet être renferme donc un élément de plus : un élément animique.

Le fait de l'existence évidente d'une finalité harmonieuse dans la nature est, en un mot, une des plus belles vérifications a posteriori de la synthèse naturelle, qui nous présente tout le monde vivant comme un même règne, formé de degrés animiques, aussi écartés qu'on voudra d'ailleurs en titre , mais jamais infiniment écartés les uns des autres.

Cette synthèse répond-elle aussi aux aspirations morales de la conscience humaine? 11 semble que dans une analyse

518 ymvERs animé.

élémentaire de l'univers il n'y ait absolument lieu de s'occuper que de la vérité des faits en eux-mêmes j et nullement de leurs, conséquences morales : et ce principe est en effet proclamé comme règle exclusive par certaines écoles philosophiques. «Si l'élude expérimentale des phénomènes y disent* celles avec aplomb et fierté, conduit à une vérité qui déplaît «à nos sentiments, à nos aspirations idéales, tant pis pour, «la conscience : il faut bien qu'elle s'en accommode!» Nousi pourrions accéder à une telle règle, si l'harmonie de la réalité et de la pensée à laquelle correspond cette réalité n'était pas le. fait dominant dans la nature, le fait dont l'évidence saute aux yeux de quiconque n'a pas été frappé de cécité par un système préconçu. Et en partant des données les plus élémentaires auxquelles nous fait aboutir une étude indépendante et consciencieuse de la corrélation des êtres, nous sommes amenés à dire qu'une doctrine, si vraie qu'elle semblerait, serait nécessairement fausse au moins par certains points , si elle blessait le sens moral de l'homme dont l'intelligence s'est développée dans sa plénitude normale; Voyons donc si notre synthèse naturelle supporte sans fléchir cette épreuve toute subjective, toute relative à notre individualité comme êtres moraux.

Les doctrines matérialistes, sous quelques formes qu'elles se manifestent, ont toutes pour conséquence immédiate d'établir un nivellement général de haut m bas. Elles font descendre, par exemple, l'homme au niveau de l'ensemble des animaux; mais en même temps elles assimilent l'animal a un pur mécanisme. Toute responsabilité , toute loi morale est ainsi, quoi qu'on ait dit souvent, effacée d'un trait de plume. Non seulement l'homme ne peut rien devoir aux tria-* chines i ses inférieures, mais il ne peut même rien devoir aux machines ses semblables.

Le spiritualisme exclusif, tel qu'il est du moins généralement enseigné sous forme dogmatique dans nos diverses théologies

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