LIVRE V, CHAPITRE IV
modernes, place un abîme entre l'homme et les autres êtres .vivants. L'âme animale n'est pas seulement un degré, si inférieur qu'on voudra d'ailleurs, au dessous: de -l'âme humaine : ;èlle est autre chose, elle est périssable, elle n'est pas libre •(dans la plus. 'minime mesnre) ; elle n'a point de spontanéité 4t dé conscience d'elle-même. Nous n'avons plus à nous arrêter à d$ pareilles impçssibilités. Ce; qui est évident, c'est que dans cette forme de spiritualisme, l'homme n'a de responsabilité qu'envers ses semblables et lui-même, Ce qui est évident aussi, c'est que; se trouvant ainsi de fait isolé de tout le reste de .la création , l'homme est en réalité rabaissé, et jnpn élevé en titre, puisqu'il ne domine plus que des êtres sans valeur propre et individuelle.
Le spiritualisme rationnel que résume notre synthèse naturelle relève tout le monde vivant, en assignant une analogie de nature à tout ce qui vit. Mais loin d'établir ainsi un nivellement de bas en haut, il relève en même temps et place à $a vraie liauteur l'être privilégié; il lui assigne son rang réel et sa mission sur celte terre. Ce n'est plus à des automates que l'homme a affaire ; c'est à des êtres qui , dans une certaine mesure, sentent, pensent, agissent, et sont libres comme lui «d'agir ; à des êtres qui ont en tous cas le même père que lui.
Toute œuvre de science naturelle, avons-nous dit, im^ plique des conséquences philosophiques, . Un grand enseignement moral, en effet, es4 la conséquence immédiate du spiritualisme si absolu que couronne l'ensemble des sciences modernes, Il impose à l'être privilégié des devoirs dont la philosophie et la théologie se sont peu préoccupées jusqu'ici , mais dont quelques hommes cependant (disons le à la louange de l'humanité) ont senti la vérité dans leur cœur, à défaut de toute démonstration scientifique. Il grandit étrangement Ja responsabilité de celui qui s'intitule si légèrement le roi de la création.
L'homme, en vertu de son intelligence et de sa raison,
est visiblement appelé à gouverner tous les autres êtres vivants ; mais sa domination , pour être validée par la justice suprême , doit se mettre en harmonie avec les attributs psychiques de ces êtres inférieurs et de lui-même. Il a droit d'user de ses serviteurs , mais il a pour devoir de les protéger, de les relever dans la mesure du possible, comme intelligences inférieures et incomplètes, de leur éviter la douleur et la souffrance, là même encore où son -propre droit d'existence le force à les décimer, À ceux de ces êtres qui s'élèvent assez en titre pour l'approcher et l'entourer, il peut sans honte accorder un peu de cette affection qu'eux lui donnent souvent avec usure et sans rien réclamer. A tous il doit justice et pitié ! Il a pour mission de les équilibrer entre eux, comme forces actives, dans la mesure voulue pour la plus grande somme de bien de tous , et de mettre finalement toute cette terre en harmonie avec la grande pensée d'art que révèle la création entière.
L'homme est appelé, en un mot, à être le recteur intelligent de ce globe. Mais à ce titre il esf responsable, non seulement du mal qu'il substitue au bien, mais encore du bien qu'il ne réalise pas.
Le spiritualisme absolu que proclame la science moderne grandit l'homme dans la véritable acception du mot. Il enlève en effet à cette grandeur ce caractère tranché et fatal que lui adjugeait notre orgueil, pour en faire quelque chose de facultatif, quelque chose qui dépend de notre volonté, de nos efforts. Au lieu de rétrécir, ou même d'éteindre la responsa? bilité humaine, il l'étend, il lui donne des proportions immenses : il nous montre que l'homme peut, par son libre arbitre et sa volonté, descendre physiquement et moralement au dessous de ses inférieurs, mais qu'il peut aussi s'élever bien au dessus d'eux, tout en les relevant eux-mêmes avec lui.
A ce titre, nous avons le droit de proclamer vraie la syn-