CHAPITRE V
Digression finale. — Union indissoluble de la science cosmogonique
et de la religion.
Avec la dernière phrase du chapitre précédent se termine notre œuvre de science proprement dite ; comme étude de philosophie naturelle et de métaphysique expérimentale.
Par sa forme , par le sujet qu'elle embrasse , cetle œuvre s'est placée dès l'abord en dehors des conditions de lieu et de temps. L'enseignement moral même, qu'en dernier lieu nous n'eussions pas pu n'en pas tirer explicitement, est indépendant du milieu particulier où il se pose.
Toute œuvre philosophique, cependant, si haut qu'elle prétende s'élever, a des conséquences qui la font rentrer partiellement dans le présent, dans l'actualité, dans la pratique. 11 faut bien le dire même, elle serait à peu près inutile comme enseignement, si elle n'avait de telles conséquences. Passer celles-ci sous silence parce qu'elles semblent sortir du sujet principal , c'est faire preuve d'un esprit timoré ou se montrer écrivain incapable.
Dans l'introduction , où j'ai dû forcément laisser apparaître ma personnalité , j'ai annoncé que , comme œuvre de philosophie naturelle , ce livre serait la réfutation radicale de tout ce qui, de près ou de loin, touche aux doctrines matérialistes; de tout ce qui , dans nos sciences exactes , y conduit directement ou indirectement.
Dès les premières pages du livre , chacun a pu s'apercevoir
qu'il ne s'agissait plus d'un travail personnel. A quelques près ; occasions près, où j'ai dû, sans ostentation, parler de ma propre coopération au progrès, j'ai pu m 'effacer complètement et parler sans cesse en nom collectif avec mes lecteurs. Ce n'est pas moi qui ai tenu la^promesse de l'introduction, c'est la science elle-même , interprétée avec conscience et indépendance d'esprit.
Cette œuvre s'est, dis-je, placée xlès l'abord en dehors des conditions de temps et de lieu. Maintenant, la force même des choses va l'y faire rentrer un court moment. Mais la réponse si tranchée de la science me facilite étrangement l'examen des conséquences et me permet exceptionnellement de pi'effacer encore dans le nom collectif et pluriel. J'en ai la certitude, pas un de mes lecteurs qu'avec confiance et loyauté j'ai appelés à moi dans l'introduction , ne m'abandonnera au moment de clore notre œuvre commune.
Jusqu'ici, la religion, ou, ce qui est beaucoup plus correct, mais bien différent, les diverses théologies officielles ont considéré l'ensemble des sciences naturelles, la science cosmogo^ îuque, comme leur humble dépendance. À peine daignait-on l'appeler sœur cadette et mineure. Lorsque les affirmations de cette sœur se mettaient çomplaisamment d'accord avec celles de son aînée, on applaudissait avec indulgence, en ajoutant toutefois ; «Nous le savions; nous l'avions dit depuis longtemps.*
JLorsque, ce qui était beaucoup plus fréquent, il y avait contradiction, la sœur cadette était traitée de rebelle et d'impie. Comjne un grand nombre de ces actes de rébellion ont fini par être pleinement justifiés et sanctionnés par les faits ; les esprits timorés et honnêtes, et surtout les hypocrites, qui sont de tous les temps, ont tenté de séparer totalement la science de la religion, comme n'ayant point de communauté avec elle.
Que ce soit là la plus étrange des aberrations, que la reli-