LIVRE V, CHAPITRE V
gion, comme enseignement théologique et moral, soit absolument inséparable delà connaissance scientifique de l'univers, qu'à ce titre elle soit assujettie à la loi du progrès, absolument comme cette connaissance elle-même, c'est ce qui est évident.
En tout premier lieu, remarquons que les fondateurs des religions les plus diverses, les plus opposées, ont de tout temps parfaitement senti la première partie du moins de cette vérité» La plupart des théogonies sont, dans leur énoncé premier, intimement liées avec un ensemble d'assertions , fausses ou justes , concernant l'origine , les fonctions , les relations des êtres, et .ainsi, non seulement leur partie dogmatique , mais même leurs préceptes de morale reflètent l'état de la science çosmogonique à l'époque de leur fondation. Les personnes qui soutiennent, par exemple, que l'Ancien Testament ne renferme pas une 6eule proposition relevant de la science ou la concernant , font preuve ou de bien peu de savoir et de clairvoyance , ou de bien moins de sincérité encore ; et elles ne s'aperçoivent point qu'elles augmentent d'ailleurs, parleur assertion , l'odieux de certains procès presque modernes, en enlevant aux juges le seul prétexte qu'ils pussent alléguer pour persécuter, au nom d'une prétendue vérité dogmatique, ceux qui avaient le malheur de proclamer une vérité scientifique en opposition avec elle. Les premières pages de la Genèse forment une exposition superbe d'une cosmogonie complète ; jusque dans les plus minimes détails qu'elles présentent, elles appartiennent incontestablement au domaine exclusif de la science, qu'elles soient d'ailleurs en ce sens l'expre&sioij juste ou fausse des faits. Une grande partie des lois promulguées par Moïse, comme autant d'articles faisant partie d'un code de dogme moral, sont de fait des préceptes, des prescriptions d'hygiène , des mesures sanitaires, reposant sur les données, justes ou fausses, logiques ou absurdes, de l'his^ toire naturelle, de la physiologie, de la médecine de l'époque.
H n'est pas possible ici, sans un contre-sens par trop fla-r grant , de séparer la religion de la science ; Tune était de nature à se modifier avec le temps, à progresser, tout aussi bien que l'autre.
Un aperçu , fort triste au début, mais en pleine harmonie avec les dernières pages de cette œuvre de science, va nous permettre de mettre en pleine lumière la vérité de cette assertion : c'est que la religion , considérée même exclusivement comme l'expression d'un ensemble de devoirs de tous genres imposés à l'homme , ne peut à aucun titre ni se séparer de la science , ni la dominer.
On accuse la science de nous rendre orgueilleux. Si nous n'avions en vue que la mission qu'elle annonce à l'homme , peut-être en effet aurions-nous lieu d'être justement fiers. Une réflexion navrante cependant vient déprimer l'élan de joie du penseur honnête, trop vite pour que cette fierté si légitime ait même le temps de germer en son cœur,
La mission proclamée par la science est grande et élevée ! L'humanité, dans son ensemble, saura-t-elle jamais s'élever à cette hauteur et s'en montrer digne? Si nous jugions de l'avenir par le passé, une amère déception peut-être nous attendrait à la fin des siècles.
Comment l'homme a-t-il jusqu'ici compris celte mission ? Là où le Créateur avait répandu à profusion la vie dans toute sa splendeur, l'homme a porté le massacre et la destruction irréparables. Des espèces nombreuses pouvaient être par nous utilisées dans nos divers travaux , ne fût-ce que comme moteurs intelligents. D'autres avaient pour rôle d'épurer l'air, l'eau, la terre, des détritus dangereux d'organismes éteints; de nous protéger contre de formidables ennemis invisibles, contre des miasmes pestilentiels ; de défendre nos récoltes contre des hordes affamées d'autres êtres vivants; d'équilibrer, en un mot, la vie pour notre salut. D'autres étaient destinées à orner cette terre de leur parure ; à l'égayer de leur chant