‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 180 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE V

joyeux, de leurs ébats gracieux ; à lui enlever l'aspect morne et désolé d'une masse minérale sans vie. Qu'a fait l'être privilégié à l'égard de ces êtres inférieurs ? Il a agi comme un barbare ignorant et stupide, qui n'écoute pas même les conseils d'un égoïsme bien calculé : il ne s'est pas aperçu que c'est lui finalement qui sera la victime de ses instincts féroces Poussés par une rage aveugle, tuant pour le bon plaisir de tuer, nous avons exterminé à jamais des espèces tout entières; d'autres ont été par nous décimées et sont sur le point dé disparaître aussi; toutes ont été troublées dans leurs fonctions, et au lieu de devenir de plus en plus utiles, elles deviennent presque nuisibles ! Et avons-nous du moins quelque gratitude pour celles qui nous servent journellement de mille manières différentes? Cherchons-nous un tant soit peu à diminuer la souffrance, à détourner l'angoisse du dernier moment, chez ceux de ces êtres que nous sommes obligés d'immoler pour exister nous-mêmes? Une plainte poignante, un cri de douleur universelle répondent de tous côtés à ces questions !

Parmi les races humaines éparpillées aujourd'hui sur la terre (peu importe qu'elles aient ou non une même origine) , il en est une seule qui semble appelée au progrès indéfini et à la domination universelle. Toutes les autres , après s'être élevées à un certain degré de civilisation , sont devenues stationnants et n'ont pendant des milliers d'années point fait un pas en avant. Le degré de l'ascension varie de l'une à l'autre, et tandis que chez les unes il est assez élevé pour que l'arrêt soit presque inexplicable, chez les autres, au contraire, il se tient à un niveau très bas : fort voisin, quoi qu'on en puisse dire , de celui où parviennent certaines espèces d'animaux sociables. Quelque inférieures cependant que soient ces races, ce sont des races humaines, et quelques individus de ces races se sont élevés immensément au dessus du. niveau général. Ces races sont adaptées aux rudes climats sous lesquels elles vivent. Si jamais les déserts de l'Afrique centrale sont vain-

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eus par nous , si F Amérique tropicale est soumise à une culture régulière, ce ne sera qu'avec leur aide. Toutes avaient leurs destinées propres;. elles pouvaient être utilisées et partiellement relevées par une main fraternelle. Qu'a fiait à leur égard , et pendant des siècles , la race qui a le monopole de l'ascension indéfinie? Tout homme de cœur, à cette question , est obligé de se voiler la face , tant la réponse est horrible !

Mais quelle pitié , quels sentiments de devoir pouvons-nous réclamer à l'égard des êtres inférieurs , lorsque nous voyons de quelle façon la race perfectible se comporte envers ellemême? Au sein d'une société qui se dit chrétienne, et où se manifestent par moments les symptômes les plus effrayants d'un âpre fanatisme , le meurtre en grand, la guerre est pour ainsi dire sanctifiée ; on y invoque , on y remercie le Dieu des batailles ! Le plus glorieux est celui qui fait le plus de mal à tous; le plus récompensé est celui qui, en guerre, a su immoler le plus de ses semblables ou qui, en paix, aspire à en immoler le plus 1 L'entretien d'armées dé millions d'hommes absorbe toutes les forces vives des nations ; avec les sommes immenses qu'elles coûtent, avec les intelligences qu'elles annulent, on donnerait le pain de l'esprit aux masses humaines qui en manquent ; avec les bras qu'elles tiennent dans l'oisiveté , on changerait la face des continents !

A l'aspect de ces tristes réalités, le penseur se rappelle cette sombre phrase du plus profond des poêles, encore si vraie aujourd'hui :

«Fièrement drapé dans sa petite autorité, l'homme, l'or- « gueilleux homme , joue en face du ciel des tours à faire « pleurer les anges 1 » (Shakespeare) .

Faut-il cependant juger de l'avenir par le passé. Faut-il renoncer à l'espoir et se dire que l'homme ne comprendra jamais sa vraie mission? Nous serions amenés à celte conclusion fatale, en harmonie avec le dogme d'une condamnation

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