‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 181 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE V

originelle, s'il n'était pas évident que c'est l'ignorance qui neuf fois sur dix. engendre le mal , et cela à tel point que nous ne sommes presque plus en droit d'imputer ce mal à crime à ceux qui le commettent. Or ici la science cosmogonique vient poser ses droits imprescriptibles -, comme seul et unique remède efficace au mal ; et si le bien qu'elle est encore appelée à produire est en rapport avec celui qu'elle a opéré en un temps très court et tout récent ', nous n'avons plus lieu de désespérer : elle amènera au bien ceux qui s'en écartaient le plus , en forçant au progrès ceux à qui le progrés semble le plus antipathique.

Bien des personnes disent avec ironie que la science ne rend pas l'homme bon et vertueux , et ajoutent avec colère que le savoir /sans la religion , n'est que vanité. Elles ont pleinement raison. Mais nous nous permettrons , à notre tour, de retourner la phrase; nous dirons, et bien haut, que la religion à elle seule, telle du moins qu'elle a été enseignée jusqu'ici /suffit encore bien moins que la science pour empêcher l'homme de faire le mal ; nous dirons que la piété ignorante à fait commettre mille et mille fois plus de mal que les doctrines philosophiques les plus perverses» Personne assurément ne soutiendra que le moyen âge et les siècles de la Renaissance, de- la Réforme , aient été des. époques d'incrédulité ou d'indifférence religieuse. Aux yeux des amis encore assez nombreux du passé, c'était au contraire là le beau temps, â jamais regrettable, de la ferveur religieuse et des vertus qu'elle engendre! Et cependant si nous jugions de l'arbre par les fruits, si nous estimions le christianisme d'après les excès Sanglants; d'après les atrocités sans pareilles qui ont ètè commises en son nom; d'après les innombrables victimes des croisades, des persécutions de juifs ou à' hérétiques de tous genres, des procès de sorcellerie, des guerres de religion, des tribunaux de l'Inquisition..., nous serions, en vérité, en droit de maudire et la religion' et ceux qui ont agi en son nom» Le

penseur est heureux de trouver une excuse légitime à tant d'horreurs ; il est heureux de pouvoir s'écrier : «Seigneur, <r pardonne leur, ils ne savaient ce qu'ils faisaient ! » Si l'ignorance , l'ignorance la plus profonde chez ceux-là mêmes qui s'intitulaient les docteurs de la loi, n'était l'explication et l'excuse des maux commis, il n'y aurait dans aucune langue humaine de termes assez forts pour stigmatiser les auteurs du mal !

La loi morale , comme principe général de justice, certes est partout et toujours la même ; mais dans ses détails, dans son application , elle varie tout aussi nécessairement selon le milieu, selon les êtres, selon le développement des êtres auxquels elle s'adresse. Et ce sont là des conditions que (a piété la plus sincère ne peut à elle seule déterminer.

La loi morale , dans son application à l'homme , n'est pas la même , si la terre tourne ou si elle est immobile dans l'espace. Si elle était immobile , l'homme évidemment aurait le droit de se croire l'objet principal des pensées du Créateur; mais elle tourne, et dès lors l'homme n'est plus que l'être privilégié de l'un des millions de mondes qui circulent dans l'espace infini. Gela est fort différent; et c'est ce qui a été parfaitement compris par les gens très pieux d'une certaine époque. Ceux qui ont condamné Galilée, Copernic, Jordano Bruno... étaient logiques dans leur ignorance: c'est ce qui les excuse. La piété ne suffisait pas pour nous apprendre si la terre tourne ou non ; la science seule le pouvait,

JNfos devoirs envers les créatures inférieures, envers les animaux , les plantes , ne sont pas les mêmes si ces êtres sont animés ou si ce sont des machines : cela est de la dernière évidence. La piété ne peut rien nous apprendre à cet égard ; l'étude rigoureuse et approfondie de tous les phénomènes de la vie était indispensable pour trancher la question. La réponse de la science moderne transforme du tout au tout l'application de la loi morale, et étend son action en dehors de l'humanité même.

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