‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 182 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE V

Nos devoirs , notre règle de conduite à l'égard des malheureux atteints d'aliénation mentale ne sont pas les mêmes si ces êtres sont simplement affectés d'une maladie du cerveau et de ses dépendances, ou si nous les supposons possédés. Nous n'avons certes en aucune hypothèse le droit barbare de les livrer aux flammes; encore bien moins aurions-nous le droit odieux de recourir à la torture pour forcer des milliers d'innocents à s'avouer eux-mêmes ensorcelés! L'ignorance, ne reculons pas devant un mot plus fort quoique trivial, la bêtise des juges, est ici la seule excuse valable des atrocités sans nombre commises. Mais toujours est-il que le traitement des aliénés, des maniaques, des hallucinés, que tout l'ensemble de nos devoirs envers eux , seraient modifiés, si ces infortunés étaient effectivement le lieu d'habitation d'un démon ! La piété ne pouvait absolument rien nous apprendre sur ce qui en est; disons-le même hardiment, c'est la piété, égarée par l'interprétation littérale de certains textes , qui a été l'origine d'une honteuse superstition, et qui a fait croire à l'existence des démoniaques et à l'existence d'hommes ou de femmes à qui Satan aurait transmis son pouvoir ! ! ! La science, armée du fouet du sceptisme , a seule pu chasser le diable de l'imagination humaine, son berceau et son unique royaume ! Elle a seule pu convaincre les juges et les victimes qu'en ce monde il n'y a ni sorciers , ni possédés , ni démons , qu'il n'y a que des malades!...

Nous pourrions multiplier les citations presque à l'infini , si ce n'était acheter par trop chèrement une démonstration , que de reculer vers un passé horrible ; et toujours nous verrions le mal, né dans l'ignorance, éteint par les lumières conquises par la raison au sein de la nature.

Devant le langage impérieux des faits, nous sommes amenés à proclamer, comme nécessaire et comme indissoluble, l'alliance de la science cosmogonique avec la religion ; car

elles constituent en réalité l'interprétation d'une même pen-

sée, considérée sous deux points de vue différents. Dans la religion, la notion de Dieu va du dedans au dehors; dans la science, elle vient du dehors au dedans. Ces deux notions se complètent Tune l'autre. La première , avec toutes ses conséquences, est de nature à se perfectionner, à mûrir ou à déchoir, aussi bien que la seconde. Avec les ressources seules de l'intuition , l'homme, fait à l'image de Dieu, est par trop exposé ici bas à faire Dieu à son image : le passé et même le présent ne confirment que trop la justesse de l'épigramme du génie le plus satirique des temps modernes. Avec les ressources seules de la science , l'être moral est par trop exposé à s'annihiler dans l'infini. De l'union seule des deux notions peut résulter une morale de plus en plus en harmonie avec la conscience et avec la raison.

Puissent ceux qui dans nos sociétés se sont adjugé la mission de guider les masses humaines , de leur donner le pain de l'esprit , se convaincre un jour que la vraie religion trouvera dans cette harmonie un appui plus sûr que dans la compression et dans l'obscurité! Puissent-ils comprendre que l'intérêt même de leur sainte mission leur commande de progresser aussi ! On n'immobilise pas plus l'humanité qu'on n'arrête le mouvement de la terre.

Une seule chose sans doute suffit, du moins à l'immense majorité des hommes. Mais pour qu'elle répande de doux fruits et non l'amertume, il faut qu'elle repose chez ceux qui la possèdent, ou tout au moins chez ceux qui l'enseignent, sur la raison et sur l'intelligence , mûries , développées par la lumière paisible et vivifiante qui émane de toutes les profondeurs de la création.

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