‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 20 sur 183 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

ment; lorsque nous l'entendons dire que par une force suffisante un corps peut être réduit à un point géométrique, tandis que l'étude presque superficielle des lois de compression nous apprend aujourd'hui que le volume apparent 4'un corps solide rie peut être réduit que jusqu'à une limite immuable, fort rapprochée du volume actuel, nous sommes amenés à expliquer, sinon à excuser, le dédain qu'affectent beaucoup d'h-omincs de science pour les études philosophiques en général.

Mon intention ne saurait être un seul instant d'examiner ce qui a été soutenu a priori pour ou contre l'existence d'un atome matériel indivisible : ce serait faire perdre du temps an locleur, et d'ailleurs l'enlraîner dans une voie que j'ai sigftaïée comme vicieuse, et que j'ai évitée de mon mieux dans tout le cours de ce livre. Je ne ferai que développer une réflexion que j'ai présentée déjà sous forme concise dans les esqviisses préliminaires.

^oici à peu près le fond de tous les raisonnements par tescjviels on a voulu réfuter l'existence d'un atome limite.

L^espace, dit-on, peut être divisé en parties aussi petites

Q1* on veut, et dont la limite dernière ne saurait être que le

P°*nt géométrique sans étendue. Les corps , en tant qu'ils

°pc\ipent l'espace, en partagent les qualités : ils sont donc di-

Vl^ibles, dans leur totalité et jusqu'à l'infini. Et comme avec

°s moyens expérimentaux il nous est impossible de trouver

u**e limite à la divisibilité d'un corps quelconque, on en a

°*Xclu qu'elle est effectivement illimitée.

^1 saule aux yeux que , dans cette argumentation , on confond complètement l'espace, considéré comme le lieu de toutes nos conceptions géométriques, avec les substances ellesmêmes qui peuvent occuper cet espace, et que l'on prétend ainsi imposer a priori à l'existence même de ces substances les lois mathématiques des grandeurs purement idéales que nous pouvons y concevoir. C'est là un point de départ dont nous ne

saurions signaler assez fortement le côté défectueux et erroné.

L'existence de la matière, tout comme celle de tout autre principe constituant de l'univers, sont des faits primitifs que nous sommes obligés d'accepter tels quels, dont nous ne pouvons deviner a priori le pourquoi et le comment, et dont il est par conséquent impossible de trouver le mode ailleurs que dans l'étude rigoureuse des faits eux-mêmes. Ne pouvant rien créer, ne pouvant rien anéantir, l'homme ne peut non plus concevoir la raison d'existence de ce qui est. Qu'il s'agisse de l'existence de la matière ou de celle de notre propre ame, nous ne pouvons que constater le fait, et l'étudier ensuite dans ses rapports avec d'autres faits semblables. Toutes les fois que l'homme voudra aller au delà , il aboutira à l'absurde, à la folie, ou se paiera de mots creux. Plus d'une fois, dans ce travail, j'aurai à répéter cette assertion, qu'on ne saurait assez faire ressortir : l'atome fini, un et indivisible, existe ou n'exisle pas; aucun raisonnement a priori ne peut nous faire deviner ce qu'il en est. Si l'étude sévère des faits met cette existence hors de doute, nous sommes obligés de l'accepter telle quelle, que nous la comprenions ou non. Aucun raisonnement antérieur aux faits ne saurait plus l'abolir.

L'étude des phénomènes nous a effectivement amenés à accepter l'existence de l'atome indivisible, doué d'un volume fini et immuable. Elle nous amènera bientôt à reconnaître que la forme même de cet atome ne saurait être considérée comme une arbitraire indéterminée. Par cela même que cet atome est fini, nous pouvons, si petit qu'il soit, le diviser encore idéalement et géométriquement : mais là n'est plus la question. Que cet atome soit grand ou petit, son indivisibilité effective ou mécanique est un fait primitif que nous n'avons pas à expliquer, et qui relève de l'existence même de la matière : et, comme nous le reconnaîtrons, c'est à la matière seule, parmi les éléments de l'univers, que ce fait appartient en propre.

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