‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 23 sur 183 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

Les philosophes réellement panthéistes qui admettent, par exemple, que l'élément matière peut s'élever graduellement en titre , et devenir capable de penser, ceux-là , dis-je , sont en très faible minorité. Et puisque je vais réfuter leur doctrine par Tune de ses faces , je puis me permettre d'ajouter que leur point de vue est bien autrement élevé et poétique que ne l'est la synthèse précédente.

En réalité, l'étude sévère des faits est tout aussi hostile à l'idée d'une transmutation d'un élément en un autre qu'à celle d'un anéantissement possible de cet élément. Nous aurons à chercher bientôt si l'électricité, la chaleur elc. sont des modes d'un même élément. Pour le moment, il est essentiel de faire remarquer que I'élément matière, partout où nous le retrouvons, est toujours identique à lui-même quantitativement et qualitativement, et il n'y a pas un seul fait connu qui autorise à croire qu'il puisse jamais avoir été modifié. C'est là, il est vrai, un genre de preuves qui ne procède que par voie d'exclusion , et qui , par conséquent , ne serait absolu que si tous les faits possibles étaient connus. Mais nous disposons maintenant d'une affirmation capitale, à laquelle il n'y a aucune réplique possible.

Par sa seule définition, en effet, le panthéisme proprement dit exige la divisibilité à l'infini des corps dans leur totalité ; par sa seule définition , il est absolument incompatible avec l'idée de l'existence d'un atome matériel indivisible; car si celui-ci existe, il devient un individu par sa nature même distrait à jamais du grand tout, et il échappe à jamais à toute transmutation de nature et de forme. El alors évidemment il n'y a plus de raison pour se refuser à admettre qu'il existe encore d'autres individualités à jamais distinctes les unes des aulres , à jamais distinctes du grand Tout. En démontrant l'existence de l'atome matériel, invariable en grandeur et en forme, nous avons donc de fait réfuté le panthéisme dans son expression la plus élevée, et, je ne crains point de le

dire, la pins poétique, tel qu'il est compris, par exemple, par quelques-uns des philosophes de linde.

Nous aurons à revenir sous d'autres formes sur cette grande doctrine, que des esprits superficiels seuls peuvent confondre avec le matérialisme. Mais ce qui précède suffit déjà pour montrer combien est mal fondé ce superbe dédain que certains esprits affectent pour les faits et pour les sciences de faits. La question de la divisibilité illimitée de la matière et de l'existence d'un atome semble, au premier abord, n'intéresser que la physique et la chimie : au fond elle touche au problème le plus élevé qui se soit jamais posé à la raison humaine. En la résolvant à l'aide des sciences exactes , nous résolvons donc ce problème lui-même.

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