LIVRE II, CHAPITRE I
nisme, et par ce seul fait il disparaît ou il apparaît en nous de la chaleur, selon que nous donnons ou que nous recevons du travail. Je me permets ici de renvoyer à mes travaux expérimentaux les lecteurs qui voudraient entrer plus à fond dans cette question.: ils la trouveront entre autres dans le premier livre de mon Exposition analytique et expérimentale de la thermodynamique.
Le principe fondamental mis aujourd'hui hors de doute, c'est qu'il y a équivalence parfaite entre tous les phénomènes dynamiques de l'univers, et que quand l'un de ces phénomènes se manifeste, il y en a nécessairement un autre qui cesse sous forme proportionnelle. Ce principe, réfute par son seul énoncé l'interprétation qui attribuait les phénomènes du calorique, de l'électricité, à des fluides ayant la ressemblance même la plus éloignée avec la matière et n'en différant que par un plus grand degré de subtilité , d'élasticité etc. ; car ces fluides ne pourraient pas , même en apparence, cesser d'être là où leur présence aurait une fois été constatée. On faisait du calorique, par exemple, une espèce de gaz impondérable, capable de pénétrer les corps et de séparer leurs atomes par son interposition; on en faisait, en un mot, seulement une matière d'une autre espèce : cette interprétation évidemment succombe devant le principe ci-dessus.
Réfutation de la doctrine qui attribue les phénomènes de lu-
mière , de chaleur, d'électricité , à de simples mouvements qui auraient lieu dans des substances distinctes de la matière, mais pourtant analogues à elle dans leur essence.
La seconde interprétation , celle qui consiste à attribuer les phénomènes de chaleur, de lumière etc. à des mouvements oscillatoires spéciaux, qui ont lieu dans une substance diffé-
rente de la matières partout répandue, cette interprétation, dis-je, tient tête au principe ci-dessus. Le calorique, l'électricité , n'étant considérés que comme des mouvements particuliers ayant lieu dans cette substance, dans Yéther universel , on conçoit aisément qu'un de ces mouvements puisse se substituer quantitativement à un autre, et qu'ainsi, quand il se manifeste du calorique dans un conducteur, par exemple , le mouvement électrique cesse sous forme équivalente. En ce sens , et en bien d'autres encore , cette doctrine est logique et peut en tous cas servir à figurer, à peindre les phénomènes , ce qui est un grand avantage déjà. Ainsi, par exemple, la théorie des ondulations lumineuses qui s'est substituée à la doctrine de l'émission de Newton , et qui assimile la lumière à un son, à un mouvement oscillatoire de l'éther, traduit certainement avec la dernière fidélité les phénomènes de lumière, et si, comme nous allons voir bientôt, elle n'est non plus l'expression totale de la vérité , elle en est du moins une traduction partielle des plus utiles.
Mais voici maintenant le côté vraiment vulnérable de celte interprétation. Du moment qu'on enlève à la substance universellement répandue, à l'éther, les caractères essentiels de la matière, — et c'est là, nous le verrons, l'expression réelle de la vérité, — du moment qu'on la prive de toute masse, par exemple, il devient impossible d'expliquer comment les mouvements de l'éther calorifique, luminique, électrique, peuvent, dans de certaines conditions, se communiquer aux atomes matériels, ou tout au moins agir sur ceux-ci de manière à modifier leur position respective. Ainsi, par exemple, l'éther calorique étant dénué de masse , il est impossible d'expliquer comment les vibrations seules de cet éther, quand elles s'accroissent dans un corps, peuvent séparer les atomes de ce corps en surmontant des efforts externes et internes.
Et, d'un autre côté, si l'on fait seulement de l'éther en général un principe plus subtil , plus rare que nos gaz les plus