LIVRE II, CHAPITRE I
raréfiés, ce n'est plus la peine de les distinguer radicalement de la matière. Il y a d'ailleurs en tout cela une contradiction bien plus grave, qui fait réellement tomber l'interprétation comme doctrine d'ensemble.
On a fait des éthers électrique, luminique , calorique, des espèces de gaz impondérables , c'est-à-dire des principes échappant à l'attraction générale etc. ; cependant les premières exigences de l'optique, par exemple, veulent que l'éther luminique soit plus dense dans les corps qu'ailleurs et soit par conséquent soumis à une attraction. On a , je le sais, essayé d'éluder la contradiction , en dotant l'éther et la raa^ tière de forces spécifiques qui seraient indépendantes les unes des autres ; mais il devient alors encore impossible d'expliquer comment l'éther se localise de telle ou telle manière dans les corps autrement que dans l'espace. Ces considérations ont fait abandonner, par presque tous les physiciens modernes, l'hypothèse de l'existence d'un ou de plusieurs éthers universellement répandus, dont les mouvements donneraient lieu aux phénomènes de lumière , de chaleur etc.
Je montrerai bientôt qu'après être parti d'une critique très juste, on s'est laissé entraîner dans une autre doctrine tout aussi vulnérable, et qu'en définitive la doctrine des ondulations éthérées est simplement insuffisante. Elle pèche, d'une part, par la terminologie, qui demande à être radicalement modifiée ; elle pèche, d'autre part, en ce qu'elle laisse dans l'ombre un ordre tout entier de phénomènes : ceux dont l'ensemble constitue le dynanisme ou la science des forces. Mais , en somme , elle est facile à corriger.
Réfutation de la doctrine qui attribue tous les phénomènes de l'univers à de simples mouvements de la matière. Première affirmation rationnelle et synthétique.
L'idée, préconçue chez beaucoup de personnes, que tout est nécessairement simple dans la nature a fait substituer presque généralement aux deux interprétations précédentes celles qui consistent à attribuer à la matière et à ses mouvements tous les phénomènes d'attraction, de répulsion, de chaleur, de lumière, d'électricité. J'ai le regret d'être obligé d'ajouter que bien des partisans de celte doctrine ont exprimé pour les deux précédentes un mépris quelquefois injurieux et qui serait déplacé même dans la bouche de philosophes plus sensés que ceux qui ont voulu faire delà matière et de ses mouvements le Dieu de l'univers.
Pour utiliser méthodiquement notre critique et la ramener à une affirmation finale , je donne de suite à la question à étudier la forme d'un dilemme interrogatoire, auquel de fait elle se réduit nécessairement.
Le mouvement d'une partie distincte de matière résulte-t-il toujours et immédiatement d'un mouvement antérieur d'une autre partie distincte de cet élément ?
Ou bien existe-t-il dans l'univers un élément spécial capable, sans aucun mouvement antérieur, de tirer la matière du repos ou de l'y faire rentrer ?
Nous n'avons aucune idée de ce qu'est l'essence même du mouvement, et nous ne savons aucunement ce qu'il y a de plus ou de moins dans un corps en mouvement que dans un corps en repos. On a écrit des centaines de volumes sur ce sujet, et à force d'écrire et d'ergoter, quelques penseurs en sont arrivés à nier le mouvement absolu et à faire du raouve-