LIVRE II, CHAPITRE I
menl en général quelque chose de subjectif, de relatif à nous! Il en est advenu ici probablement ce qui a lieu pour toutes les questions très simples : on rejetle le fond à cause de cette simplicité môme ; et puis , à force de vouloir éclaircir et prouver ce qu'est la forme, on rend la question obscure et inintelligible pour tous. Nous n'avons point à nous occuper du mouvement au point de vue de son essence même ; je me bornerai à rappeler en passant aux personnes qui nient l'existence du mouvement absolu, qu'elles oublient totalement de réfléchir au mouvement de rotation et à ses conditions.
DansJ'expression la plus générale, et sans entrer dans aucune recherche de causalité, nous pouvons provisoirement admettre simplement que le mouvement est un état particulier d'un corps, et nous n'avons alors pas de raison pour dire qu'un corps, supposé unique dans l'espace infini, ait été de toute éternité à l'état de repos plutôt qu'à l'étal du mouvement.
La question prend un caractère beaucoup plus clair et plus à l'abri de toute chicane de mots, lorsqu'au lieu de nous préoccuper de l'essence même du mouvement, nous venons à considérer ses variations. Si l'état de mouvement ne suppose pas nécessairement l'existence d'une cause, il en est tout autrement de ses changements de grandeur ou d'intensité. Le passage d'un corps de l'état de repos à l'état de mouvement, de l'état de mouvement à un mouvement moindre ou au repos, et, ce qui revient au fond au même, les changements de direction d'un corps en mouvement sont pour tous les hommes des effets, et contraignent l'esprit de l'homme le plus simple, comme celui du philosophe, à remonter à l'idée de cause et à concevoir cette cause d'une manière ou d'une autre. L'obbervation la plus élémentaire , de tous les jours , nous conduit à diviser temporairement ces causes en deux grandes classes parfaitement distinctes en apparence : nous verrons bientôt qu'il n'en existe de fait qu'une seule.
1° Dans, certains cas t nous apercevons l'origine du mou-
vement à l'aide de nos sens (ou tout au moins à l'aide de l'imagination aidée antérieurement par les sens).
2° Dans d'autres cas, nous ne l'apercevons en aucune façon.
Je m'explique à l'aide d'exemples :
1° Lorsqu'un corps en mouvement heurte un autre corps en repos ou doué d'un mouvement différent en grandeur ou en direction, il y a toujours soit partage, soit échange; l'état du premier passe partiellement ou totalement (en grandeur) dans le second. Le changement d'état de l'un trouve pour nous sa cause immédiate dans le mouvement antérieur de l'autre. Bien que nous ne sachions pas ce que c'est que l'état en lui-même ni ce qui se passe dans les deux corps au moment du partage, notre esprit est ici satisfait, et ne pousse pas ses recherches plus loin. Le mouvement étant là, nous trouvons naturel qu'il passe d'un corps dans un autre, qu'il se continue sous une forme ou sous une autre.
Il est une multitude de phénomènes naturels où notre esprit trouve ainsi à se satisfaire , lors même que nos sens ne nous montrent pas directement le corps ou les parties matérielles en mouvement qui partagent leur état avec d'autres tombant sous nos sens.
Nous ne voyons pas, par exemple, l'air en mouvement, le vent qui emporte un nuage ou qui , à la surface de la terre , ébranle les corps solides ou liquides qui s'y trouvent en repos; mais une seule seconde de réflexion nous permet de satisfaire notre esprit, quant à la nature de la cause.
2° Mais il existe une multitude de phénomènes aussi , où nos sens tout seuls , ou aidés des instruments les plus puissants, ne nous montrent absolument aucun corps, aucune partie matérielle quelconque en état de mouvement antérieur, et où pourtant un corps ou ses parties passent du repos au mouvement, du mouvement au repos, et changent de direction lorsqu'elles sont en mouvement.
En tout premier lieu, la raison qui rend les corps pesants,