‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 30 sur 183 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

qui fait que tous tendent les uns vers les autres , qui fait que la plus petite parcelle de matière tend à se rapprocher des autres parcelles répandues dans l'espace infini/ cette raison échappe totalement à rtos investigations directes. Il en est absolument de même des attractions et des répulsions électriques, magnétiques; il en est de même de la répulsion réciproque que semblent éprouver les parties matérielles d'un gaz et qui fait que ce gaz a une élasticité et une pression propres etc. Dans toutes ces relations qui se montrent à nous comme causes de mouvement des parties libres de la matière , nos sens ne nous montrent absolument rien qui puisse être conçu par nous comme poussant la matière par suite d'un mouvement préexistant.

Nos sens nous trompent-ils ici? Le corps pesant que je soutiens, par exemple, dans la main par suite d'un effort contraire que j'oppose à la pesanteur, est-il poussé peut-être par des particules en mouvement qui échappent à ma vue , à mon loucher, et qui l'entraînent vers le sol dès que je l'abandonne? Suis-je, en un mot, dans l'erreur lorsque j'attribue à quelque chose de totalement différent de la matière ce qui fait que, dans des millions de cas, deux parties matérielles veulent se rapprocher ou s'éloigner l'une de l'autre, et le font dès qu'elles sont libres dans l'espace ?

La question ainsi posée est des plus claires. Nous devons la résoudre comme métaphysiciens et comme physiciens, comme penseurs et comme observateurs. Non qu'il soit entendu par là qu'un homme sensé puisse penser sans observer ou observer sans penser. Mais en toutes sciences , physiques , morales , politiques , religieuses , peu importe , il existe deux genres de démonstrations : les unes se tirent de notre seule puissance propre et vont du dedans au dehors ; les autres se tirent des faits et viennent du dehors au dedans. Il n'est plus permis aujourd'hui de se tenir dans l'un ou l'autre de ces cercles exclusivement : n'étant point concentriques, leurs

circonférences se coupent, et une portion d'arc manque à l'un et à l'autre ; l'esprit incomplet qui veut se limiter dans l'un se trouve tout à coup là devant un précipice daus lequel s'écroulent ses plus belles combinaisons.

Admettons d'abord une erreur fondamentale de nos sens et de notre jugement : après tout, il y a eu de tous temps des esprits d'une incontestable profondeur qui ont cru que c'est une erreur. Voyons la conséquence immédiate.

Soient deux corps quelconques A et B (deux atomes ou deux globes du firmament), séparés par un intervalle A — B, pour nous y vide de matière. Ces deux corps , en repos-relatif, s'attirent, c'est-à-dire qu'ils tendent à s'approcher l'un de l'autre, et qu'ils se mettent en effet en mouvement dès qu'ils sont libres.

Ces deux corps; dit-on , sont poussés l'un vers l'autre. Nous pouvons concevoir et expliquer ce fait de deux façons équivalentes.

Supposons l'espace sillonné dans toutes les directions possibles par une infinité d'atomes f*, animés d'une vitesse excessive. Ou bien, supposons l'espace rempli d'un gaz très-rare dont les atomes u. oscillent dans toutes les directions possibles et aussi avec une vitesse excessive.

Si dans cet espace nous concevons un atome matériel unique A, impénétrable et très-petit, mais non infiniment petit, — car alors le phénoirtène devient impossible , — cet atome, frappé continuellement et en tous sens par les n, restera immobile. Mais si, à une distance quelconque de A, nous concevons un second atome semblable B, les deux atomes A et B se serviront réciproquement d'écran : leurs deux faces en regard recevront moins de chocs des t* que leurs faces opposées ; ils tendront donc (un vers Vautre, ils s'attireront.

Telle est l'explication palpable , visible, donnée de l'attraction universelle par quelques auteurs modernes. On peut étendre à un corps, à une réunion d'atomes, ce qui vient

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