LIVRE II, CHAPITRE I
d'être dit des atomes uniques A , B. Mais alors déjà l'explication se complique; il faut greffer sur elle des hypothèses accessoires et gratuites : là toutefois n'est pas le point vulnérable.
Une condition suprême est imposée à ce mouvement, oscillatoire ou transitoire, invisible, des p: il faut qu'il reste inaltéré, tant qu'il ne se communique pas, tant que A etB restent immobiles. Autrement la somme de travail qu'il représente irait en diminuant sans cesse et sans cause dans I'univers : nihil in nihilum.
Il faut, eh un mot, que chaque *, après avoir frappé normalement A ou B, rebondisse sans perte de vitesse. Mais, pour rebrousser chemin ainsi , il faut que chaque p s'arrête , passe au repos pendant un instant infiniment petit. Il faut donc de toute nécessité que dans les p ou dans les atomes A et B euxmêmes, il y ait quelque chose qui soit capable, sans préexistence de mouvement, de faire passer la matière du repos au mouvement ou du mouvement au repos.
Je viens de considérer l'attraction dans toule sa généralité ; la même chose rigoureusement peut se dire de la répulsion, dans sa forme la plus générale aussi; pour être complet, je prends cependant un exemple spécial de ce dernier genre de phénomènes , et je suppose que les gaz soient constitués par des particules matérielles qui se meuvent dans toutes les directions possibles, chacune en ligne droite , et qui changent de direction sans changement de vitesse lorsqu'elles rencontrent un obstacle fixe.
Dans cette hypothèse , une des plus claires et des plus ingénieuses certes qui aient été proposées et que je choisis précisément par cette raison, dans celte hypothèse, dis-je : l°la densité du gaz relève, comme de juste, du nombre relatif de molécules renfermées dans l'unité de volume ; 2° la pression est due aux chocs des molécules du gaz contre les parois du vase qui le contient; 3° la température du gaz dépend de la
vitesse absolue des molécules. Le calorique n'est, dès ce moment , plus un principe particulier ; les phénomènes de chaleur dans les gaz sont dus désormais, et exclusivement, au mouvement rectiligne des particules constituantes : ce qu'on avait pris jusqu'ici pour une répulsion réciproque des parties gazeuses résulte des chocs de ces parties contre les parties en repos ou en mouvement des corps qui servent de contenants au gaz. Je reviendrai plus en détail, et comme il convient, sur cette hypothèse. Pour le moment, je ne fais remarquer qu'une chose.
Chaque atome, en frappant la surface d'un corps en repos (par exemple les parois du réservoir où se trouve le gaz) , se relève avec toute sa vitesse initiale; autrement le travail que représente son mouvement diminuerait sans cause : nihil in nihilum. Chacun, au moment du choc, commence par perdre toute sa vitesse, s'arrête un instant infiniment court, et reprend une vitesse égale en sens contraire.
Il faut donc que ces atomes ou ceux des corps frappés soient élastiques ; il faut en un mot qu'il s'y trouve quelque chose qui , sans aucun mouvement antérieur, soit capable de tirer la matière du repos ou de l'y faire rentrer.
Que l'on examine de près telle hypothèse qu'on voudra qui tend à expliquer tous les mouvements du monde inanimé par d'autres mouvements antérieurs , et l'on verra que cette hypothèse peut finalement être réduite aux termes précédents. Il n'est en aucune façon nécessaire, pour arriver, à cette réduction, de remonter à l'origine des choses , de faire de l'histoire au lieu de faire de la physique. Partout où deux molécules oscillent , sont dans un état de va-et-vient et passent par des périodes alternatives de mouvement et de repos relatifs, il faut qu'il se trouve quelque chose d'absolument différent d'elles-mêmes en nature, qui soit capable de détruire le mouvement établi, et de rétablir intégralement le mouvement détruit.