LIVRE II, CHAPITRE I
sont occupés par de la matière, puisque la lumière et le calorique rayonnant les traversent, et, à moins d'inventer un quatrième état des corps, on est de plus obligé de dire que cette matière n'est autre chose qu'un gaz , aussi peu dense qu'on voudra d'ailleurs. Dès lors cependant, on aboutit aux contradictions les plus étranges , si l'on ne veut continuellement violer la règle que nous avons posée plus haut.
1° Les atmosphères des planètes sont limitées. Dans l'hypothèse de Clausius, ou dans toute autre qui attribue les phénomènes de chaleur internes à un mouvement des particules gazeuses, la couche limite est nécessairement formée de molécules parvenues au repos , et par conséquent au zéro absolu de température , et de plus , il n'y a que cette couche qui puisse être formée de parties en repos. Mais alors, de deux choses l'une : ou bien les espaces stellaires ont une température propre , ou ils sont au zéro absolu ( — 273° environ). Dans le premier cas, les molécules du gaz stellaire sont en mouvement, puisque c'est ce mouvement même qui constitue une température : mais alors , pourquoi ce mouvement ne se communique-t-il pas aux dernières couches des atmosphères planétaires, et comment celles-ci peuvent-elles être limitées , séparées nettement du gaz stellaire? Dans le second cas, les molécules du gaz stellaire sont en repos relatif, et n'oscillent plus que sous forme d'ondes lumineuses : elles sont donc dénuées de ce qui faisait leur apparente répulsion mutuelle; mais alors, pourquoi ne tombent-elles pas vers les corps célestes, en encore, une fois, comment les atmosphères planétaires peuventelles être séparées nettement de ce prétendu gaz stellaire? On a objecté que ce gaz, par ce fait qu'il remplit l'espace infini , ne peut peser en aucun sens , et doit sembler dénué de poids; cette objection, à peine tolérable s'il n'existait dans l'espace que du gaz , tombe devant sa propre absurdité, si l'on se rappelle qu'il existe dans l'espace des centres distincts et puissants d'attraction. Cette seule argumentation
suffit pour faire rejeter l'hypothèse d'un gaz stellaire pondérable.
2° Si la chaleur interne des gaz n'est qu'un mouvement quelconque des molécules ; si ce que nous appelons la pression des gaz ne dérive que de ce mouvement, un gaz n'est plus autre chose qu'un espace partiellement vide et partiellement occupé par des molécules rendues dépendantes les unes des autres par la seule et faible action de la force gravifique. Il est facile de.démontrer qu'un semblable milieu, déjà très difficilement conciliable avec la théorie des ondulations sonores, ne répond plus aucunement aux premières exigences de la théorie des ondulations luminiques et caloriques. Dans ces deux théories, en effet, mais dans la seconde surtout, on est obligé d'admettre implicitement que les vibrations ne résultent pas du tout du choc direct des atomes les uns contre les autres, mais que les atomes sont rendus solidaires, à distance, les uns des autres par des forces répulsives et attractives: on est obligé, en un mot, d'admettre l'exislence de ces éléments dynamiques qu'on voulait éluder , et dès lors il est inutile de recourir aux vibrations matérielles pour expliquer les phénomènes de chaleur. Chacun sait d'ailleurs que le son se transmet d'autant mieux dans les gaz, que ceux-ci sont plus denses, qu'ils renferment plus de molécules pondérables dans le même espace ; le son s'éteint dans le vide de nos machines pneumatiques.
La lumière et la chaleur rayonnante, au contraire, traversent ce vide , et d'autant mieux qu'il est plus parfait. En d'autres termes , la lumière qui traverse une étendue suffisante de gaz, s'y affaiblit d'après une loi tout autre et beaucoup plus rapide que d'après le rapport inverse du carré des distances, et finit par s'éteindre; le calorique rayonnant disparaît aussi dans une masse suffisamment étendue dç gaz, et l'échauffé. Dans les espaces stellaires , au contraire , la lumière n'éprouve évidemment aucune diminution spécifique