LIVRE II, CHAPITRE I
due au milieu où elle se propage. Sa marche, parfaitement rectiligne dans ces espaces , nous contraindrait d'ailleurs à admettre que le milieu matériel où elle est censée se propager est partout de la même densité : hypothèse absolument inadmissible, par ce fait même qu'on admet que cette matière est pondérable,
3° S'il se trouve dans les espaces stellaires un milieu gazeux et pondérable, ce milieu, si rare qu'on veuille bien le supposer, tout arbitrairement d'ailleurs , doit résister au mouvement des corps célestes ; on sait que , quant aux planètes et aux satellites , l'astronomie ne fournit aucune donnée qui , même de loin, nous autorise à admettre la réalité d'une telle résistance : mais cette résistance n'est pas du genre de celle que j'ai réfutée (p. 245) ; elle s'adresse à la périphérie des corps célestes , et non à chacune de leurs molécules ; elle dépend exclusivement de la vitesse de ces corps et de la grandeur de leur section perpendiculaire aux sens du mouvement. La force accélératrice négative qui résulte de cette résistance est donc une fonction directe de la masse en mouvement ; et l'on peut toujours se rejeter sur la grandeur de cette masse pour dire que l'effet de la résistance doit échapper à l'observation. Cette fin de non-recevoir tombe évidemment devant l'élude des phénomènes cométaires. Ces corps singuliers se prêtent d'une manière particulièrement favorable au genre d'investigations dont il est ici question : sans accepter la dénomination quelque peu hyperbolique de c riens visibles » que leur a donnée un spirituel académicien , sans dire même , avec Herschel , qu'il se peut que leur masse ne représente que quelques onces de matière, et en reconnaissant, au contraire, que cette masse peut parfois s'élever à des milliards de kilogrammes de matière; toujours est-il que la densité de de ces astres est excessivement faible, et leur volume colossal. La valeur relative de celte masse ne peut donc plus être alléguée , pour soutenir que le prétendu milieu matériel où
elle se meut peut agir sur elle sans que l'observation nous permette de nous ei^ apercevoir. Or rien , rien absolument dans tout l'ensemble des phénomènes qu'elle présente, n'indique quoi que ce soit qui puisse être légitimement attribué à une résistance au mouvement. Une seule d'entre elles , la comète d'Enke, avait donné lieu de croire qu'aux approches du soleil il existe un milieu résistant , et la plupart des astronomes semblaient n'être pas éloignés d'admettre la possibilité de cette espèce d'obstacle, lorsque M. Faye, joignant à la fois une brillante expérience de cabinet à une savante analyse mathématique , est venu montrer que , loin d'éprouver une résistance dans le sens de sa marche, cette comète éprouve une répulsion dirigée selon son rayon vecteur, et dérivant de la radiation calorifique du soleil.
Nous pouvons , en un mot, regarder comme définitivement démontré que ce n'est point un mouvement ondulatoire de la matière même qui donne lieu aux phénomènes de lumière et de calorique rayonnant.
Plaçons-nous maintenant au point de vue de la théorie de l'émission, en restant toujours dans l'hypothèse que la substance émise est de la matière pondérable.
Nous venons de voir que l'existence d'un milieu matériel dans lequel s'exécutent les ondulations lumineuses et calorifiques est inadmissible. Sous ce rapport, la théorie de l'émission est beaucoup plus spécieuse , et lorsqu'on ne s'occupe que d'un seul ordre de phénomènes , celui de la radiation des corps célestes dans l'espace , ou de la radiation d'un corps lumineux ou chaud dans un milieu diaphane ou diathermane, on pourrait, si l'on n'analysait les faits avec la plus grande attention, trouver dans ceux-ci une confirmation, et non une réfutation de l'hypothèse.
Dans cet ordre d'interprétation , là lumière et le calorique rayonnant sont des particules de matière émises par les corps lumineux et incandescents. La lumière et la chaleur solaire sont