‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 70 sur 183 · LIVRE III, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE I

de M. Raspail, on peut, à l'aide des seuls faits connus depuis longtemps , faire une objection capitale à l'hypothèse générale qui n'admet qu'une seule espèce d'atomes. Ce qui nous porte à spécifier les éléments chimiques , ce sont leurs propriétés chimiques , physiques. Toutes ces propriétés reposent uniquement sur les rapports divers qui existent entre les corps et les forces aujourd'hui connues (gravitation , calorique, lumière, électricité. . . .), rapports qui donnent lieu à ce que nous appelons la pesanteur spécifique, la couleur, les affinités, la fusibilité, etc. etc. S'il n'existe qu'une espèce d'atomes, la diversité, apparente seulement, des éléments est due, en un mot, à la diyersité des rapports dans lesquels se sont mis, à une certaine époque, ces atomes uniques et ces forces , non inconnues , mais au contraire connues , et agissant à chaque instant; et l'on n'est ici nullement en droit d'invoquer l'action de forces inconnues. En prenant l'hypothèse de l'identité des atomes sous son jour le plus favorable, on ne voit donc en aucune façon pourquoi , avec les seules forces aujourd'hui connues, il a été impossible de transformer un élément quelconque en un autre.

Mais nous avons à notre disposition d'autres données d'un ordre plus frappant et plus élevé, qui nous permettent de pénétrer au cœur de la question. Elles sont en pleine harmonie avec le titre même de cet ouvrage ; elles sont les résultats de l'application de la thermodynamique à l'étude de la structure des corps.

S'il n'existe qu'une seule espèce d'atomes , tous égaux en poids et en volume, il est évident que la densité des corps, leur pesanteur spécifique ne dépend plus absolument que du nombre plus ou moins grand d'atomes que renferme l'unité de volume apparent de ces corps. Si un litre de mercure à 0°

pèse treize fois et demie plus qu.'un litre d'eau à 0% ce ne peut être que parce que ce volume renferme treize fois et demie le nombre d'atomes du même volume d'eau.

Voyons maintenant si cette première conséquence de l'unité spécifique de I'élément matière est soutenable en présence des faits nouveaux conquis désormais à la science.

Dans plusieurs de mes travaux sur la thermodynamique, et en suivant des méthodes de démonstration variées, mais reposant toutes sur l'expérience , j'ai mis hors de doute la vérité de cette assertion fondamentale : c'est que le volume apparent d'un corps quelconque se compose d'un volume absolument -immuable, qui est celui de la totalité des atomes , et d'un volume variable, qui est celui de la totalité des interstices. Cette assertion en elle-même n'aurait rien de contraire à l'hypothèse de l'unité des atomes; mais je suis parvenu aussi à déterminer approximativement le volume atomique d'un certain nombre de corps : celui de l'eau entre autres. J'ai montré que dans ce liquide, le volume total des atomes combinés de l'oxygène et de l'hydrogène s'élève au moins aux 95 centièmes du volume apparent. La densité moyenne des atomes d'oxygène et d'hydrogène est donc au plus :

c'est-à-dire qu'un volume de un litre de ces atomes , mêlés

ou combinés, pèserait 4 052&r,6 au plus.

Il est maintenant évident que si les atomes étaient égaux en poids et en volume, ce nombre 1052sr,6 serait le poids maximum du litre de tous les corps possibles. Or ce poids spécifique est en quelque sorte, au contraire, le plus faible parmi ceux des corps solides en général ; les poids de la plupart des métaux sont considérablement supérieurs (platine , or, mercure etc.).

Cette seule considération , qui est à l'abri de toute objection, suffirait pour réfuter radicalement l'hypothèse de l'unité

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