LIVRE III, CHAPITRE
spécifique de la matière. Je vais en présenter d'autres d'un ordre bien plus élevé , qui nous serviront bientôt à classer les forces elles-mêmes.
Les personnes qui ne possèdent que les notions les plus élémentaires de chimie savent que les corps ne se combinent pas du tout au hasard et en toutes proportions ; mais qu'au contraire chaque corps peut être représenté par un poids immuable , suivant les multiples toujours entiers duquel il entre en combinaison avec les autres corps. Ainsi , l'oxygène étant pris pour point de comparaison générale, et son poids
chimique étant 100, les nombres 6,25; 201,16; 75 etc.
représentent les poids chimiques de l'hydrogène, du soufre, du carbone.. . . etc., parce que quand ces corps se combinent , soit avec l'oxygène , soit entre eux , on retrouve toujours dans la combinaison, si complexe qu'elle soit, des multiples exacts de ces nombres.
Les chimistes considèrent ces poids comme quelque chose de spécifique qui caractérise chaque espèce de corps , et ils leur ont donné le nom précis de poids atomiques. Nous allons reconnaître qu'ils ont parfaitement raison. Mais avant cette démonstration , je me servirai d'une dénomination qui n'implique aucune hypothèse , et je continuerai d'appeler ces nombres poids ou équivalents chimiques.
Dans l'hypothèse de l'unité spécifique de l'atome, l'existence même et la permanence des poids chimiques ne peuvent s'expliquer que d'une seule manière. On est condamné à dire que les atomes semblables se sont, à un moment donné, réunis d'une manière indissoluble en groupes, et que c'est du nombre absolu des atomes ainsi réunis dans un même groupe que dépend la grandeur numérique du poids chimique des
corps. Le poids chimique du platine, ou 1233,5, ne serait 190 fois plus grand que le poids 6,5 de l'hydrogène, que parce que dans chaque groupe d'atomes, ou molécule, du premier corps, il y aurait 190 fois plus d'atomes que dans les molécules du second. Au lieu de m'arrêter à faire ressortir ce qu'il y a de gratuit et de purement imaginatif dans l'explication précédente, la seule pourtant possible dans l'hypothèse de l'unité spécifique de la matière, je vais maintenant d'un coup, et réfuter cette hypothèse, et montrer dans quelles limites il est , sinon certain , du moins hautement probable que les corps appelés élémentaires sont effectivement le dernier-degré de réduction possible.
Il nous suffira pour cela de discuter à fond la belle loi de Dulong et Petit, et d'en faire ressortir toutes les conséquences.
On sait que pour élever d'un même nombre de degrés la température de poids égaux de différents corps, il faut des quantités différentes de chaleur. Ainsi, si nous désignons par 1 la quantité de chaleur qu'il faut pour échauffer de 1° un kilogramme d'eau à zéro, celle qu'il faut pour échauffer de 1 ° aussi un kilogramme de mercure n'est que 0,03332. On appelle en physique capacité calorifique d'un corps, le rapport qui existe ainsi entre les quantités de chaleur nécessaires pour échauffer de même des poids égaux de ce corps et d'eau.
Cela posé , Dulong et Petit ont trouvé que si l'on multiplie les poids chimiques des corps élémentaires par leurs capacités calorifiques, on arrive à un produit constant. Ainsi, le poids chimique du soufre est 201,16, sa capacité est 0,20259 ; le produit de ces deux nombres est 40,754; le poids chimique du plomb est 1294,5 , sa capacité calorifique est 0,034 : le produit est 40,667, nombre presque égal au premier. Cette découverte, si simple qu'elle paraisse, peut être, ajuste titre, appelée l'une des plus belles de notre époque par l'importance de ses conséquences.
L'une des premières parmi celles-ci, c'est que le poids chi-