LIVRE III, CHAPITRE I
affectent le thermomètre, il s'en trouve d'éclatants qui ne l'affectent que peu.
II s'agit donc ici, on le voit, d'une question de qualité et nullement de quantité , et il est , je crois , impossible de ne pas conclure que si la lumière et la chaleur rayonnante sont deux modes de mouvement d'un même principe intermédiaire, ces modes tout au moins n'ont pas une forme iden* tique, mais que l'un , le calorique rayonnant, est apte à donner lieu dans les corps à la manifestation dynamique répulsive, tandis que l'autre, la lumière, donne lieu dans les corps à d'autres manifestations dynamiques très différentes.
En somme, nous pouvons donc ramener les manifestations de chaleur, de lumière, d'électricité, de magnétisme, d'attraction de la matière par la matière, de cohésion, à trois forces génériques : la force gravifique , la force calorique et la force électrique. Il s'agit de savoir, par conséquent, si nous pouvons ou non regarder ces forces comme des manifestations dynamiques d'un même principe intermédiaire, ou si nous devons les rapporter à trois principes analogues génériquement, mais distincts comme individus.
Si l'élément dynamique ou intermédiaire n'avait qu'un seul mode de manifestation , s'il n'avait que le seul attribut de force, nous serions déjà obligés de le séparer en individus spéciaux, en partant de la diversité des effets pour conclure à la diversité des causes.
La fonction de la force gravifique serait d'appeler les atomes matériels les uns vers les autres, à travers les profondeurs les plus reculées de l'espace.
Celle dé la force calorique serait de maintenir à des distances variables ce que la force gravifique tend à juxtaposer.
Celle de la force électrique serait de grouper en molécules et électivement (combinaison chimique) ce que la force gravifique rassemble indistinctement. Mais d'autres considéra^
tions plus puissantes légitiment cette classification.
Considérée dans son intensité, la force gravifique agit avec une constance qui semble immuable. Non seulement le
coefficient de l'attraction universelle est invariable pour deux corps semblables, mais il est le même pour toute espèce de matière. Les expérimentateurs les plus habiles n'ont pu trouver la moindre différence entre la vitesse des divers corps tombant d'une même hauteur. D'après tout ce qui est connu jusqu'ici , le principe qui la constitue n'a qu'un seul mode de manifestation , dont l'immanence est telle que les uns en ont fait une propriété de la matière , en dehors de laquelle pourtant bien évidemment elle se trouve, que les autres en ont fait une manifestation directe de la volonté divine (comme si , à ce point de vue-là, tout phénomène n'était pas, au même titre, une telle manifestation) , et que les plus intrépides matérialistes même ont reculé devant l'idée d'assimiler cette forge à un mouvement invisible de la matière.
Il est évident que si le calorique et l'électricité étaient des modes spéciaux de la forge gravifique , l'intensité de celle-ci devrait baisser par suite d'une transformation de ce genre. Cette seule considération non seulement nous autorise déjà, mais même nous condamne à regarder définitivement la forge gravifique comme dérivant de l'existence d'un principe intermédiaire spécial. Il en est cependant une qui est plus puissante encore.
Tandis que la forge gravifique s'adresse à la totalité de l'atome matériel, à sa masse, comme le démontre très clairement l'existence des équivalents chimiques , et la seule dénomination si expressive de poids atomiques, le calorique et l'électricité ne s'adressent, s'il est permis de s'exprimer ainsi , qu'à la périphérie de l'atome , au nombre de ceux-ci. C'est ce que chacun va reconnaître à l'instant.
La température d'un corps, avons-nous dit ailleurs déjà, n'est autre chose que Y intensité actuelle de la forge calorique s'exerçant sur les atomes ou les molécules de ce corps. Lors-