LIVRE III, CHAPITRE II
que cette intensité s'est abaissée , soit par suite de partage avec celle des autres corps, soit parce que le calorique a fourni un trayait externe au corps, il faut, pour le rétablir, qu'il se fasse vers ce corps un mouvement calorifique , partant par exemple d'un autre corps dont, par une raison ou une autre, l'intensité actuelle soit plus élevée.
Ce seul énoncé nous dit qu'il existe nécessairement un rapport déterminé entre l'intensité que gagne le premier corps , le mouvement calorifique qui s'opère dans l'intervalle (vide de matière ou non) qui le sépare du second corps , et l'intensité que perd celui-ci.
La capacité calorifique absolue d'un corps n'est donc de fait autre chose que le rapport qui existe entre un accroissement quelconque d'intensité calorifique de ce corps et le mouvement calorifique du dehors au dedans nécessaire pour déterminer cet accroissement.
En raison de la nature transcendante des principes intermédiaires , nous ne pouvons mesurer directement ce mouvement, ni , par conséquent, déterminer son rapport avec l'accroissement d'intensité qui lui répond. Nous sommes donc obligés de comparer simplement le rapport qui existe entre l'accroissement d'intensité calorifique dans un corps et l'abaissement qui y répond dans un autre corps, pris alors pour unité : c'est ce rapport qu'en physique on appelle capacité calorifique des corps. La capacité de l'eau , du fer, de l'oxygène etc., c'est le rapport qui existe entre une unité d'accroissement d'intensité calorifique dans ces corps et le mouvement calorifique qui la détermine : c'est le rapport quantitatif du mode force et du mode mouvement pour ces corps. Mais comme de fait nous ne pouvons mesurer ce rapport , nous comparons simplement ce que l'eau, par exemple, prise une fois pour toutes comme terme de comparaison , gagne en intensité pour une diminution déterminée d'intensité dans les autres corps, ou ce que ceux-ci gagnent, pour une diminution donnée, dans l'eau.
Il est bien évident que cette comparaison ne peut devenir correcte et concluante qu'à la condition qu'on opère sur des quantités constantes des corps que Ton veut mettre en rapport. On est convenu, en physique, d'opérer sur des poids égaux , sur des quantités égales de matière.
Cela posé , il est manifeste que si la force calorique agissait sur les atomes des corps de la même manière que la force gravifique, que si elle s'adressait comme celles-ci à là quantité de matière , les capacités relatives indiquées dans nos tables de physique devraient procéder suivant une certaine loi parfaitement déterminée relativement aux poids. Or c'est visiblement ce qui n'a pas lieu du tout, et tant qu'on compare ainsi les corps par poids égaux , on n'aperçoit que hasard et confusion dans ces tables. La question prend un tout autre aspect et la plus grande simplicité , si , au lieu de comparer des poids égaux, on compare des nombres d'atomes égaux, ou, en d'autres termes, si au lieu de peser par poids égaux, on pèse par équivalents chimiques. Il me suffit d'énoncer ce fait pour rappeler à tous mes lecteurs la belle loi découvert^ par Dulong et Petit , qui nous a déjà conduits à des conséquences si rigoureuses et si élevées quant à la nature de l'atome matériel. « « Le produit des équivalents chimiques des corps simples par la capacité calorifique est une constante. » Cette loi conduit directement au corollaire suivant :
«Une même quantité de chaleur produit la même élévation « de température dans tous les corps simples qu composés à « nombre égal d'atomes. »
Ce corollaire se traduit maintenant pour nous sous la forme suivante :
«Un même mouvement calorifique détermine un même «changement d'intensité dans la force calorique agissant « entre deux atomes de matière , quelles que soient leur na- «ture et leur distance de séparation. »
Trois conclusions d'une portée immense découlent tout