CHAPITRE I
Nous avons constaté que le mouvement d'un atome ou d'une réunion d'atomes, d'un corps , ne peut jamais se communiquer immédiatement à un autre ; que le mouvement ne peut naître que par suite de l'intervention d'un élément absolument différent en nature de l'élément matière ; nous avons constaté de plus que s'il pouvait en être autrement, le mot force serait à rayer de nos dictionnaires.
Gomment, se sera dit déjà plus d'un de mes lecteurs, comment concevoir la nature de cet élément dynamique qui, à des distances infinies , met en rapport deux points matériels, de manière à les tirer du repos sans aucun mouvement préexistant ?
Je montrerai dans le paragraphe suivant quelle est l'origine de ce comment; ici je me borne à examiner s'il existe une seule hypothèse qui y échappe. C'est au fond sur ce comment concevoir que reposent la plupart des objections que l'on a faites contre l'existence de la force proprement dite , et les neuf dixièmes des hypothèses purement figuratives qu'on a essayé de substituer à cette notion première.
Analysons un peu la validité de ce comment , et nous ré-
duirons promptement à néant toutes les objections qu'on en a tirées.
Nous ne savons en aucune façon quelle est l'essence du mouvement de la matière; nous ne savons pas ce qu'il y a de plus ou de moins dans un corps qui se meut que dans un corps en repos. Tout ce qu'on a dit et écrit à ce sujet se réduit à de puérils jeux de mots. Nier, par exemple, la notion de l'espace et du temps pour conclure que le mouvement ne diffère en rien du repos, c'est , je pense, faire un raisonnement que l'épithète de puéril ne caractérise pas même assez. Nous en sommes au fond réduits à dire que le repos et le mouvement sont deux états distincts , dont est susceptible la matière et qu'elle est susceptible de conserver indéfiniment , l'un comme l'autre. Mais ce que nous concevons beaucoup mieux ou, pour mieux dire, ce qui est évident a priori, c'est que le passage de l'un de ces états à l'autre ne peut pas avoir lieu sans cause et qu'il constitue, par conséquent, un effet proprement dit. La question est seulement de savoir quelle est la nature de la cause. Est-ce, comme l'affirme notre synthèse , quelque chose de spécial et de spécifique qui existe en dehors des corps? Ou bien l'effet est-il toujours sa propre cause, et un mouvement ne relève-t-il que d'un autre ?
Lorsqu'un corps en mouvement en heurte un autre en repos , il lui communique toujours une partie ou la totalité de son mouvement. Ce phénomène a été parfaitement analysé dans notre ancienne mécanique classique, que certains esprits trouvent aujourd'hui si absurde et si surannée. S'il l'avait été aussi bien en métaphysique , je n'aurais pas eu à écrire tant de pages pour prouver que le mouvement ne peut être immédiatement sa propre cause.
A force d'être témoins journaliers des résultats du choc des corps, nous avons tous, ainsi qu'il arrive toujours , fini par trouver le phénomène naturel et par croire que nous le comprenons très bien* Nous ne savons pas, disons-nous , ce qu'est