‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 86 sur 183 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

le mouvement; mais ce qui nous semble clair, c'est que cet état peut passer immédiatement et par contact direct d'un corps dans un autre. C'est de cette fausse analyse que toute l'école matérialiste et bien d'autres ont conclu que les choses se passent réellement et toujours ainsi , et qu'il n'existe point de cause directe de mouvement. Petit à petit on en est arrivé ainsi, bon gré mal gré, à fausser ce qu'il y a de plus respectable dans l'humanité : la langue elle-même ; on en est venu à confondre la force avec ses effets. Il suffît de lire les titres seuls des ouvrages qui ont paru dans ces derniers temps sur cette question élevée , pour se convaincre de l'exactitude de notre critique. S'occuper de l'origine et de la propagation de la force , intituler de la sorte un livre , c'est prouver jusqu'à l'évidence qu'on est tombé dans la plus inqualifiable des méprises, c'est prouver qu'on a confondu la force avec le mouvement. Et telle est pourtant, hélas! l'assise fondamentale de la plupart des synthèses prétendues grandioses qui ont été enfantées de nos jours. Une telle méprise , disons-le bien haut, constitue en elle-même l'une des erreurs les plus radicales où l'esprit humain ait pu tomber. Elle est au moins équivalente à celle que l'on commettrait en confondant , par exemple, notre âme elle-même avec ses actes , avec ses pensées. J'ai dit : bien d'autres écoles. Par la plus inconcevable des inconséquences , en effet , beaucoup de spiritualistes ont fait chorus en ce sens avec leurs adversaires et ont déclaré absurde toute doctrine qui admet dans le monde physique un principe spécial distinct de la matière et ayant prise sur elle de la même manière que l'âme, disent-ils, a prise sur celle de notre corps, quand elle lui commande de se mouvoir. Je démontrerai ailleurs que , bien à rencontre de l'assertion de certains spiritualistes , l'âme n'a nulle prise directe sur la matière dans l'organisme des êtres vivants. Quant à l'erreur d'analyse relative au choc des corps , quant à toutes les fausses conséquences qu'on en a tirées, je les ai suffisamment réfutées. Lors même

que l'atome serait élastique, ce qui est faux , il y a toujours pendant le choc de deux atomes doués de vitesses^égales un moment où tout mouvement a cessé , et il faut une cause capable de le rétablir.

Toutes les théories qui essaient de nier l'existence dans l'espace d'un principe capable de tirer la matière du repos ou de l'y faire rentrer sans mouvement antérieur , sont condamnées à admettre ce principe dans l'atome lui-même. C'est ce que j'ai démontré sous toutes les formes possibles. Or il n'est ni plus ni moins difficile de concevoir l'existence de ce principe dans l'espace que dans l'atome. Le comment concevoir posé par mes lecteurs n'est donc à aucun titre une objection contre l'une des plus remarquables propositions de notre synthèse naturelle , puisque les écoles les plus terre-à-terre n'ont jamais su que masquer cette proposition, puisque toutes les hypothèses imaginées par ces écoles^ n'aboutissent, en fin de compte, qu'à déplacer la force proprement dite, mais non à l'anéantir, ni à l'expliquer.

Au lieu d'essayer de répondre à ce « comment concevoir, » au lieu de donner moi-même une petite explication simple et facile de ce qui, par sa nature, n'est susceptible d'aucune explication , au lieu de montrer à mes lecteurs comment l'élément dynamique a prise sur la matière, et de fausser ainsi cet élément dans son essence , je vais faire quelque chose de plus élevé et de plus utile : je vais peser la valeur de l'interrogation, et chercher pourquoi son pbjet nous semble si difficile à atteindre.

Tout le monde connaît le sujet des interminables controverses de deux écoles «le philosophie antagonistes qui , cha-

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