‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 92 sur 183 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

La difficulté est-elle si grande que nous ne puissions réellement pas la surmonter? C'est ce que nous devons maintenant examiner de près. Avant que je sois parvenu à la fin de cet examen , le lecteur aura déjà fait une réponse diamétralement opposée à celle qui s'était présentée d'abord à lui.

L'un des caractères essentiels de I'élément intermédiaire (considéré comme une classe d'individus analogues), c'est sa nature transcendante , c'est de ne pas être soumis aux conditions finies du temps et de l'espace. La vitesse de propagation de ce que nous appelons l'attraction universelle, celle des attractions électriques, magnétiques etc., est infinie, ou plutôt cette vitesse n'existe pas, et ce qui y répond est un mode de I'élément intermédiaire. De même , toute idée de divisibilité , de limite locale est absurde quant à cet élément. Si

donc, d'une manière ou d'une autre, nous essayons de le dépouiller de sa nature transcendante , si nous essayons de nous le figurer, nous le détruisons. Voilà pourquoi ces questions si fréquemment faites par le vulgaire à l'homme de science: a Qu'est-ce que l'électricité, la lumière, la gravitation.. ..?> voilà, dis-je, pourquoi ces questions ne peuvent comporter de réponse dans le sens qu'attendent ceux qui les posent , c'est-à-dire dans le sens figuratif.

C'est la raison appliquée à l'analyse des faits qui'nous force à reconnaître la nature transcendante de l'élément intermédiaire. La raison serait-elle par hasard inapte à concevoir ce qu'elle nous conduit à accepter comme une vérité nécessaire? Cela serait au moins singulier; mais heureusement cela n'est pas.

Certes, dès notre enfance même, nous nous habituons (et l'on nous habitue) à penser exclusivement par images. Les ^conceptions même les plus abstraites finissent par n'avoir pour nous un caractère net, clair, que quand nous leur avons donné tine forme, une figure que notre imagination voit distinctement : t Je ne crois qu'à ce que je vois , qu'à ce que je

puis toucher, sentir. . . .,» telle est l'assertion que journellement nous entendons prononcer par ceux d'entre nous qui prétendent au titre d'esprits positifs, au jugement droit et sévère. Cette assertion revient à dire : «Je ne crois pas à moi-même, qui ainsi affirme;» car personne ne s'est encore ni vu , ni touché , ni senti dans sa propre réalité ; elle forme le contre -poids de celle des personnes qui, à l'aide de la raison , nous prouvent tous les jours que la raison est impuissante à rien prouver. Cette manière grossière de prétendre saisir et comprendre les phénomènes, sans être poussée à cet excès chez tous les hommes, est pourtant générale. Lorsque quelqu'un, pris au hasard parmi le public érudit, nous dit, à nous physiciens, d'un air ironique : «Savez-vous ce que c'est que la lumière , la chaleur, l'électricité ?» commençons toujours, avant de donner une réponse quelconque, par demander à notre interlocuteur : «Qu'entendez vous par savoir?» Et toujours on nous répond par quelque chose qui équivaut à dire : savoir, c'est voir, toucher, palper, sinon par les sens, du moins par l'imagination; savoir, c'est pouvoir se figurer une chose ! ! ! Lorsque notre réflexion se concentre et cherche, par exemple, à concevoir l'essence de notre être pensant, de notre âme, de nous-même, en un mot, nous finissons presque toujours par nous la représenter sous l'apparence de notre propre corps perfectionné, épuré. Ce n'est pas seulement, je le répète, l'homme simple et naïf qui procède ainsi, c'est la majorité des esprits cultivés.

Est-ce là cependant notre seule manière possible de penser? En aucune façon; et bien loin de là, nous allons reconnaître que nos sens eux-mêmes ne nous conduisent pas exclusivement à des idées finies et figuratives.

Pour qu'à l'aide de l'un de nos sens nous puissions acquérir la notion d'un objet ou d'un phénomène externe, il faut et il suffit que cet objet ou ce phénomène soit accompagné ou précédé et suivi de sensations différentes , en qualité ou

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