‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 93 sur 183 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

en intensité, de celle qu'il vient exciter en nous. Pour qu'à l'aide de la vue, par exemple, nous puissions acquérir la connaissance d'un corps ou d'un phénomène quelconque, il faut et il suffit que ceux-ci se trouvent entourés d'un fond éclairé autrement , soit en couleur , soit seulement en intensité. Nous voyons un astre sur le fond du ciel, non pas parce qu'il nous envoie de la lumière , mais exclusivement parce qu'il en envoie une différente en couleur et en intensité de celle du fond; nous verrions (ou plutôt nous distin. guerions) encore cet astre, supposé non lumineux, pourvu qu'il fût placé sur un fond lumineux. L'objet ainsi délimité dans l'espace par la lumière différente qu'il nous envoie ou par celle qu'il ne nous envoie pas du tout, a le caractère du fini, de la forme, de la figure. Le fond, sans lequel pourtant nous ne le distinguerions pas , a au contraire le caractère, je ne dirai pas de l'infini, mais de l'indéfini. Notre, attention et notre réflexion , éveillées par l'action du sens de la vue, se concentrent à peu près exclusivement sur l'objet même, c'est-à-dire sur la figure ; et le fond, l'indéfini, reste pour elles en quelque sorte à l'état latent : il n'en demeure pas moins évident que le fond qui excite la sensation indéfinie de forme est absolument indispensable à la perception de ce qui affecte la forme proprement dite; et quand l'ensemble de ces deux sensations a cessé, quand la mémoire seule nous représente les choses, elle nous montre toujours une forme définie sur un fond indéfini ou infini. Ce qui vient d'être dit de la vue s'applique , avec les modifications convenables, à tous nos autres sens et aux idées qu'ils font naître en nous. Nos sens ne sont, à proprement dire, que ce que nous appelons en physique des instruments différentiels : ils ne nous révèlent le monde externe qu'à la faveur de la coexistence ou de la succession de deux impressions distinctes, qui présentent ce caractère frappant, c'est que l'une porte en elle le caractère du défini, tandis que l'autre, absolument indis-

pensable pourtant, est tout à fait indéfinie de forme, ou plutôt n'implique aucune figure, aucune délimitation dans l'espace. Il en est absolument de même des idées que nos sensations nous donnent sur le monde externe. Si nous nous analysons bien , nous sommes frappés de ce fait nécessaire : c'est qu'à côté d'une idée relative au monde externe, et impliquant le fini et le défini, il s'en trouve toujours une autre qui lui sert pour ainsi dire de fond, de repoussoir, qui la rend possible, et dans laquelle tout contour délimité fait défaut. Lorsque, pour citer un exemple entre mille, lorsque nous nous figurons un corps en mouvement , cette idée finie et définie , qui , pour nous , lie l'espace au temps , est toujours et nécessairement entourée en quelque sorte d'une autre, sur laquelle notre attention, il est vrai, ne se fixe point, mais dont la coexistence est nécessaire : c'est la conception d'un espace indéfini, où le corps peut se mouvoir pendant un temps indéfini lui-même. La notion de l'indéfini et de l'infini nous est donc non seulement aussi naturelle, mais aussi nécessaire que celle du fini et du défini ; et si celle-ci nous semble plus facilement abordable, si beaucoup de penseurs éminents l'ont crue seule à notre portée , c'est parce que , par suite de nos besoins , de nos habitudes comme êtres organisés , nous nous préoccupons dès l'enfance beaucoup plus de l'une que de l'autre.

Ainsi donc, pour rentrer en plein dans notre sujet, le caractère transcendant de I'élément intermédiaire ou dynamique ne peut plus être invoqué par qui que ce soit contre l'existence de cet élément : lors même qu'on se tient à un point de vue purement subjectif.

Entre deux corps électrisés qui s'attirent ou se repoussent, entre deux masses de matière qui tendent l'une vers l'autre à des millions de lieues de distance , entre les atomes d'un gaz, par exemple, qui tendent à s'éloigner les uns des autres , il se trouve quelque chose d'une nature absolument différente

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