A L'ENSILAGE RATIONNEL DES GRAINS
DEt\ CHAPITRES EXTRAITS DE LA RELATION D'UW VOYAGE FAIT EN SSPAGNB KT BN AhOixiM, EN 1852, ffOUR I<'ÉTI»B DE I.*BNS1IAGB.
li^ensiUm • dbmm le» Alaiire» de i'Andaloiuiie.
L'ENSILAGE DANS LA TIERRA DE lOS BÀRROS
EN ESTRÂIIADUBE.
La Tierra de las barros est une plaine de sept & huit lieues carrées, entourée de montagnes, et située à quelquas lieues au sud-est de Badajoz, dans la basse Estramadure. Son nom signifie la terre, le pays des glaises ou des argiles. Elle le doit à !a nature argileuse de son sol, ijui forme pendant rhîvrT t\cs houes dont les habitants de? pav? environnants disent qu'il est presque impossible de sortir. Elle renferme six ou sept trt-s-grandspwWos, dont les noms fie hour{/s, Imirijivh'^ on viUoges, par lesquels on traduit généralement lo mot puel'li), donnerait une idée très-fausse. Co sont des villes agricoles séparées les unes des autr***; pnr des distances de deux et do trois lieues*, sans habitations éparses ou réunies dans rintcrvallc *. Les muisonf? y sont sans jardins, petites et serrées les unes contre les autres; aussi leur population est-elle beaucoup plus élevée qu'on ne lo supposerait d'après leur étendue. lAlmendralejo, où j'ai passé les six jouis du 11 au 17 septembie, est une ville d'enviion huit râille âmes, à lamelle on en assignerait & poine la moitié, on la comparant à nos Tilles fraufiaises.
La Tierra de los barros est probablement la contrée de toute l'Espagne ou l'ensilage se pratique^ sinon arec le plus de succès, du moins sur la plus
' La licuc d'Espagne est beaueoap fHw grande qas notre anetoane lieue. Elle équivaut à 5,500 mètres? environ.
^ Le% guerres dont ces contrées ont été le théâtre doivent avoir beaupoup contribué à cet état de clunes, car on rencontre souvent, le long d«s routes, des maisons isoléM ou réunies par petits groupes, mats ruinées et inhabitées.
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grande échelle. Placée au milien d'une province dont U fécondité en céiéstr les est pcoverbiale^ et qui en exporte, par Séville^ des quantités considéra^ Bles, riche elle-niéme par sa grande production de froment, eUe offre cet exemple, peat-d^ unique dans le monde entier, de n'en exporter couramment que pour satisfaire k ses besoins de numéraire les plus pressants, et de garder le reste pour les époques de Yonte favorables, qui s'y renouvellent tous les dnq ou six ans. Bile d<nt ce privilège & ^ensilage des grains. Il a dû s'y faire et il s*y est âdt par Fensilage des fortunes considérables. Quelques chiffîres suffiront pour en fournir la preuve.
Il est (le notoriété publique à Almendralejo qu'une seule maison a vendu, en 1847, plus de 27,000 fauègues de froment (15,000 hectolitres) retirées de ses silos. La récolte de 18iti avait été magnifique, et le prix de la fanègue de froment était do { I ré-iu.t (environ 6 fr. 50 c. ^hectolitre) avant Tarrivéo dos commissioanairet» étrangers; il monta jusqu'à 70 réaux (32 francs l'hectolitre).
Un autre cultivateur, sorti de la condition la pins humble, s'est fait, assure-t-on, une fortune de plus de 100,000 douros (500,000 francs) par des spéculations .sur rensilago des Liés. On m'a montré à Villafrauca de los LaiTos, petite ville située à deux lieues d' Almendralejo, iiu vieni prêtre renomme pour sa richesse, et qui la doit également à. Tensilage. Il aurait réalisé, s'il faut en croire le bruit public, plus de 1 million de réaux (260,000 francs) par la vente de ses blés en 1847.
Sans doute il &ut &ire une part, et môme peut-être une large part à Texagibalion, dans les dires de cette nature qu'un voyageur peut recueillir, même des bouches les plus sincères, pendant un séjour d'une semaine & peine. Mais les faits que je viens de citer ne peuvent pas être aussi loin de la vérité que seront disposés & le penser nos propriétaires, qui croient Dure une réserre considéxablequand ils gard«it quelques centaines dlieetolitres de blé dans le coin d'un grenier, d*une année pour l'antre. J'ai lu, de mes propres yeux, sur les livres de l'une des maisons que je viens de ettnr, au bas de la page où les silos sont inscrits avec leur contenu et additionnés, à mesure qu'on les remplit, la somme de 1 5,000 fanègues (8,000 hectolitres )i. La maison vidua Romero Falcon y hijos ( veuve Romero Falcon et fils) a fait creuser, cette année, huit nouveaux silos, de la contenance do i ,000 fauLïgnes (~aO hectolitres) chacun, et on me lésa montrés fermés et pleins de Lié de la dernière récolte.
Les silos d 'Almendralejo et de Villaf'ranca de los Larros sont groupés dans des sortes de grandes places ouvertes, désignées sous le nom de sileras, lorsqu'elles sont consacrées spécialement aux silos. Ce qui a déterminé l'établissement d'une silcra sur un point ou sur un autre, c'est surtout la profondeur du terrain propre à. rétablissement des silos. Almendralejo
' * Septembre 1852.
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possède cinq sîlerafs, dans rime desquelles j'ai compté trois cent dix-sept petites émiuences en terre, toutes récentes, destioées à faire reconnaître plus tard les orifices d'autant de silos qui ont été remplis au luuis d'août dernier. Le nombre total des silus, dans cette silera seulement, est de plus de huit cents. Il en existe aussi daus les liobitaliuns et daus les cours. L'alcade d'AlmendialejO; qui en est en même temps l'un des riches propriétaires^ el sefiov D. Gandido Ghiunacero, estime que la TiUe en possède aa moins trois mille, qui ne doivent pas contenir, en totalité^ moins de 400,000 fa^* aè^nes de froment (220^000 hectolitres). Ces quantités sont peut-être plus levées encore & Yillafranca^ où j'ai compté par approximatLon, dans une seule sîlera, mille de ces petits tnmulus dont j'ai parlée qui^ élevés au-dessus de la bouche des silos, tes font reconnaître et servent en même temps à écouler les eaux pluviales.
Le» silos d'Almendralejo et de Vilkfrancasont pour la plupart petits. Il y en a beaucoup de 100 &nègiies et au-dessous, mais il y en a aussi de 1^000, et môme, assure-t-on, de 2^000 et de 2,500 fanègues (1,100 et 1,370 hectolitres). Dans les mêmes conditions d'emplacement et de terrain, les grauds silos conservent mieux que les petits. C'est un fait d'observation, et l'on aurait d'ailleurs pu le prévoir à l'avance. Nous verrons plus tard, en effet, que les altérations qu'éprouvent les grains, dan'; les silos qui nous occupent en ce moment, doivent être attribuées à la vapeur d'eau et à l'air atmosphérique qui traversent leurs parois en terre poreuse et humide. Ces deux gaz, et la vapeur dVau surtout, sont absorbés parles couches extérieures, et leur ellet décroît à mesure que la profondeur augmente. Admettons que, à un certain moment, cet effet s'étende jusqu'à 50 centimètres de profondeur. Si nous lums représentons, pour plus de simplicité, les niasses ensilées comme des sphères, et que nous en considérions une de 2 mètres, de diamètre, ou d'un volume d'environ 40 hectolitres, comme edui des petits silos dont je viens de parler, la partie du blé entièrement préservée fonnera, au centre, une sphère de i mètre qui sera le huitième seulement de la masse totale. An contraire, dans une masse de 5 mètres de diamètre, qui représente approximativement un silo de 4,200 fanègues, la partie préservée, dans la supposition que je viens de faire, seia supérieure à la moitié. La puissance conservatrice du second silo est & celle du premier comme 4 est & 1.
Nous sommes (en septembre 18S2) dans une période d'abondance qui dure depuis cinq ans, et l'on a commencé dès 1847 la réserve actuelle pour la prochaine cherté. De plus, la récolte de cette année a été exceptionnelle en Estramadure. Aussi tous les silos y sont^ils pleins. C'est à peine si j'en ai pu visiter une vingtaine, et encore n'est-ce qu'à l'occasion d'une opération très-importante, dont je parlerai plus loin. Leur forme est celle d'une carafe commune, qui va s'élargissant de haut en bas jusqu'aux trois quarts, au moins, de leur profondeur. Ce sont de simples excavations creu-
sées dans un terrain Iioinogènn, sans, couches, sans fissures, se laissant laillcr lacilemfTit nt n'inilièrcmcut. ils sont sans aucun revêlomont cl sans voîitoon maçonnedc, Ltur nrifiro (>st just»? assez grand pour qu'un homme y ptiisso pjisser. C'est par ce mémo orifice qu'où extrait le 1>]«' avec des sortes de paniers Cîi cuir attachés au bout d'un*' corde. <j's jianicr?!, qui «ml une conti'uaiiru de vinçt à vingt-cinq litres, sout assez légers pour qu'on |iuisse les descendre et même les jeter sans craindre de blesser l'iiommc tjui est dans le silo pour les renjplir.
Le seul auiu que i uu prenne dans la constructiuu des silos, outre celui de leur donner une l'orme à pt u près régulière, a pour objet de prévenir la dégradation des orifices. On en limite le pourtour par un cercle de briques^ au-dessus duquel on ménage, par une petite maçonnerie également en briques, une sorte de cuTetto, plus largo de 10 centimètres tout alentour, et profonde de 15 â. 20 centimètres. Pour fermer le silo^ on applique une pierre plate ou un couvercle en bois sur l'orifice, au fond de la cuvette, et Ton remplit celle-ci avec de la terre pilée, que Ton élève comme une grosse taupinière jusqu'à 30 ou 40 centimètres de hauteur. Ce mode de construction offre peu de solidité. Quoique la voûte, au lieu d'être surbaissée ou seulement en plein cintre, soit comme formée par la révolution d'une ogive plus ou moins aiguë, elle s cfTondro souvent par sou propre poids. Je n'ai pas vu moins de huit silos ainsi ruiués, à Alméndralejo, que l'on n'avait pas encore eu le temps de remplir avec les terres extraites de ceux que Ton creuse dans le voisinage. Mais ce que le système perd en solidité, il le regagne en économie. Les huit nouveaux silos dont j'ai prirlé en commençant n'ont coûté qu'environ 700 francs, ce qui se conçoit sans peine, puisqu'il u'y a eu qu'un travail de terrassement, et que ce travail, au prix que je viens de dire, se trouve payé à raison de 1 fr. 60 c. le métro cube. La capacité nécessaire pour loger 1 hectolitre de blé n'a donc pas coûté plus de 10 i cntlnu s, une fuis payés. Il est évident qu'il y a là un argument du bon marché (levant lequel échoueront longtemps, si ce n'est toujours, les tentatives que l'on pourrait faire pour auiéliLU-er la construction des silos dans ces contrées. Cependant, nous verrou,^ pur lu suite que l'économie est beaucoup plus apparente que réeUe ; que ce mode d'établissement si simple, si primitif, si peu coûteux, entraîne des inconvénients graves, des pertes considérables, et de grandes dépréciations dans la denrée* Ce sont 1& des Buts que les pn priétaires de silos sont les premiers à reconnaître. Je n'en ai pas trouvé un seul qui ne m'ait déclaré, de la manière la plus nette> que les ^océdés suivis sont imp&t&its et qu^il y aurait des résultais bien supérieurs à obtenir en employant de bons revêtements intérieurs, en maçonnerie^ ou autrement. Je ne m'explique pas quelle a pu être l'origine des renseignements contraires qui ont été donnés par certains auteurs, et accueillis avec un empressement vraiment inconcevable. Néanmoins, l'ensilage, ainsi que je Tai déji fait voir, donne, même
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datis cet M d'imperfection, d'assez beaux résultats ; etsi^ pour les obtenir, il no s'agissait que de creuserun trou sous lerrc et de le remplir de grains, ce devrait être une pratique en usa{;e partout où l'on récolte des grains. On ne ("ouçoit pas comment, née snr un point comme la Tierra de los barrusj elle ne se serait pas étendue ijimcÎic en proche jusqu'aux contins du globe. Or, non-seulement il n'eu i st p is ainsi, mais, dans l.i 7'f/-ra île lus barrus elle-mi^me, il n'y a qu'Alnioudialejo et Villafrauci où rt nsil.mo ait un développrmcnl comme lelui dont je viens de donner ri(l('(> ; on ne m'a indirpié, dans le voisinage, que sept autres pueblua où il e.\ihto des tiiius, et, dans, plusieurs, ils sont en très-petit nombre, et ne donnent qîie tl(; trcsmédiocres résultais. Beaucoup de tentatives ont été laites pour en ûtablir ailleurs, et tout récemment encore; mais elles n'ont abouti qu'à faire trouver du blé pourri dans la terre, ou au moins très-avarié» après deux ou trois ans. Tout autour de la Tierra ide ïm barros, à Zalk'a> à Llerena, on n'a pas d'autres moyens de garder les blés que ceux que nous employons en France, et ils n'y sont pas plus efficace pour empêcher la fermentation ou les ravages des chaiangons.
La raison de ce ffidt singulier se trouve, comme on peut facilement le prévoir, dans la nature et la disposition des terrains. La plaine de la Tierra de h» bajTùs est formée par un dépôt de sable siliceux, grossier, lié par une argile ferrugineuse très-cdmpact(> au-dessus de schistes relevés jusqu'à la verticale. Sa surface est pou accidentée, mais elle est parcounie par qpsU qucs javins, sur les bords desquels le dépôt offre jusqu'à 8 à 10 mètres de profondeur. C'est sur ces points que sont établies les sileras* L'eau dont les schistes sont infiltrés s'écoule dans les ravins par des sources, et les eaux pluviales parla pente du sol; le terrain propre aux silos ne retient plus que ce qu\in peut app( 1er son humidité naturelle, colle qui le ]sénètre d'en bas ou d'en liant j).ir l'actinn capillaire. On a soin, en creusant, de ne pis traverser le dépôt argilo-siliceux ; cependant, il existe ati-dessous, dans (juelques points, un schiste en mémo temps très-feiidre et trèscompucte, que les habitants désignent sous le nom de jfHtdru miuirlu (pierre pourrie), et qui est excellent jimir rétablissement des silos. J'en ai vu à Vlllaiivinca dont la moitié supérieure est dans le dépôt argilo-siliceux, et la moitié inférieure dans la picdra muerta,
Dn propriétaire d'Almendralejo, don José Pinillos, m'a remis, au sujet de l'établissement et du régime des silos, une note que jo crois devoir traduire ici dans son entier; elle résume ce que je viens de dire, et en même temps une partie des développements qu'il me reste & donner sur les pratiques dont l'ensemble constitue l'ensilage :
« Pour la construction des silos, il est nécessaire que la terre soit ferme, a un peu élevée, de qualité calcaire, et nullement grossière, sableuse « ou schisteuse.
« Avaiïf que d*y entrer le bté, le silo doit être resté ouvert pendant trois
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« OU quatre joufs de gnuid soleil, pour que son humidité se soit évaporée « et que le silo soit sec,
« Il convient que le blé soit ensilé chaud; nullement humide, et qu^ « provieime autant que possible des meilleurs sols.
« D'abord on recouvre bien lo fond d'une couche de paille ; puis, à « mesure qu^on jette le giain, on double également les parois avec de la (( paille menue, de l'épaisseur de quatre doigts, pour empêcher que le a grain soit en contact avec la terre. On achève de len^plir jmqu'à la « margelle inférieure en recouvrant le dessus du grain d'un peu de paille^ « on ferme avec la dalle ou pierre plate^ et on remplît de terre la cavité a au-dessus, laquelle s'ouvre au niveau du sol, et qui porte le nom de « Caldera (chaudière), jusqu'à ce qu'elle soit bien recouverte et que la terre « forme même un tas au-dessus pour <juc les eaux s'écoulent et ne s'infil- « treut pas.
tt Au bout d'un an ou de deux, il faut, par un temps serein et chaud, « retirer le grain^ l'aérer ensuite et le pelleter au soleil, ordinairement « pendant un jour entier, en séparer la paillo ainsi que lo grain, qui est ft devenu humide avec elle, balayer bien le silo, y jeter de la paille nou- « veUe, comme dans la première opératiou, et avoir soin d'y introduire le « blé avant que la fraîcheur de la nuit l'ait iefiN>idi.
« Les blés ensilés avec soin ne perdent rien en deux ans; mais au delà « ils perdent de leur force et donnent moins de pain. Et même, si on n'ap- « porte pas une g^ftnde perfecticm et des soins minutieux au renouvelle- « ment de la paille, ils acquièrent une odeur désagréable et trds-pr^udi- « ciable pour la Tente. »
Vcilà la pratique de TensUage décrite par un praticien, et cette simple description suffirait pour montrer de quelles graves erreurs elle a été l'objet de la part de ceux qui ont tenté jusqu'ici de Tintroduire chea inaas.
J'ai rencontré partout, relativement & la nature du terrain spécialement
propre aux silos, Topinion que l'on voit exprimée dans cette note, à savoir : qu'elle doit être calcaire (caliza). J'ai entendu énoncer aussi que ce devait, être une terre cfMude {calicnte, calida). Cependant on se tromperait gravement si l'on attachait à ces termes le sens qu'expriment dans la langue agronomique ceux de terraim calcaires et de terres chnnde!^. A première vue, on reconnaît qu'il n'en peut pas être ainsi, et j'ai cru d'abord que mon inexpérience delà langue espagnole nv égarait sur la véritable signification des mots. Mais je me suis fait expliquer plusieurs fois que la ticrra r.nUza est bien celle qui contient une asseit forte proportion de la substance qui donne par la cuisson la chaux avec laquelle ou fait les mortiers. On m'a même donné la composition que doit avoir, suivant les idées les plus répandues, le meilleur terrain à nlos : deux de chaux, un de sable et cm d^argile. Bien n*est plus contraire à la vérité. J'ai montré à des propriétaires, d'iailleurs fort