‹ Conservation des grains par l'ensilage. Recherches et applications expérimentales faites depuis 1850 pour démontrer la conservation des grains par l'ensilage souterrain hermétiqueChapitre 66 sur 67 · SILOS DU CHATEAU DR BANDEVILLLE · texte numérisé non relu

SILOS DU CHATEAU DR BANDEVILLLE

rait que les petits cultivateurs, ceux-là mômes qui seraient forcés de vendre leurs grains au fur et à mesure qu'ils les produiraient, mais ijui d'ailleurs pourraient se trouver satisfaits d'un bénérice moindre, parce (jne bmrs irais de produrtion sont moins élevés, seraient assuri's de trouver, même dans les année»» d'ahundîince, un })rix n'-munérateur pour leurs produits; caries possesseurs de silos, renfermant leurs récoltes, ne It ur taraient plus concurrence. Kn cnn de disette, au crintrair»>, « t à niesun^ que les prix augmeuterairiil, i cux (|ui auraient des léserves se décideraient h les ébouler pour rentrer dans leurs capitaux, suivant leurs prévisions de hausse ou de baisse, leur aisance ou leurs besoins.

« Avec les modes actuels de couservation, les réserves sont grevées de ©ombreux frais de manipulation ; elles se détériorent, sont exposées aux ravages dos rongeurs et des insectes; les greniers, dont lo prix de revient^ sli faut faire des constructions à cet usage, est, relativwnent, de beaucoup supérieur À celui des silos, et sont rarement suffisants; lorsque surviennent les chaleurs du printemps, les grains s'échauffent, les insectes s*j mettent; il fout vendre, et les marchés sont surchargés. Avec les silos, la conservation pourra être trèsp-longue, et, d'un autre côté, elle sera limitée par la perte des intérêts. C'est ainsi qu'il se formera une masse mobile allant des «cédants aux déficits de production, se formant et s'écoulant par le seul jeu des intérêts et des spéculations particulières, et produisant l'équilibre teit cherché. Les cours ne pourront jamais subir des variations aussi excessives que lorsqu'il s^agissait d'une denrée qu'il fallait vendre généralement dans la limite d'une année, et dont on ne pouvait garder que des quantités rehr tivement très^faibles, même dans les conditions les plus favorables.

« Toutes ces conséquences me paraissent devoir être développées par l'association des ])roprit'tair('s avec les fermiers, et par la création du crédit agricole qui doit résulter de la faculté de conserver les grains, soit qu'elle se produise ^ntanémcnt ou par toute autre initiative. Le grand mal actuel de l'agriculture en France, c'est le manque de capitaux. En général, les fermiers, dépourvus d'avances suffisantes, sont obligés de vendre leur? grains .à tout prix pour payer leur fermage. S'ils pouvaient ensiler Icurt» grains et remettre la clef de leurs silos aux prnpriéiairtîs, ils en obtiendraient facilement des délais aujourd'hui presque impossibles. Les propriéUiires poTirront fournir les sil ts, soit comme faisant partie du matériel de la ferme, suit chez eux, et pniir rtd voir les grains c^msignés. Ils pourront se payer de leurs frais et des délais accurdéii par la voie d'un intérêt à taux modéré, ou en s'associant au bénéfice de la vente à venir. Kt si, au lieu de spéculer sur le.s Iiauss» s * xtrrmes, on ne veut qu'arriver à des prix rénuini iatcars, on n'aura jamais à attendre bien longtemps. Lorsque mon atti utiou se porta sur les publications dont l'ensilage avait été l'objet de votre part, j'avais surtout en \'ue de me préparer les moyens d'entrer avec mes fermiers dans des arrangements de ce genre, eu le» voyant se gêner.

ET DB Lk FBRMB DU PLBSSIS

s'obérer, nc pouvoir rue payer parc^^ que leurs forains étaient à uu prix Iroj) bas. Je leur ai proposé de les leur prendre à un prix de... h rnndition qu'ils me payeraient l'inti^rAt de mon arcrent iusqn'au jonr m'i ce prix serait atteint sur le njarchA de Donrdan. FmjirtHht^r le fermier de se rniiier on seulement de s'appauvrir, n'est-ce pas la meilleure des spéculations pour le propriétaire ?

« Enfin, je considère le hU ensili- comme destiné à devenir un jour le gage le plus considérable du c rédit agricole et vis-à-vis des bailleurs de fonds quelconques. Il pourrait y avoir des conservateurs des p^rains ensilés comme il y a des conservateurs des hypothèques. Il suflir.nt d'apposer nn scellé sur les silos, avec uu caractère authentique, et d'en garantir l'intégrité. D'anciens gendarmes ou militaires retraités trouveraient dans un service de surveillance comme celQt-l& une sonrce d'amélioration à leur sort. Leur tftche servi fi^ile, puisqu'il ne s'agirait que d'aller apposer les scellés à la demande du er^eîer, ou les lever avec son autorisation. Us auraient de plus ft aller yérifler, de temps & autre, dans quelques cas peut-être, la nur nière dont les graina se eomportenient dans les silos. Cependant, il est bien dair qu'on ne proposerait et qu'on n'aeeeptenit pour de semblables transactions que des gmins de bonne qualité et dont la conservation absolue serait d'avance assurée*

« Si je ne parle pas des institutions de crédit agricole que Tensilage des grains peut 6ird naître, de l'application des warrants, etc., e*est que tout le monde y a déjà songé depuis longtemps, et que la seule cause qui fait que ces institutions n'existent pas, c'est qu'il n'est pea possible de consigner les grains, irapt-im pas eu occasion de le reconnattre, il y a dix ans, lorsque la Banque de France proposa de prêter 1 5 millions, à 4 pour 1 00, sur cons^ation des grains, et cette offre serait-elle restée stérile s'il n'y avait pas eu d'antres formalités à remplir qu'une levée d'échantillons, un mesu-* ' FB^e et une apposition de scellés par un agent autorisé à cet effet?

« Un mot sur la grande objection. Les possesseurs de silos seront accusés de spéculer sur le pain <'u consommateur, et, pour tout dire en un mot, d'être des accapareurs. La rrainte de cette accusation agira, surtout, sur l'esprit des propriot nrfs of les empêchera de construire de> silos. Elle me paraît tout à fait chimérique et destinée h disparaître promptement. Car, avec lo système des silos, l'usage de conserver les grains deviendra général ^dans la grande et dans la moyenne culture. Il peut même le devenir dans la petite, par la voie de l'association; et il uVst ]>as jusqu'au confiommateur qui ne puisse employer fort utilement ses éroaomies à se faire des réser\'es pour les années de gône on de cherté. Or, il ne peut pas être question d'accaparements ni d'accapareurs là où tout le monde conserve. Le premier effet d'une amélioration du prix des denrées agricoles, c'est l'aisance pour l 'agriculteur, et l'aisance de l'agriculteur se répand surtout ce qui l'entoure, A co titre, les hausses de prix elles-mêmes, devenues, d'ailleurs, moindres et

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plus rares, comme je l'ai montré, pourraient être consîdésées comme un bienfait pour la grande majorité de la population, le jour où ce seraient les agriculteurs «{ui en profiteraient, tandis qu'aujourd'hui, en temps de disette, la détresse est universelle, ci l'argent sort de France pour enrichir les producteurs étrangers et un petit nomhre de spéculateur.

ft N'oublions jamais que la grande majorité des Français vit plus ou moins immédiatement de l'agriculture.

tt Voilà, monsieur, les cimsicîér.itinns que j'éprouvais en quelque sorte le besoin de vous ciimmnniquer pnur vous cncourap;ei' à poursuivre votre œuvre, et dont vous pouvez, je le rf'pète, t'aire tel usa.j^e rpie vous ju,2;crez convenable. Dans tous les cas, je me féliciterai d'avoir été un des premiers à lairo l'applicatiou prati(]uo de votre système, et d'avoir pu contribuer ainsi pour une part, si tailde qu'elle soit, à suo succès et à sa propfigalion. que je regarde comme devant répoudre à un besoin vital pour notre agriculture.

« Veuillez recevoir l'expression de ma considération la plus distinguée,

« An ehâteaa de Bandeville, par Ssint-Cyr-UMii-Doardtii (Seine-et-Oîse).

« Comte RoBBM de Podrtalbs* »

;' « Procéi'Verbttl de Pextraetim du hié eon/enu <fan9 le sUo 2.

VEBm m PAVItXON DB BAIIDBVIIUI.

« Le 19 mai 4860, l'orifice inférieur du silo a été ouvert à sept heuzes et demie du matin, et le travail d'extraction a commencé. Le blé a été mis en sac et examiné au fur et à mesure de sa sortie. Il a été trouvé dans le plus parfût état de conservation. Le blé de 1857, en particulier, qui occupait la moitié inférieure du silo, était frais, coulant à la main, exempt de toute trace de diaiançons et d'autres insectes; U n^offrait plus aucune trace, après sa sortie, de l'odeur de sulfure de carbone. On n'y remarquait ni l'odeur de renfermé ni aucune autre que celle du blé normal.

« Une comparaison a été faite entre le blé sortant du silo et du blé de la même année 18S^7 et de la même provenance, qui a été conservé en sacs par H* Mainfroy, meunier & Bandeville. Ce dernier a été trouvé plus rougi, plus corné, plus forcé, et dans un moins bel état de conservation, quoique plus dur, plus sec; cependant ce blé avait été, à l'origine, d'une qualité trè&^upérieure à celui du silo. Une détermination du poids de l'hectolitie a donné 77 kilogrammes. L'année dernière, le 7 avril, jour de l'ensilage, ce même poids avait été trouvé être de 7 7 S 10.

(( Le tbermomètre, plongé dans le (juarante^cinquième sac, a accusé 8** 3 ; la température extérieure était de 4 4» 6.

ET DE LA FEBHE DU PLBSSIS.

« Le vidage s'est opéré avec une vitesse moyenne de eiutj^uante sacs d'un hectolitre à l'heure.

« Lorsque le fond du silo a été atteint. Al. de Pourtalès et M. Doyèic; y sont descendus, et ils ont eonstaté que les parois sont parfaitement exemptes de toute trace d'altération et d'humidité ; que l'on n'y aperçoit que quelques grains adhérents par un effet évidemment àt à ]a peinture, ces grains étant sees et sans altération ; qu'on ne remarque aucun amas si cordon de grains agglomérés nulle part^ et en particulier le long de la cornière qui forme Tangle inférieur du silo ; que le fond est couvert d'une poussière sèche et sans adhérence.

« Une partie du hlé extrait a été envoyé immédiatement au marché de Dourdan, où il a été vendu 34 francs les ISO litres.

« Deux échantiUons des deux blés de I8ÎS7 et de 1858 que contenait le silo avaient été conservés dans des bouteilles simplement bouchées avec des bouchons de liège non cachetés. Lorsqu'on a voulu les comparer aux blés extraits du silo, on les a trouvés, Pun et l'autre, entièrement dévorée par les charançons, dont ils contenaient un grand nombre vivants.

« Cette opération a eu pour témoins M. Démets, directeur de la colonie de llettray, ainsi que M. IbLi&oy^ meunier, H. Brajols, docteur-médecin et propriétaire & Dourdan, et M. Lemarinier, mard^d de laines, qui ont constaté les résultats qui précèdent et signé le présent procès-verbal avec

HH . R. de Pourtalès et L. Doyère.

« Ch&teaa de Bandeville, 19 mai 1860.

« Comte R. m. Pourtalf.s, Df.mrtz, Mainprot, BRjUois,LBBiAaiKiEa, L. Doière. »

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