PRÉFACE. XXVII
les germes de ce qui se développe pour nous. Un seul coup d'ceil jeté sur le dogme nouveau nous révèle toute la direction et tout le sens de l'histoire.
Ce dogme est aussi celui qui nous soumet à une autorité supérieure, et qui réprime ainsi d'une manière efficace les insurrections mentales, et, par suite, les insurrections matérielles surgissant au sein de notre orageuse société. Tout dogme accepté par la conscience publique a pour effet de réunir les esprits autour de notions suprêmes et directrices. Mais aujourd'hui où sont les notions suprêmes et directrices, et qu'y a-t-il qui soit accepté par la conscience publique? Rien , si ce n'est des débris du dogme ancien , qui , valant de moins en moins, ne valent d'ailleurs que pour un nombre de plus en plus restreint, et des opinions métaphysiques ou révolutionnaires , qui , telles que le suffrage universel , l'éducation par l'État, l'égalité, la haine du passé catholicoféodal , la confusion des pouvoirs spirituel et temporel, ne sont bonnes qu'à niveler, à détruire , à faire place nette pour des constructions devant nécessairement provenir d'éléments tout autres. En fait , le dogme ancien est complètement inhabile à diriger les consciences ; elles sont, en nombre immense , émancipées. Mais émancipées , à quelle fin et au profit de quoi ? Nul ne peut le dire ; car le dogme nouveau, qui ne prend son existence que dans la philosophie positive, est postérieur à la grande commotion occidentale , et, présentement, n'est encore que sur le seuil des intelligences. Ce qui fait que le dogme ancien perd journellement de son crédit , ce qui fait que les consciences sont émancipées, c'est qu'il est en complet désaccord avec les notions positives, fruit spontané et successif de la culture des sciences. Le monde est autre pour nous que pour nos aïeux ; de là la nécessité que notre dogme soit autre que le leur. Examinée plus profondément, la déchéance du dogme