XXVIII PRÉFACE
ancien , quant à l'autorité , dépend de la conception môme qui y préside : les êtres théologiques , tenus , il est vrai , pour réels, mais, dans le fait, n'ayant d'existence que dans l'esprit, ne contiennent que ce que l'esprit avait au moment où il les conçut. De la sorte , le monothéisme lui-même , pauvre en notions positives , puisqu'il n'est venu au monde que quand la science était rudimentaire, laisse encore un vague très-grand , moins grand que dans le polythéisme , où il était déjà moins grand que dans le fétichisme; les conditions des phénomènes les plus élevés lui étant inconnues , il n'oppose qu'une barrière très-imparfaite à l'arbitraire humain , et son dieu ignore trop de choses pour subordonner régulièrement l'homme à l'ensemble des lois naturelles. Mais le dogme nouveau , établissant toutes les conditions qui nous régissent tant du côté du monde inorganique que de celui de la vie et de la société , met le frein véritable , enseignant ce qui se peut et ce qui ne se peut pas dans la rectification de l'ordre naturel et dans le perfectionnement de notre situation. Là se ferme la porte aux divagations révolutionnaires. Et il n'a rien de fortuit et de conventionnel, car il n'est que le sommaire philosophique, le résumé suprême , l'épanouissement religieux du travail scientifique qui se poursuit depuis l'origine des sociétés , et qui, de notre temps, illumine d'une révélation nouvelle notre passé , notre présent et notre avenir. Il parle à la raison , et il sera entendu , car les sociétés , sortant de leur enfance , touchent à l'âge adulte ; il parle au cœur, et il sera entendu, car l'âge des luttes sanglantes touche à sa fin, et une fraternité bienheureuse s'infiltre entre les nations , et l'immense population prolétaire arrive à la plénitude de la vie sociale.
Voilà pour l'ordre ; ceci est pour le progrès. Le dogme nouveau signale nettement les directions qu'il faut suivre