PRÉFACE. IX
naissants , puisque là-dessus ils se déclarent incompétents, est pleinement rétablie par les notions positives. Elles redonnent (seul moyen d'y réussir, puisque les croyances surnaturelles, qui en ont été jusqu'à présenties gardiennes, sont dans un discrédit croissant et irrémédiable), elles redonnent à l'idée d'ordre une consécration solennelle en le fondant sur l'ensemble des lois naturelles qui gouvernent le monde , la vie et la société ; elles assurent le progrès en mettant la raison humaine , l'imagination humaine , la sensibilité humaine , l'activité humaine dans une voie où elles ne doivent plus se heurter contre les contradictions avec la réalité, contradictions inévitables quand régnait un surnaturalisme fictif. En d'autres" termes , culture de nos meilleurs sentiments et de notre meilleure intelligence autour de notre idéal suprême, l'Humanité, voilà pour le spirituel ; paix et travail sous des chefs industriels substitués aux rois et aux Césars , voilà pour le temporel.
En deçà de cette consommation qui s'avance , mais dont pourtant mes yeux ne seront pas témoins, il est un espace intermédiaire, commençant à l'explosion protestante, méconnu en tant que transition aussi longtemps que la théorie sociologique a fait défaut , mais se caractérisant jchaque jour davantage. Le trait capital d'une telle situation, c'est que , les éléments de convergence étant dissous et dissipés , la société est soumise à des crises passagères qui l'ébranlent profondément; mais à chaque fois elle se rassoit et reprend sa marche , ayant rejeté loin d'elle quelque débris des vieilles institutions qui l'incommodait. C'est dans ce milieu qu'il faut gouverner; c'est dans ce milieu qu'il faut, comme on l'a dit avec un si juste sentiment des nécessités présentes, faire de l'ordre avec le désordre. Faire de l'ordre avec le désordre veut dire qu'on accepte la société telle qu'elle est , sans prétendre la ramener à aucune des formes