‹ Conservation, révolution et positivismeChapitre 5 sur 24 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

du passé , et qu'on cherche , en se mettant dans le courant, à le diriger. Cela seul fait comprendre combien est indûment appliqué le nom de parti de Tordre au parti conservateur ou rétrograde (car c'est tout un , et la faible nuance qui les séparait sous Louis-Philippe s'est évanouie devant la révolution de Février). Lui prétend faire de l'ordre non pas avec le désordre , non pas avec la situation actuelle , avec les tendances actuelles, mais avec l'ordre des temps passés; il s'efforce , en pleine émancipation mentale , de rétablir la théologie, voire même les jésuites, en pleine république la royauté , croyant que ces choses, qui ont en effet régi l'ancienne société, peuvent encore régir la moderne. L'ordre des conservateurs , ne reposant que sur des illusions rétrogrades, n'est jamais qu'un acheminement à des commotions dangereuses; de même que l'ordre des révolutionnaires, ne reposant que sur des illusions négatives ou métaphysiques, n'est jamais qu'un acheminement à des réactions compressives.

C'est sur des réalités qu'il faut s'appuyer. Aussi , dans le sein de l'incohérence actuelle , le positivisme a-t-il déterminé quelques points qui importent grandement à la sécurité de la transition. Et de ces points, les uns ont déjà profondément pénétré dans l'esprit public , et,-quand les volontés populaires auront à se prononcer, ils influeront notablement sur les partis qui seront pris. Les autres, moins en accord avec les tendances spontanées du moment, n'ont pas encore trouvé d'ouverture ; mais, aidés par les premiers qui leur servent de marche -pied, ils auront aussi leur tour.

Parmi les questions en voie d'élaboration durant la transition , au premier rang est la paix européenne. En fait , voilà trente-six ans qu'elle dure , dans un temps où les commotions sont fréquentes et impliquant l'Europe

PRÉFACK. XI

entière. Un phénomène historique, « bienfaisant et si admirable , est encore tellement mal compris que les uns craignent à chaque instant de le voir s'évanouir, et que les autres invoquent la guerre comme un remède, soit à la contre-révolution , soit à la révolution. Avant février, c'étaient surtout les révolutionnaires qui blasphémaient la paix , et demandaient une guerre pour briser le joug des rois; depuis février, ce sont surtout les rétrogrades qui, souhaitant une croisade contre le socialisme, invoquent l'intervention des baïonnettes et des canons. Mais avant comme après février, le positivisme, à la fois, s'efforce d'inspirer une salutaire confiance dans la permanence de la situation pacifique, et de faire comprendre aux démocrates que la paix, qui a permis, que dis-je permis, engendré la révolution de juillet et celle de février et leurs conséquences, est pleinement en harmonie avec les véritables aspirations populaires.

A la paix se rattache étroitement le désarmement. Comme il n'y a plus de guerre , il ne faut plus d'armée. Il ne doit rester de la force militaire que ce qu'exigent la conservation de la tranquillité publique et les soins d'une police protectrice. Sans doute l'oppression qui accable l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche, la Pologne, fait prévoir des insurrections ; mais, si elles doivent arriver, et si une politique aussi brutale qu'inintelligente provoque de légitimes mouvements, on se rappellera que dans l'ébranlement de février ce n'est pas la force qui a manqué aux peuples pour s'affranchir, c'est le concert et l'intelligence de la situation. En tous cas, si de telles extrémités surviennent, des armées révolutionnaires' librement recrutées suffiront sans peine à la tâche de délivrer des peuples travaillant eux-mêmes à leur affranchissement.

Tout ceci se lie à une doctrine historique fondamentale que le positivisme s'attache avec persévérance à mettre en

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