XII PRÉFACE
lumière : je veux dire la solidarité liant les cinq grandes populations européennes qui ont senti, soit directement, soit, par Charlemagne, indirectement l'assimilation romaine, et qui ont longtemps vécu ensemble sous l'unité catholique ; ce sont l'Angleterre, la France, l'Italie , l'Espagne et l'Allemagne avec ses annexes. Leur éducation a été la même ; elles ont grandi ensemble ; et , cela frappe maintenant tous les yeux, elles sont profondément solidaires les unes des autres. La révolution leur est commune, et commune aussi doit leur être la réorganisation. Une notion si utile pour ce qui doit survenir encore était tellement méconnue au lendemain de février, que l'on vit alors l'Italie s'isoler, et l'Allemagne guerroyer pour son compte. Mais rien n'est mieux et plus vite entré dans les esprits que cette confraternité générale des peuples européens ; et chacun comprend que tous les efforts démocratiques doivent se tourner vers la constitution d'une vaste fédération occidentale , qui , ne pouvant être que républicaine, consolidera définitivement, parmi l'élite de l'humanité , l'ordre et la paix.
Il est aussi des choses qui , bien que négatives , n'en ont pas moins, à un moment donné, une importance réelle : tels sont le régime constitutionnel et le bonapartisme. L'un et l'autre , dégagés de tout nuage et de toute considération personnelle, sont une manière de clore la révolution, l'un par une transaction qui atténue l'ancien régime sans le changer radicalement , l'autre qui en tente brutalement la restauration en s'appuyant sur la guerre. Le positivisme , concevant nettement un état final où un nouveau pouvoir spirituel supplantera l'ancien , et où la royauté cédera la place à une organisation industrielle , ne peut voir dans le régime constitutionnel rien de permanent , rien qui ferme la révolution ; et il l'a toujours représenté , à ce point de vue, comme une illusion, et même comme une illusion