‹ Conservation, révolution et positivismeChapitre 8 sur 24 · XVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVIII PRÉFACE

génie politique, et , à bien dire, ils furent la condition l'un de l'autre. Le positivisme en est l'héritier direct; et, plus heureux que la grande assemblée, il trouve la biologie fondée , il fonde la sociologie , et révèle enfin l'idéal que nous cherchons.

L'interrègne temporel est, d'après la constitution qui nous régit, rempli par un président nommé au suffrage universel. Un tel mode est contraire à l'histoire, c'est-à-dire à la condition réelle des choses, et défavorable au mouvement rénovateur ; contraire à l'histoire , car il ôte à Paris la prépondérance que cette grande cité a eue sur la transmission du pouvoir ; défavorable au mouvement rénovateur, car il en confie la direction à ceux qui , placés aux extrémités, en sentent moins l'énergique impulsion. Aussi le positivisme n'a-t-il pas hésité à blâmer ce mode^ et à conserver en ceci la tradition historique , remettant à Paris , dans notre transition révolutionnaire, la fonction de choisir les gouverneurs qui auront entre les mains le pouvoir exécutif.

Un tel procédé va directement contre le sufl'rage universel . Mais le positivisme ne partage pas , à l'égard du suffrage universel , le préjugé métaphysique qui en fait un principe permanent, une base de l'ordre social. Suivant lui, le suffrage universel est un élément purement révolutionnaire , dont il faut resti'eindre l'action. Mais la restreindre dans un intérêt rétrograde, comme nous le voyons aujourd'hui , est difficile et dangereux ; la restreindre dans un intérêt progressif est la seule voie par où l'on puisse remédier aux dangers qu'il présente. Le premier et principal danger est l'incompétence des électeurs en matière politique. Mais qui trouvera la limite de la compétence? Les rétrogrades essayent , à chaque fois qu'ils regagnent du pouvoir, de la placer dans le degré de la richesse ! Mais le fait prouve à

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chaque fois , que les riches sont incapables de gouverner pendant la transition révolutionnaire. Ce n'est donc pas par le cens ou par des conditions non moins stériles et non moins usées qu'on doit travailler à ramener le suffrage universel en de meilleures limites. Aussi le positivisme, s'adressant à un tout autre ordre d'idées, recherche où est la véritable action électorale dans nos grandes péripéties, et la trouve dans Paris, qu'il proposed'investir de lafonction d'élire, pour toute la France , le pouvoir exécutif. Telle est la seule voie par laquelle on puisse restreindre le suffrage universel , en satisfaisant mieux que par aucune autre au double besoin d'assurer le caractère progressif du pouvoir exécutif et de resserrer en des mains plus compétentes le droit d'élire. A mesure que la république se consolidera , on verra le droit électoral de plus en plus déserté. Le suffrage universel n'est qu'un instrument de nivellement ; aussi , partout où l'ordre ancien n'est pas suffisamment nivelé, on voit les populations le désirer et le poursuivre. C'est présentement le but des chartistes anglais , et sans doute l'Angleterre y entrera en plein , quand la France commencera d'en sortir. Toutefois je ne veux pas dire qu'au moment actuel il n'ait pas beaucoup d'importance et d'utilité. Dans l'anarchie mentale où nous sommes , dans l'absence de toute doctrine qui rallie les esprits, la règle des majorités universelles est ce qui impose le plus, ce qui donne le meilleur gage de la tranquilité , ce qui ferme le mieux la bouche aux impatients et aux emportés. On peut donc , sans aucune contradiction, et s'abriter pour aujourd'hui sous le suffrage universel , et en montrer la prochaine décomposition.

La même tendance qui porte les esprits vers le suffrage universel les porte aussi vers le pouvoir parlementaire ou local. Le positivisme ne partage pas cette préférence , et la sienne est toute pour le pouvoir exécutif ou central. Le pou-

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