‹ Conservations littéraires et moralesChapitre 15 sur 72 · XXIV NOTICE · texte numérisé non relu

XXIV NOTICE

les Débats, il avait été rappelé de Versailles, le 31 août 1853, pour professer la rhétorique au lycée Louis-le-Grand. C'était la juste récompense d'un enseignement qui avait autant de solidité que d'éclat. Il s'avançait ainsi par un progrès parallèle, jusqu'aux plus hautes positions dans sa double carrière.

Pour la plus grande partie du public, qui ne connaissait guère la presse du pays latin, parce qu'elle ignorait qu'on y parlât une langue qui n'était pas trop en us, ni trop effrayante pour les gens de goût, le nom de Rigault, quand il parut aux Débats, était nouveau. On eut donc une surprise, une des plus agréables. 11 eut bientôt conquis toute la faveur qui s'attache aux succès inattendus et à la jeunesse, quand elle vient prendre une belle place au milieu des réputations consacrées. Son talent était fait pour être goûté de tous : les lecteurs mondains trouvaient dans ses articles une causerie aimable, enjouée, sans apprêt, fine et toujours de bon ton, une langue aussi claire qu'élégante, et ce badinage délicat et plein de grâce, qui passe pour n'être plus le don le mieux conservé de l'esprit français ; les lecteurs plus sérieux étaient charmés de la pureté de son style, de la sûreté de son jugement, de l'art consommé et de la richesse de connaissances qui se dissimulaient sous tant d'agrément. Ils sentaient bien que, sans aucun étalage doctrinal, il avait des principes de goûts trèslixes et très-sages. Aussi les hommes dont les travaux étaient les plus graves aimaient-ils à être jugés par lui, et, tout jeune qu'il était, tenaient-ils grand compte de sa critique. Le sentiment moral n'était pas moins juste chez lui que le sentiment littéraire : son âme était saine comme son esprit. Il ne moralisait guère cependant, pas plus qu'il ne professait les bonnes règles des aristarques. 11 n'était ni prêcheur ni pédant; et, dans sa main d'universitaire, on ne voyait jamais la férule. Mais sa plaisanterie valait mieux que bien des objurgations magistrales et que bien des préceptes. Qu'il était habile, en se jouant, à redresser les idées fausses, à mettre les ridicules en déroute, à faire tomber le masque du charlatanisme ! Le jour même où dans ce qu'il écrivait il mettait le plus de fan-

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