‹ Conservations littéraires et moralesChapitre 20 sur 72 · XXXII NOTICE · texte numérisé non relu

XXXII NOTICE

mencements d'un sujet si étendu. Dans la suite il aurait eu devant lui un plus spacieux horizon, et il y aurait porté un regard encore plus sûr, à de plus grandes profondeurs. Quoiqu'il eût toujours aimé et étudié la littérature sacrée, l'érudition spéciale, qui lui était maintenant nécessaire, pouvait paraître acquise un peu rapidement. On se tromperait beaucoup cependant si Ton croyait qu'il remplaçât la science par une faconde brillante. Ses leçons étaient substantielles et solides; les livres des plus anciens écrivains chrétiens étaient étudiés avec un scrupule attentif; le caractère des premiers temps de TÉglise peint avec une éloquente vérité; la physionomie des hommes vivement retracée : on n'a pu oublier avec quelle énergie la parole de Rigault sut faire revivre les traits de TertuUien. Mais surtout les idées neuves et originales, les bons sentiments, les excellentes leçons morales, les charmants récits, et, sans que le bon goût, dans des matières si. graves et si austères, parût sacrifié, la (inesse la plus spiri» tuelle, voilà ce qui nous captivait en nous instruisant.

Il serait aussi inutile que peu sensé de prétendre comparer Rigault avec les autres professeurs qui ont brillé ou qui brillent aujourd'hui dans le haut enseignement. Le vrai talent a toujours quelque chose qui n'appartient qu'à lui, et qui rend vaine toute assimilation. Ce qui était, il me semble, le caractère le plus distinctif de la manière de Rigault, c'était qu'avec une extrême souplesse il savait prendre les tons les plus variés, qu'il n'y avait point d'apprêt oratoire dans ses discours, et que cependant l'élégance soutenue et la ferme précision de sa parole excluaient toujours l'idée d'une simple causerie. Il est bien à regretter que, de ce cours si applaudi, il ne doive plus guère rester qu'un souvenir dans la mémoire de quelques-uns, et pour tous les autres la renommée. Ce qu'il en avait recueilli lui-même était, je crois, fort incomplet. Soit que le temps lui ait manqué pour l'écrire définitivement et y mettre la dernière main, soit que n'ayant pu, comme il l'eût désiré, pousser plus loin cette histoire de l'éloquence des Pères, il ne voulût pas laisser une œuvre inachevée, soit enfin qu'il eût modifié ses idées sur quelques points essentiels, il a

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formellement demandé, dans les derniers jours de sa vie, qu'un ne publiât pas ce qui pouvait subsister de ses leçons. On trouvera seulement dans ses Œuvres des fragments de son discours d'ouverture que le Journal des Débats avait publiés, et les intéressants articles sur le Pasteur d'IIermas et sur les Clémentines, que Rigault a rédigés, dans ce mémo journal, en grande partie d'après les souvenirs de son cours *. Lorsque l'année scolaire 1857 fut close, M. Havet, qui avait pris un an de repos, exprima l'intention de remonter dans sa chaire à la prochaine réouverture des cours. La suppléance conliée à Rigault était arrivée à son terme. Mais le public, qui avait goûté le plaisir de l'entendre, ne pouvait croire qu'une voix si éloquente dût rentrer dans le silence, ni (|u'ou lui eiil montré un moment un professeur si brillant pour le rejeter dans l'ombre d'une classe. Il lui semble toujours qu'il a des droits sur ces grands talents qu'il a adoptés et comme institués lui-même, et qui ne se retirent point sans laisser un grand vide dans l'enseignement de la jeunesse. On savait qu'une année ne se passe guère sans qu'il n'y ait dans le personnel du Collège de France ou de la Faculté des lettres un mouvement qui permette de disposer, sinon d'un titre de professeur, au moins d'une suppléance. Au surplus une occasion se présentait. iM. Désiré Nisard songeait à se faire suppléer dans la chaire d'éloquence française à la Sorbonne. Son vœu était conforme à celui de l'Université, de tout le public lettré, de la jeunesse des écoles : il souhaitait que Rigault fut chargé de l'intérim de son cours. Le connaissant depuis loniitemps, car il avait été un de ses maîtres à l'École normale, il professait beaucoup d'amitié pour sa personne, beaucoup d'estime pour son talent. On ne doutait pas que son crédit auprès du ministre de l'instruction publique ne rendît plus facile encore l'acceptation du choix proposé par lui et appuyé par la voix publique. Le ministre eut connaissance de ce désir de M. Nisard, et l'on peut dire qu'il le par-

' On n'a pas dû y joindre ce qui a paru en 1857 dans quelques numéros du Moniteur des cours publics. Je le crois assez fidèlement reproduit, sans pouvoir en garantir i'enlière exactitude.

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