‹ Conservations littéraires et moralesChapitre 22 sur 72 · XXXVI NOTICE · texte numérisé non relu

XXXVI NOTICE

classe. Après sa disgrâce il désira que ce congé lui fût Continué, au moins pour quelque temps; il avait d'ailleurs l'intention de remonter un peu plus tard dans sa chaire du lycée, et il se tenait dès lors à la disposition du ministre. M. Rouland, et Rigault lui en fut reconnaissant, consentit avec bienveillance à la prolongation du congé. Rigault avait un véritable besoin de se reposer. Mais pour lui le repos ne pouvait être l'inaction. Il proiita d'un plus grand loisir pour donner une activité nouvelle à sa collaboration dans le Journal des Débats. Les directeurs de ce journal Tinvitaient eux-mêmes à prendre plus de part à leurs travaux qu'il n'avait pu le faire depuis quelque temps. Le journal y trouvait son compte; mais on calculait moins cet avantage qu'on ne songeait à donner à un ami resté si fidèle un juste témoignage de sympathie et tous les dédommagements de l'allection.

Dans ce temps oii la mode est aux chroniques, on désirait, au Journal des Débats, donner satisfaction à ce goût du public, mais sans s'écarter de cette réserve discrète et digne qui a toujours été le caractère et la loi de ce journal. L'enlreprise était délicate. 11 y fallait une plume légère et prudente, libre et retenue. Qui mieux que Rigault pouvait badiner avec grâce, être raisonnable avec agrément et gaieté, et converser familièrement devant les honnêtes gens? On lui proposa de tenler celte nouveauté difficile. 11 en comprenait trop bien toutes les conditions, pour ne pas en être un peu eflrayé. Il promit cependant de faire de son mieux.

La première Revue de quinzaine (c'était le titre qu'il avait choisi) parut dans ]c Journal des Débats le 26 novembre 1857. 11 n'avait pas eu besoin de songer â la société polie à laquelle il s'adressait pour ne pas aller chercher dans les salons, ou ailleurs, ces petits scandales , dont Paris est devenu trop friand, ces commérages souvent très-répréhensibles et toujours de mauvais goût, que l'on croyait réservés à la méchanceté oisive des petites villes, et qui, si le dédain du public ne se décide pas à en faire justice, finiront par nous donner la réputation d'un peuple de caillettes. On put voir, dès son coup d'essai, (ju'il voulait être le chroniqueur, non

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de l'anecdolo Irivolo, de l'iiistorietic du sjwrl ou du boiSj in.iis do révéneiiieiit littéraire nouveau ; et qu'il se {)roi)oserail de développer surtout les réflexions morales que l'écritdu jour suggère, avec le |)i(juant enjouement d'un liomme d'esprit qui cause dans un salon de bonne compagnie. Il ne l'ut pas cependant satisluit de son premier article. Il y avait cédé, vers la lin, à la tentation de raconter un de ces traits charmants, comme il les aimait tant; il avait pénétré, lui aussi, dans l'ombre de la vie privée, mais pour y sur^irendre les secrets du noble désintéressement, du bonheur mérité et de la délicatesse du cœur. H s'aperçut qu'il ne fallait pas même soulever ce voile qui, dans la maison, dérobe aux regards du dehors jusqu'aux sentiments cl aux actions les plus honorables *. Il n'y revint plus.

Un autre progrès lui restait à faire. Quoique la liberté d'une causerie permette de passer légèrement d'un sujet à un autre, et que cette variété ait son charme, il se demanda s'il n'y avait pas quelque chose de trop capricieux et de trop décousu dans ces espèces de chroniques à tiroir auxquelles manquent un peu la suite et l'unité. Quelque aimable que suit son guide, et quelque agréable que soit la promenade, le lecteur, surtout le lecteur français, n'aime pas beaucoup à se promener au hasard.

A partir de sa troisième Revue ', devenue dans ce volume la première parmi celles qu'il a lui-même choisies, il avait trouvé la vraie manière, et, je crois qu'il m'est permis de le dire, le vrai modèle du genre. 11 ne se borne pas toujours à un sujet unique, mais il évite une diversité trop arbitraire et trop facile. D'ordinaire c'est aune idée morale qu'il s'attache, et celte petite thèse (je regrette ce mot bien lourd) soutenue

' Je crois qu'il s'est souvenu de cette première Revue, et qu'il a voulu faire son acte de contrition, quand il a lui-même si bien dit: « Les sentiments les plus purs ne sont-ils pas les plus craintifs, et n'est-ce pas blesser leur pudeur que de les tirer de leurs voiles et de les livrer a l'admiralion? » [Ikiue de quinzaine du 22 février 1858, V pag. 301 : La Sociclc française au xvn* siècle.)

^ La Sîoralc du Ihéâlre.

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