‹ Conservations littéraires et moralesChapitre 25 sur 72 · XLII NOTICE · texte numérisé non relu

XLII NOTICE

du cœur, il se souvint de ses prédilections, et il présenta à ses dernières pensées la foi de Bossuet. Rigault le comprit, et témoigna par ses réponses qu'il voulait suivre le guide qui lui était montré. 11 laissait ainsi à sa pieuse femme la seule consolation qui pût soutenir son courage.

Elle reçut de lui les adieux les plus tendres; il la remercia avec la plus touchante reconnaissance de lui avoir donné, ce furent ses expressions, autant de bonheur que l'homme puisse en connaître sur cette terre. 11 voulut aussi voir une dernière fois ses chers enfants, et demander pour eux au Père des orphelins sa divine protection.

Je ne répéterai pas le cri qui, à la nouvelle de cette fm prématurée, sortit de tous les cœurs, pour accuser les inexplicables cruautés de la mort, et gémir sur cette vie brisée au milieu de tout ce bonheur, de cette belle renommée déjà conquise et des plus brillantes espérances. Que pourrait-il rester à dire après les lignes touchantes écrites par M. de Sacy, le jour même oii cette cruelle douleur vint le frapper; après les belles et pathétiques paroles prononcées par M. Saint-Marc Girardin sur la tombe de son jeune ami, après cette voix unanime de la presse, après ces témoignages universels de sympathie ? Tous ceux qui vivent dans le monde des lettres diront s'il y a eu beaucoup d'écrivains dont la perte y ait été aussi vivement sentie; tous ceux qui étaient à Évreux, le jour où les amis de Rigault lui ont rendu les derniers devoirs, qui ont vu couler les larmes, qui ont entendu les sanglots, diront si jamais personne a été plus aimé.

Ces marques de deuil, d'estime et d'aflection, nous les avons recueillies avec une émotion profonde. Rien n'a manqué à la mémoire de Rigault; ou plutôt si nous avons à réclamer pour elle une justice, qui, selon nous, ne lui a pas été assez rendue, cette réclamation ne s'adresse qu'à un généreux excès, à un emportement très-facile à expliquer, de la douleur publique. Dans l'intérêt seul de cette chère mémoire, tel que je le comprends, et de la vérité, telle que je la vois, sans avoir d'ailleurs ni le désir ni le droit d'absoudre personne, j'ai besoin de protester avec franchise contre une opinion qui s'est

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