‹ Conservations littéraires et moralesChapitre 3 sur 72 · IX ^ NOTICE · texte numérisé non relu

IX ^ NOTICE

homme de savoir et de goût, à qui Rigault n'avait jamais perdu l'habitude de demander, pour ses écrits, des conseils toujours profitables, et M. Anquetil, au nom et à l'œuvre duquel il associa son premier début littéraire. Mais j'aurais dîi ici nommer, avant tout autre, M. Théry, alors proviseur du collège de Versailles, aujourd'hui recteur de l'académie de Clermont, qui , par ses conseils et ses soins vraiment paternels, dirigeâtes études de Rigault, et fut l'un de ses premiers guides dans la voie du travail et des bons sentiments. Rigault n'oublia jamais ce qu'il lui devait, et les plus affectueuses relations s'étaient continuées entre cet excellent maître et son ancien élève.

Les condisciples de Rigault à Versailles se souviennent que leur professeur de rhétorique latine, M. Anot de Maizières, lui proposait quelquefois une Méditation de Lamartine à traduire en vers latins de vive voix et sur-le-champ, tt que, devant toute la classe, le jeune écolier improvisait cotte traduction avec un rare bonheur. J'ai lu de lui une petite pièce de vers français (son goût le plus vif était alors pour la poésie), composée dans le même temps pour la Saint-Charlemagne de 1839 ^ Les vers en sont faciles et spirituels; on y trouve déjà quelque chose de la fine raillerie qui devait être plus, tard un des traits les plus marqués de sa physionomie littéraire. Il

* Je dois la communication de ceUe pièce à M. Sandras, qui élait alors censeur du collège de Versailles. J'y ai surtout remarqué des vers sur les entrepreneurs de répulalion,

u Qui débitent la gloire à des prix raisonnables;..!.. Et soudain en tous lieux le chef-d'œuvre vanté Est certain, pour six mois, de l'immortalité. »

El un portrait du poëte spéculateur,

« Qui vole tour à tour du Parnasse à la Bourse,

Comme un courtier marron spécule sur la leulc, Vend, achète, revend, et, par un sage accord, Met, [)Our doubler son gain, son talent en rapport. Fils d'Apollon, montrez la même intelligence : Sans trop l'approfondir effleurez la science; Pour tout mettre à profit sachez un peu de tout; Visez aux prompts succès : cxploitcz-lcs surtout, s

SUR IIIPI'OLYTE RIGAILT. V

avait pris pour sujet un dialogue entre un apologtsle du présent et un enthousiaste du passé. C'était sa pc*ilc Querelle des Anciens et des Modernes,

La plus belle des palmes universitaires ne manqua pas au brillant rliétoricien.En 1840 il remporta au concouis général le grand prix de discours latin, le prix d'honneur. Il a depuis si bien écrit en français, qu'on n'a plus guère songé à son latin. Il ne l'avait pas désappris cependant; il est toujours resté un excellent latiniste, quoi qu'aient bien voulu dire un jour ces critiques trop nourris de la latinité de l'église, ou trop convaincus qu'on ne peut louer en bon latin un janséniste, qui crurent avoir noté tant de fautes dans cet élégant Éloge de liollin prononcé par Rigault en 1833 à la distribution des prix de la Sorbonne.

Une circonstance touchante m'a été racontée au sujet de ce prix d'honneur. Ce fut, dans la famille de Rigault, une grande joie, à laquelle manquait son père, qui, depuis trois ans, n'était plus. La veille de la distribution des prix, la nouvelle du glorieux succès avait été donnée d'abord à sa mère et à sa sœur. Ce furent elles qui l'apprirent à leur cher lauréat. A leurs premières paroles, des larmes coulèrent de ses yeux. « Mon père! mon pauvre père! » fut tout ce qu'il put leur dire.

Rigault avait été destiné au barreau par ce père si regretté. Quelle vive et spirituelle éloquence il y aurait fait briller! Dans le temps où il fut brusquement arrêté et découragé dans sa belle carrière universitaire, il se souvint avec quelque regret de ce choix d'une carrière indépendante et très-assortie à ses goûts, que son père avait fait pour lui. Cependant il aimait beaucoup et le corps dans lequel il était entré et les études auxquelles est voué le professorat. Pour nous, ne regrettons rien : le jour oii Rigault s'engagea dans l'enseignement, il ne lit certes pas fausse route : ce que le barreau a perdu, l'Université l'a gagné. Rigault était de ceux qui, de bien des côtés et dans des directions diverses, peuvent également trouver leur voie.

La mort de son père avait changé les plans formés pour

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