LITTÉRATURE DRAMATIQUE
son dans VAstrcft et dans la Clélie l'idéal que le dix-septième siècle se faisailde l'amour. Ses deux éludes surces livres illustres, trop oubliés, sont comme une réi)aralion d'honneur offerte h d'Urfé età mademoiselle de Scudéri, après de si longs dédains. M. Saint-Marc Girardin analyse rapidement VAstrce et la Clélie, et fait ressortir avec art les mérites qui charmaient les contemporains et ceux qui peuvent nous intéresser nousmêmes, dans deux chapitres qui, avec l'étude sur les Amadis, forment une histoire neuve et piquante de l'ancien roman français.
Malgré Tatlrait qu'a pour moi le reste du livre, où je trouve des chapitres si intéressants sur la poésie pastorale , c'est sur les chapitres réservés par M. Girardin aux romans que je veux insister, parce que c'est là que se montre dans le meilleur jour son double caractère de critique et de moraliste. El puis le moment est si bien choisi pour nous ramener à ces vieux romans du dix- septième siècle, si honnêtes et si longs 1 Nous n'avons plus le droit de leur objecter leur longueur. Nous n'avons plus le courage de leur reprocher leur honnêteté ; car nos romanciers nous ont mis depuis si longtemps au régime du poison, qu'il ne peut nous déplaire de prendre un peu de lait. Nous ressemblons aux compagnons d'Ulysse. Le roman moderne a fait de nous ce qu'avait fait d'eux la baguette de Circé. Seulement la métamorphose commence à nous peser, et puisque M. Girardin se présente à nous, VAstrée à la main , en nous disant :
L'empoisonneuse coupe a son remède encore : Mes amis, voulez-vous hommes redevenir?
nous ne répondrons pas, à coup sur ; Je no veux pas changer d'état.
Mais de loups que nous étions, nous deviendrons bergers avec délices. Bientôt nous allons raffoler de la Clélie, Nous sommes depuis quelque temps, prenonsy bien garde, sur le chemin qui mène au fleuve du Tendre. Si la mode s'en mêle, nous pousserons jusqu'au village de Petits-Soins, et nous nous reposerons dans le bosquet de Billet-galant, Heureusement, avant de nous embarquer sur la rivière, dans la nacelle de mademoiselle de Scudéri, nous rencontrerons sur la rive M. Saint-Marc Girardin lui-même, qui nous dira en se moquant de nous : o Ne tombez donc pas d'un excès dans un autre. Vous renoncez à l'orgie : ne vous égarez pas dans la pastorale ; vous rampiez dans la fange de l'amour grossier et coupable : ne vous envolez pas dans l'éther de l'amour fade et langoureux. Ni si bas, ni si haut. Relisons ensemble le Dialogue des héros deroman^ et demandons à madame Lucrèce, à M. Brutus et à mademoiselle Clélie, comme les appelle Boileau, non pas ime leçon de goût, mais une leçon de morale ; qu'ils nous apprennent seulement à aimer l'amour honnête et la peinture ingénieuse des nobles sentiments, n
Voilà en efl'et ce qu'il faut chercher dans le roman du dix-septième siècle, la pureté et la dignité des affections, et non le raffinement de la galanterie, le goût des analyses de sentiment, et non l'aflectation du platonisme. Le roman du dix-septième siècle donne beaucoup de place à la description intime de la passion, il en donne peu au récit de son triomphe; il indique à peine le but, mais il marque avec détail tous les détours du chemin, et c'est ce qui me charme. Ce qu'il y a de meilleur dans le drame de l'amour, ce sont les péripéties, ce n'est pas le dénoùment. Ce qui me plaît dans les romans du dix-septième siècle, c'est qu'ils
LITTKRATOE DRAMATIQrE. 25
nous font lire surtout le commentaire et les digressions de l'amour, c'est qu'ils s'attardent à l'histoire du cœur, et ne courent pas au dénoùment. Nos romanciers, au contraire, semblent ne commencer une histoire d'amour que pour la finir; ils ressemblent à des voyageurs qui ne voyageraient que pour arriver. Il y a malheureusement une explication toute naturelle de cette différence : elle est dans la diversité de l'état moral des deux époques et des rangs assignés par elles à la passion. Aujourd'hui la passion a la première place : au dix-septième siècle, on était du parti du devoir contre la passion. Aujourd'hui il y a une conspiration presque universelle des poètes, des romanciers et du public contre le devoir. Au dix-septième siècle la lutte victorieuse du devoir contre la passion était, comme l'a dit à merveille M. Saint-Marc Girardin, le lieu commun du roman et du théâtre. Nous avons changé tout cela : toutes nos faveurs sont pour la passion qui succombe, toute notre indifférence pour le devoir qui triomphe : malheur aux héroïnes de roman qui n'ont pas le bonheur d'être faibles, malheur aux héroïnes même de l'histoire qui ont l'insolence d'être fortes. Pourquoi sommes-nous si tendres pour mademoiselle de la Vallière? Je crains bien que ce ne soit à cause de son péché, non à cause de son repentir. Pourquoi sommesnous si durs pour madame de Main tenon? J'ai bien peur que ce ne soit à cause de sa vertu.
Dans les romans du dix-septième siècle, au contraire, le respect du devoir est si fort, la passion a un tel caractère de pureté, de désintéressement, d'obéissance, que l'amour ressemble à une dévotion. A ce propos, me sera-t-il permis de faire remarquer que mademoiselle de Scudéri semble, comme madame de Sévigné, s'être faite l'élève de Descartes? Pour elle, comme pour
Descartes, il y a deux espèces d'amour : l'un, simple appétit naturel, ainsi que le définissent le philosophe et les vraies précieuses, né de la partie inférieure de l'âme qu'on nomme la sensitive ; l'autre, affection élevée, noble, vertueuse, née de la partie supérieure de l'âme, qu'on appelle la raisonnable. Le roman, c'est l'histoire du combat de ces deux amours, dont Molière a fait la parodie ', ou le tableau de la lutte du devoir contre tous les deux. Pour ne m'occuper que du plus pur de ces deux amours, il a, dans mademoiselle de Scudéri, absolument les mêmes traits que ceux que lui donne Descartes. Dans le Traité des Passions, Descartes définit l'amour le sentiment inspiré par un objet qui nous paraît beau : « Lorsqu'on estime, dit-il, l'objet de son amour moins que soi, on n'a pour lui qu'une simple affection; lorsqu'on l'estime à l'égal de soi, cela se nomme amitié; lorsqu'on l'estime davantage, la passion qu'on a peut être nommée dévotion. » Et il ajoute : « Quoique l'objet principal de la dévotion soit Dieu, on peut avoir de la dévotion pour les personnes. On a vu souvent des exemples d'hommes qui se sont exposés même à la mort pour des personnes particulières auxquelles ils étaient dévoués. » Souvent est beaucoup dire ; mais cela est vrai du moins dans les romans du dix-septième siècle. Les héros de d'Urfé et de mademoiselle de Scudéri s'exposent à tout pour des personnes particulières, et je ne m'étonne pas que pour exprimer l'idée de l'amour pur, mademoiselle de
' Si le chef n'est pas bien d'accord avec la tête, Que tout ne soit pas bien réglé par le compas, rsous voyons airiver de certains embarras : La brutale partie alors veut prendre empire Dessus la sensitive, et l'on voit que l'un lire
A dia, l'autre à liurhaut
(Molière, Dépil amoureux, acte IV, scène il.)
LTTTÉRATrRE DRAMATIQUE. 27
Scudëri, en- vraie cartésienne, emploie à chaque instant le mot de dévotion. Ce rapprochement entre la théorie des passions de Descartes et le roman du dixseptième siècle n'aidc-t-il pas c'i comprendre la métaphysique sentimentale des belles dames d'alors et des livres à la mode? la philosophie d'une époque explique souvent bien plus de choses qu'on ne croit : elle explique les idées des hommes, elle explique même les sentiments des femmes. La philosophie est la clef de l'histoire, disait M. Royer-Collard. Quelquefois aussi, on le voit, c'est la clef du roman.
L'amour, tel que le peint le roman du dix-septième siècle, n'est pas seulement, au point de vue métaphysique, l'amour cartésien; au point de vue moral, c'est le véritable amour, car c'est celui où il y a le moins d'égoïsme et le plus de dévouement. Or, la perfection de l'amour, c'est l'abnégation, c'est le sacrifice. Mademoiselle de Scudéri est là-dessus absolument du même avis que madame de Staël. Il est vrai que ce sont deux femmes qui parlent, et qu'elles ont de bonnes raisons pour parler ainsi; mais cela n'ôte rien à la justesse de cette pensée, qu'il n'y a pas d'amour vrai sans dévouement et sans sacrifice. Madame de Staël va jusqu'à regarder comme le critérium unique du véritable amour, le sacrifice suprême, celui de la vie. C'est là l'exagération d'une idée juste. Il ne faut pas condamner à mort les amants, et ne leur accorder un brevet de passion qu'après décès. Mais la mesure exacte de l'amour, c'est le renoncement à soi-même. Tout le monde croit avoir connu le véritable amour; peu de cœurs ont aimé, parce que les égoïstes sont en majorité dans le monde. A entendre disserter le genre humain, à lire ses livres, avoir ses comédies, on croirait que l'amour est une fleur qui s'épanouit partout,
28 CONVERSATIONS LlTTÉllAlUES.
comme les rosiers des quatre saisons sont sur toutes les fenêtres. L'amour est une plante rare qui naît dans certaines âmes choisies; et l'amour parfait, j'entends l'amour pur, héroïque et partagé, fleurit, comme l'aloès, tous les cent ans. Il faut à un tel amour, pour germer et pour s'épanouir, les âmes d'un Rodrigue et d'une Chimène. C'est pour cela que le monde de la littérature, bien qu'il soit en général meilleur que celui de la société, ne compte qu'un si petit nombre de personnages qui soient de vrais amants. Si l'on voulait les rassembler, ils tiendraient tous dans un salon ; après qu'on en aurait admis une douzaine, on pourrait fermer la porte. Mais il faudrait recevoir parmi eux quelques-uns des personnages de d'Urfé et de mademoiselle de Scudéri, parce qu'ils sont non-seulement des galants pleins d'esprit, mais des âmes passionnées, dévouées, prêtes au sacrifice. Ils n'ont qu'un tort, celui de trop bien parler de leur amour; mais ce tort a deux excuses : la première, c'est que la passion vraie est essentiellement raisonneuse, et que dans tout amant il y a un avocat; la seconde, c'est que la finesse et la subtilité des discours de ces héros n'ôtent rien à la générosité et à l'héroïsme de leur conduite, a Ah! qu'il est heureux, s'écrie madame de Staël, le jour où l'on expose sa vie pour l'unique ami de son choix!» — (( Que je suis aise de mourir pour mon amie ! » dit presque en mêmes termes le Céladon de VAstrée. D'Urfé et mademoiselle de Scudéri sont d'accord avec madame de Staël sur le vrai caractère de l'amour, qui est le dévouement; c'est ce qui donne au roman du dix-septième siècle une saveur si douce d'honnêteté, c'est ce qui permet à M. Saint-Marc Girardin d'en tirer, avec des leçons exquises dégoût, des conseils précieux de morale.
LITTÉRATURE DRAMATIQIE. 29
Son livre n'est pas en effet un simple volume de erilique littéraire, ingénieuse et profonde, où les meilleurs esprits trouvent à profiter. C'est, à le bien prendre, par le côté moral, un petit traité, ou, comme disait saint François de Sales en parlant de VAstrée, «un bréviaire de bonne compagnie, où il est aisé d'apprendre les beaux sentiments. » En analysant et en commentant les diverses expressions que la littérature a données à l'amour, M. Saint-Marc Girardin donne son avis sur les questions de sentiment qui se présentent sur sa route : jl ne dogmatise pas, il ne prêche pas; une réflexion, un mot quelquefois lui suffit, mais un mot où il sait mettre à la fois le sens délicat de l'honnête homme et le vif accent de l'homme d'esprit. En groupant toutes les idées élevées et sages éparses dans son livre, on en ferait un résumé sans prétention du code des honnêtes gens en amour et dans le mariage, un mémento des vérités premières et indispensables en matière de sentiment, à l'usage du dix-neuvième siècle, qui en a si grand besoin. Parmi les idées fausses, en effet, qu'ont accréditées le roman et le théâtre modernes, il n'y en a pas de plus fausse que celle qu'ils ont donnée de l'amour. D'après eux, il n'y a guère que trois sortes d'amour bienséantes, qui puissent faire honneur à un homme distingué. C'est premièrement l'amour adultère : la perfection est de se faire aimer d'une femme qui ne s'appartient pas. L'amour légitime n'est qu'une trouvaille, l'amour illégitime est une conquête ; et il est plus glorieux de conquérir une couronne amoureuse que de la ramasser à terre. Le second amour, c'est l'amour électrique ou foudroyant qui frappe soudainement comme un coup de tonnerre. Il dillere de l'épanchement au cerveau en ce que généralement on en guérit. Le troisième amour, le plus répandu, c'est
l'amour-capnce ou ramour-vanité ; c'est l'amour de don Juan, c'est le mensonge, c'est la fatuité, c'est le libertinage, c'est tout ce qu'on veut, sauf la passion. Cet amour se pique même d'une insensibilité triomphante, et place fièrement sa grandeur dans une indifférence voluptueuse. Il promène partout la flamme, sans se laisser toucher de la moindre étincelle; il se compare modestement à l'idole de Jagrenat, souriant à ses adorateurs qui se font avec délices broyer sous les roues de son char. Voilà les formes choisies de l'amour que le roman et le théâtre ont offertes , depuis vingt ans , en modèle à l'imagination de la jeunesse. Parmi les auditeurs qui se pressent au cours de M. Saint-Marc Girardin, combien ont cru le roman et le théâtre sur parole, combien prennent encore pour le vrai monde le monde imaginaire qu'ils ont vu par la fenêtre du cabinet de lecture ! En lisant le livre de M. Saint-Marc Girardin, livre improvisé d'abord dans sa chaire, et recommencé ensuite pour ses lecteurs , je me représente le spirituel ei sage professeur effaçant une à une de l'esprit de la jeunesse ces idées chimériques sur les affections humaines qu'enseignent le théâtre et le roman. Je crois voir M. Saint-Marc Girardin en face de ces jeunes gens, fanfarons honnêtes de corruption et d'indifférence, qui s'imaginent avoir tué l'amour dans leur âme à force de railler, comme des rêves mythologiques, l'innocence, l'ingénuité et la vertu ; je le vois, avec ce regard pénétrant, cette voix incisive , ce sourire bienveillant et doucement moqueur , leur lancer celte apostrophe éloquente, devenue l'une des meilleures pages de sou livre :
« Vous vivez dans un monde frivole et libertin; vous vous vantez de ne point croire à l'amour et de no croire qu'au plaisir; vous riez ([uund on parle de l'honneur des femmes, et la vertu
LITTÉRATURE DRAMATIQrE. 31
des jeunes fil los n'est pour vous« qu'une marchandise qui n'est point encore vendue; » vous renvoyez dédai;^neusement l'idylle à l'âge d'or, ràj;e introuvable, ou aux auteurs grecs et lalins. Où donc y a-t-il do l'idylle? dites-vous d'un air railleur. Où? dans votre cœur même, dans un coin de ce cœur que vous vous piquez d'avoir endurci contre l'amour, et qui n'a pu tenir contre le regard d'une jeune fille. Ce qu'il y a de plus sim[)lo déconcerte ce qu'il y a de plus raffiné ; le lion devient amoureux, parce qu'une veine d'amour ingénu s'est retrouvée vive et jaillissante encore dans cette Ame que l'usage du monde et du plaisir semblait avoir desséchée. Personne n'est à l'abri de l'idylle, ni les vicieux do la bonne compagnie, ni les soudards do la mauvaise, ni la courtisane elle-même, en dépit do la banalité de ses amours. Il n'y a pas de salon coquet ou parfumé, point do tabagie empestée de vin et de tabac, point de boudoir mercenaire, où l'amour ingénu et l'idylle avec lui ne puissent entrer à l'improvisle. Ce sera, je le sais, pour un moment; ce ne sera qu'une lueur fugitive qui pénètre dans l'obscurité, un rayon passager qui glisse dans la caverne et qui l'éclairé. ■Qu'importe! il y aura eu un jour où le libertin et la courtisane auront aime, un jour où ils auront échappé aux souillures habituelles de leur àme, un jour où le roué aura retrouvé la candeur et l'émotion de ses jeunes années, en face du regard innocent et pur de quelque bonne et gracieuse jeune fille élevée sous l'œil de sa mère. Et c'est en vain que ce jour-là les souvenirs du vice essayeront de raffermir son àme dans le mal et de rendre l'elfronterie à son visage : vaincu par le charme nouveau qui l'enchante, le roué redevient timide et ému, il redevient homme enfin, ne fût-ce que pour un instant, véritable instant de grâce et de salut; de môme que la courtisane, vaincue par le charme d'un sentiment ingénu qui naît malgré elle, se sent modeste, réservée, décente, femme aussi enfin, comme il lui souvient d'avoir été quand elle était enfant, quand elle avait une mère, une famille, un foyer paternel, tous ces Édens enfin qu'elle a quittés et qu'elle a peut-être blasphémés, mais dont l'image vient tout à coup de traverser son àme pour la purifier. » (Pag. 140.)
Spirituelles et touchantes paroles ! En les écoutant, j'en suis sûr, plus d'un esprit fort en amour, qui était venu chez M. Saint-Marc Girardin s'égayer aux dépens de l'idylle et de la pastorale, se sera dit, en remontant l'escalier de sa chambre d'étudiant, qu'après tout le meilleur des amours n'est peut-être ni l'amour adultère, ni l'amour coup de foudre, ni l'amour libertin, volage et vaniteux, mais bien cet amour pacifique qui commence par l'estime, qui continue par la tendresse, et qui marche au bonheur, bourgeoisement escorté du prêtre et du notaire. Telle est l'influence salutaire que M. Saint-Marc exerce sur les jeunes gens depuis plus de vingt années : il est un peu leur médecin, et les jeunes gens le savent à merveille. Quand ils sont pris de la malaria, pour avoir trop respiré l'air malsain du drame et du roman, ils viennent le jeudi à sa consultation de la Sorbonne pour se faire traiter par lui. J'entends dire que M. Saint-Marc Girardin ne guérit l'imagination des jeunes gens qu'en la tuant, et qu'il ne fait des hommes de bon sens qu'en défaisant les poètes. D'abord les poètes ne pullulent pas à ce point qu'il en puisse faire un si grand carnage ; ensuite on ne défait pas les poètes, pas plus qu'on ne les fait ; ils savent bien se faire et se défaire tout seuls. M. Saint- Marc Girardin ne tue l'imagination de personne ; mais quand l'imagination des jeunes gens a la fièvre, M. Saint-Marc Girardin coupe la fièvre, et voilà tout; les malades se calment, et ce calme qu'on prend pour l'alïaiblissement de la vie, c'est le commencement de la convalescence. M. Saint-Marc Girardin est une des bonnes influences de notre pays: par son cours de la Sorbonne, il tient dans ses mains la jeunesse; par ses livres, il étend sa clientèle jusque sur les familles, il entre au cœur même du foyer ; écrivain et professeur,
LITTÉUATIRE DUAMATIQUE. 33
il porte partout avec lui et partout il inspire le goût du bon sens, l'amour de la règle, la passion de l'honnôte et du beau. Que manquc-t-il à la joie et h. l'bonncur de sa vie ? Un des sages de la Grèce, Bias, disait : (( Heureux l'homme qu'on estime , plus heureux l'homme qu'on aime ! quant à celui qu'on aime et qu'on estime, celui-là, c'est le bonheur même. » Ne dirait-on pas que Bias avait connu ce modèle de l'honmie heureux, qui mérite de l'être, M. Saint-Marc Girardin?
28 mars 1855.