XVI LES QUAIS DE PARIS
Il faut savoir se contenter de peu : c'est l'avis de M. de Fontaine et de bien d'autres sages. Si l'on ne peut pas prendre les chemins de fer, les bateaux à vapeur ou les chaises de poste, et parcourir la Suisse, l'Allemagne, l'Italie, comme les heureux du monde, dans la belle saison, on fait le tour des quais, à pied, en se promenant, et c'est encore un fort joli voyage. Quand je parle de quais, je n'entends pas ici, comme les ingénieurs, toutes les grandes chaussées qui courent sur l'une et l'autre rive de la Seine, depuis Grenelle jusqu'à Bercy. Ce que j'appelle les quais, ce sont les parapets où il y a des livres : ils commencent au pont de la Concorde et finissent au Petit-Pont, le dernier pont littéraire de Paris. Au delà s'étendent les steppes de la Tournelle et du quartier Saint-Bernard. M. de Fontaine, qui a soigneusement étudié les lieux et en a dressé la carte topographique, nous apprend qu'on y compte mille boîtes environ, contenant chacune soixante-dix à quatre-vingts volumes, et formant bout à bout un kilomètre et demi de littérature. C'est de quoi satisfaire ceux qui savent voyager. Je voyagerai donc et je prendrai volontiers M. de Fontaine pour guide. S'il n'a pas encore toute la science de son état, il en a tout l'amour. Une part de sa vie s'écoule le long des quais, dans un paisible cours, comme celui de la rivière. Chaque jour il chemine,