‹ Conservations littéraires et moralesChapitre 56 sur 72 · SI II LE DLEL · texte numérisé non relu

SI II LE DLEL

la galerie; il est bien plus aisé de faire croiser deux lames ou d(^chargcr deux pistolets que d'engager la lutte entre les caractères et les passions de l'Ame. Jamais on ne s'est plus battu au théâtre et dans les romans. La scène est une salle d'armes. Pour connaître l'escrime, il suffit d'avoir lu les romans et vu jouer les drames d'Alexandre Dumas. On a compté dans ses drames dix-sept personnes tuées et vingt-trois bras en écharpe, et quant à ses romans, il faudrait un hospice spécial pour loger leurs blessés. Les auteurs les moins mousquetaires ont tous, sur la conscience, un bon nombre de blessures faites par des armes blanches ou des armes à feu. Casimir Delavigne, le plus sage de tous, tâchait le plus souvent d'éviter l'effusion du sang; il faisait désarmer Banville par le duc; mais lui-même au besoin violait tout comme un autre le commandement de Dieu : Homicide point ne seras, et faisait tuer Fernando par Sténo pour être agréable au parterre. Et M. Scribe donc î Sans cesse il va sur le terrain : il tue le moins qu'il peut, et à son corps défendant; mais il blesse à profusion : une trentaine de ses jeunes premiers sont revenus sur la scène avec une large mouche de taffetas d'Angleterre. M. Scribe a raison : le public ne se lasse ni des coups d'épée, ni des coups de feu, ni des blessures, ni des cicatrices. Il en veut môme en musique : le plus bol opéra, voire méaie comique, a besoin d'un duel : Hérold {le Préaux Clercs), Meyerbeer {les Huguenots), Halévy {la Magicienne) emploient heureusement le cliquetis des épées comme accompagnement. Les femmes, encore plus que les hommes , sont friandes au théâtre de ces émotions. Quand la fdle de M. Poirier, la marquise de Preste, crie à son mari : « Et maintenant va te battre , )) j'ai Vu de jeunes femmes déchirer leurs gants blancs à force

d'applaudir. Si l'on jugeait par le roman et par le théâtre la société française du dix-neuvième siècle, on croirait qu'elle vit, comme au temps de la Fronde , la moustache retroussée et la flamberge au vent. Jamais siècle pourtant n'a eu des instincts plus pacifiques ; jamais mœurs n'ont été plus rassises et plus bourgeoises. C'est précisément pour cela que nous savons tant de gré à la littérature de nous peindre à l'envers, et la littérature se prête obligeamment à notre fantaisie. Comme toujours, elle nous suit au lieu de nous conduire. Elle aurait mieux à faire, et c'est ce que m'expliquait hier, à propos du duel ,. un sage de mes amis, en causant avec moi dans un jardin public : « Au lieu, me disait-il, de nous montrer d'éternels spadassins et de nous intéresser au duel et à l'escrime , la littérature devrait une bonne fois nous tenir ce langage : Vous, le dix-neuvième siècle, vous n'êtes pas un siècle religieux et monarchique comme le dix-septième siècle, votre respectable aïeul, et si je vous disais : Le duel est défendu par Dieu et par le roi , vous ieriez sourde oreille. Vous n'êtes pas non plus comme le dixhuitième siècle, un siècle philosophique, et si je ressassais les arguments moraux de la Nouvelle Béloïse, vous en seriez sans doute beaucoup moins attendri que ce bon milord Edouard. Vous êtes un siècle bourgeois, vous le dites vous-même, un siècle positif; vous vous vantez sans cesse d'avoir de saines idées; vous vous faites honneur de n'être pas chevaleresque; vous vous moquez, avec la plus judicieuse ironie, de tout ce qui ressemble à l'exaltation, à l'enthousiasme, à la poésie et au don quichotisme; vous êtes un Sancho ! Cet honnête Sancho, évitant les horions et cherchant les prolits, lâchant à tout propos ses proverbes, tout pleins d'un gros bon sens solide et terre à terre , et faisant

SUR LE DUEL. 2i7

son chemin au petit pas de son âne, est un homme de mérite que je prise beaucoup :

Chacun pris en son air est agréable en soi.

«Mais que diriez-vous de Saucho grimpé surRossin.inte, coiffé de l'armet de Mambrin et la lance en arrêt? Il serait ridicule et vous le siffleriez. Profitez de l'exemple : vous êtes des bourgeois, soyez bourgeois franchement, et de la tête aux pieds : vivez avec vos mœurs, ou, si elles vous déplaisent, faites un bond en arrière, et revenez aux mœurs héroïques du vieux temps : soyez des chevaliers, des troubadours, des champions du trône et de l'autel ; déployez l'oriflamme, idolâtrez l'honneur, et surtout méprisez l'argent. Mais de grâce ne jouez plus ce personnage bâtard mi-partie gentilhomme et mi-partie bourgeois. Décrochez ces rapières des basques de vos paletots. Vous êtes dans une ruche , une usine , un bazar, un caravansérail , tout ce que vous vous voudrez, excepté dans un camp : travaillez, fabriquez, commercez, et ne vous ballez pas. Le duel n'est pas fait pour le dix -neuvième siècle : le duel, c'est le passé, un non-sens, une folie. » Comme il disait ces mots, un voisin, qui, assis près de nous, l'écoutait, s'écria tout à coup : « Il n'y a qu'un poltron qui puisse parler ainsi. » — « Vous me rendrez raison, » lui répliqua mon sage en lui jetant sa carte. J'ai eu beaucoup de peine à arranger l'affaire. Évidemment nous sommes encore loin du temps où le sens commun sera assez commun pour que ceux qui parlent le plus hardiment contre le duel osent en refuser un ; pour que le duel paraisse réellement une folie et qu'on inscrive au Code une loi ainsi conçue, la meilleure, selon Addison, qu'on puisse faire

sur le duel : Article unique : « Quiconque aura donne ou accepté un cartel sera détenu dans une maison de santé jusqu'à parfaite guérison. »

27 mai 1858.

« Vno compagnie choisir étant à la canipaprne chez une dame de beaucoup d'espril quej'appcneraiClarinte, après avoir dîné dans un lieu digne de la magnificence du repas, passa dans un autre orné de très-rares tableaux et paré tout à l'en tour de beaux vases remplis de fleurs. Il y a longtemps, dit alors Clarinte, en adressant la parole à Théanor, que j'ai envie de prier quelque honnête homme du monde de me dire précisément ce que c'est qu'on appelle politesse, et comme il y a des maîtres qui enseignent toutes les langues, toutes les sciences. et tous les arts, je voudrais en trouver un qui me l'enseignât. »

Ainsi commence une des Conversations de Mademoiselle de Scudéi-y, ces entretiens ingénieux de morale mondaine, où les personnages dissertent plutôt qu'ils ne causent, d'un ton apprêté, mais avec beaucoup de finesse et d'esprit*. Clarinte ayant mis sur le tapis cette question galante, Théanor, Cléonte, Cléonice et les autres prennent la parole tour à tour. On convient d'abord que sous le nom de politesse il faut comprendre toutes les bienséances du langage, des manières, du costume et de la conduite, tout ce qui compose aujourd'hui la vie élégante, le bon ton. On développe le mérite sérieux de cette distinction, quel-

' Conicruaiioiis nouvelles sur divers snj(is; sur la politesse et sur l'air ga!(iul, p. G't et 175.

quefois suspecte de frivolité. Comme la voie lactée , a dit Bacon, est un assemblage de petites étoiles dont chacune, séparée des autres, serait invisible, et qui réunies répandent une blanche lumière, de même le bon ton est une réunion de mérites déliés et imperceptibles , qui donne à la conduite de personnes bien élevées le doux prestige de la politesse. Les menues perfections, composées d'apparences, sont, pour ainsi parler, des lettres de recommandation perpétuelles : ce sont elles qui nous rapportent le plus de louanges : l'usage en est continuel, et elles se font remarquer à chaque instant, au lieu que l'exercice d'une grande vertu ou d'un grand talent est plus rare. Les petits gains produisent les grosses fortunes : les petits mérites font les grandes réputations *.

Après avoir loué la politesse, quelqu'un de la compagnie demanda si l'on peut être aussi poli dans les provinces qu'à Paris, à la ville qu'à la cour, et dans les républiques que dans les monarchies; et sur ces points divers on parla si abondamment, que, je l'avoue sans confusion par l'extrême chaleur qu'il fait, je me sentis m'assoupir au moment où ïhéanor expliquait à Clarinte que les Romains furent plus polis sous la république que sous les rois, et sous les empereurs que sous la république , ce qui donne raison aux partisans de la perfectibilité, et permet de penser que la politesse des mœurs est indépendante des formes de gouvernement. Pendant mon sommeil, je rêvai que l'entretien continuait et que j'entendais parler Gléonice : a Maintenant, disait-elle , que nous avons fait connaître notre sentiment, je voudrais savoir ce que pensent sur la même matière les beaux esprits du dix-neuvième siècle; j'ai

' Bacon, Essais de morale, chap. li.

DE LA VIE ÉLÉGANTE. 25 i

OUÏ dire que, sauf quelques-uns d'entre eux, gens d'un goût supérieur, qui nous aiment et nous vénèrent jusqu'à l'idolâtrie, qui n'eslimenl belle que notre beauté, spirituel que notre esprit, élégant que notre élégance, le reste se dispense volontiers de se régler sur nous et prend dans ses manières toutes sortes de libertés, sans s'inquiéter de ce qu'en pense le grand siècle de Louis XIV. Il me plairait de voir quelques-uns de ces galants modernes, qui se piquent de l'être à leur façon, et que je soupçonne fort d'être incongrus en galanterie. Nous les ferions parler un peu sur le bel air des choses, tel que l'entendent nos arrière-neveux; ce serait, je pense, un divertissement. » — «Justement, répondit Théanor, je connais plusieurs de ces messieurs qui doivent passer chez les modernes i)our les arbitres souverains des belles manières et du goût, car ils en ont écrit et imprimé les lois. Qu'on aille les quérir et qu'on les amène ici. »

Le premier qui se présenta fut iM. le baron de Mortemart-Boisse, auteur d'un livre nouveau : La vie élégante à Paris, « Vous êtes homme du monde ? » lui dit Clarinte. — « Du meilleur, madame. » Et pour justifier ses titres à parler du bon ton devant des connaisseurs, M. le baron nomma ses amis, vicomtes , comtes, marquis, princes, ducs, etc.; il lut tout haut une lettre où madame la marquise de Monlecatini, grande maîtresse de la cour de Lucques, le loue de la manière « toute française et toute chevaleresque » dont il entend la politesse ' , et finit par se recommander du prince Anatole Démidoff : « On s'est beaucoup plaint, dit-il, de l'humeur du prince Démidotf; je ne puis, quoi qu'on en puisse dire , joindre mon mécontente-

* La vie élégante à Parix^ p. 24.

ment à celui de ceux qui l'attaquent : il a toujours été d'une parfaite politesse pour moi, et m'a même fait offrir dernièrement ses services, de Vienne (par son secrétaire qui était à Paris), pour un envoi de diamants que je devais faire à la princesse Marie G..., amie de ma femme, et comme elle d'un cœur d'or et de vertus solides '. ))

Clarinte, souriant, fît son compliment à M. de Mortemart-Boisse d'avoir de tels seigneurs pour amis et un cœur d'or pour femme, et le pria de commencer à parler sur la vie élégante. Voici le résumé de son discours :

Il y a plusieurs mondes : je ne parlerai ici que du monde élégant, de la bonne compagnie, et personne n'ignore que « toutes les réunions de la bonne compagnie ont un cachet marqué d'aristocratie. » Il faut que les bourgeois en prennent leur parti, et se contentent de l'égalité devant le Code pendant leur vie, et devant Dieu après leur mort. L'aristocratie est un fait de nature. Il y a des êtres plus nobles que d'autres, comme il y en a de plus beaux et de plus spirituels. C'est de cette élite que je parle, de ses manières, de sa vie. On distingue chez elle trois sortes d'élégance : l'élégance personnelle, l'élégance dans le monde, l'élégance en public.

De l'élégance personnelle les points capitaux sont : 1° Le costume et le maintien. L'habit moderne est déplorable; il fait tache au milieu des femmes. Le plus grand seigneur a l'air d'un maître d'hôlel. C'est à l'homme et à ses gants de faire valoir son habit. Soyez spirituel et bien ganté, pour paraître mieux vêtu : quelques mots heureux et deux paires de gants par

• Lu vie élé(jnnlc à Paris, p. "288,

jour VOUS suffiront. Quant au niainlien, qu'il soit aisé, mais sévère : ni roideur ni ianiiliarilé. « Si une femme de haut ran^' vient faire visite à votre femme ou à votre liile, accompagnez -la jusqu'à sa voiture, et pendant que son valet de pied ouvre la portière, présentez votre avant- bras à la grande dame pour qu'elle s'y appuie. Si vous êtes déjà en rapports un peu intimes avec elle, vous pouvez lui donner la main.... Si c'est à la sortie du spectacle, prenez aussi ces précautions, mais surtout évitez de toucher le nu '... »

2" L'habitation. Ici un exemple vaudra mieux que tous les préceptes, (juand on est du monde, voici comme on se loge : «L'hôtel de Madame la vicomtesse de S.... est situé dans cette partie du faubourg Saint- Honoré qui a envahi les jardins de l'ancien hôtel Stacpoole. 11 a une cour d'honneur et une serre-jardin.... » Conmie je ne puis vous le décrire de la cave jusqu'au grenier, je me contente de vous introduire, «malgré Xashocking^ » dans la chambre à coucher de la vicomtesse. « Rien de plus simple et de meilleur goût. Elle est capitonnée en soie orange (la vicomtesse est brune), rehaussée de câbles tendus en soie bleue. Le bois du lit disparaît sous une ouate recouverte d'étolfe pareille à la tenture. Des ganaches, des chauffeuses se nichent dans les angles. Le cabinet de toilette et de bain est tendu en perse, fond vert d'eau, avec bouquets de roses; la baignoire est de marbre blanc à contour enroulé ; un épais tapis turc couvre le sol. La chambre à coucher du vicomte de S..., séparée de celle de sa femme par un vaste cabinet de travail d'un style sévère, est tendue en damas vert. Quelques portraits de chevaux

' La vie élé<jaiuc à Parii, p. 45.

2'iA CONVERSATIONS LITTERAIRES.

et de chiens, par Alfred de Dreux, ornent les parois de la chambre. Un bois de cerf porte les cannes et les parapluies. Les cabinets de toilette et de bain suivent la chambre et font pendant à ceux de la vicomtesse.... Voilà ce qu'en l'an de grâce 1858 on peut citer comme le modèle d'un charmant hôtel accessible aux fortunes ordinaires. On peut loger là avec soixante ou quatrevingt mille livres de rente '. » Il n'en faut pas plus à un petit ménage pour être de bon ton.

J'arrive à l'élégance dans le monde. Parlons d'abord des repas. Je pense avec Brillât-Savarin que les animaux se repaissent, que l'homme mange, et que l'homme d'esprit seul sait dîner. Un bon repas a son prix , et c'est un préjugé de croire l'appétit prosaïque. Seulement soyez sobre. Il n'est pas permis de trop boire , même en Angleterre. « J'ai dîné dernièrement chez la duchesse de S... où était réuni le meilleur monde, entre autres cette bonne et spirituelle famille princière de B.... Eh bien ! quoique l'amphitryon fût Anglais, personne n'eut l'idée de rester à table après les dames ni de boire plus qu'on ne le fait ailleurs pendant le repas ^. »

Dans le salon, on cause. Parlez peu, surtout devant les femmes : « Les femmes ne savent pas écouter. » Si vous ne brillez pas vous-même, éclairez-vous du reflet des autres. Lisez tous vos grands écrivains, et « bénéficiez de leur esprit. » Ils vous apprendront à penser. Les femmes vous apprendront à parler. Soyez attentif et galant pour elles. Mais prenez garde aux coquettes : «Ne laissez pas votre imagination s'enflammer, ni votre cœur s'attendrir pour quelques regards, quelques paroles jetées au vent.... » Étudiez le sexe; il

' La vie élégante à Paris, p. 88 à 91. ' Ihid., [K l.JO.

peut se diviser en plusieurs catégories : les femmes qui aiment et sauraient tuer : les Hermiones; celles qui aiment et sauraient mourir : les Bérénices; enlin celles qui ne savent ni (uer, ni mourir, ni aimer.... — Ici Gléonice interrompit l'orateur : vous oubliez les cœurs d'or, dit-elle, qui savent vivre pour aimer. — Je ne les oublie pas, reprit-il, et je dis : « Vous trouverez dans le monde, spécialement dans ses soirées intimes, des femmes d'un f;oût réfléchi, sages, modestes, ayant un fonds de timidité qui les embellit encore.... Quand vous rencontrez une femme semblable, si elle est mariée, trouvez-vous heureux de devenir avec le temps son ami. Si c'est une jeune personne, trouvez-vous heureux d'en faire votre femme '.» Toute l'assemblée, Gléonice la première, applaudit à ces paroles, visiblement inspirées par le souvenir des cœurs d'or, et l'orateur poursuivit :

J'abrège, et je termine par la troisième sorte d'élégance, l'élégance en public, aux promenades, aux courses, aux chasses, dans les églises. Après les chasses, après les courses, fumez «avec discrétion et ne jouez pas trop; si vous pariez contre les femmes, ne pariez jamais qu'une discrétion. «La discrétion commence au sac de bonbons et finit au bracelet de mille écus. » A propos de bonbons, quand vous en oflrez au jour de l'an dans la maison où il y a des enfants, offrez-les de façon qu'on ne puisse pas « mal augurer de vos rapports avec la mère^. » A l'église, soyez respectueux, digne et silencieux.... Préparez deux chaises et asseyez-vous. Si un vieillard, un prêtre ou une femme honnête, ce qui se connaît facilement, doit passer près de vous, levez-vous aussitôt et faites-

• La vie élégante à Paris, p. 258.

2 lùid., p. :.'y'j.

lui place.... Il est bien entendu que si vous prenez place à la sainte table, vous devez quittervos gants '....» Un dernier et solennel précepte à l'usage de la bonne compagnie, c'est d'avoir de la religion. « Trois besoins urgents se dressent devant notre société moderne : l'un de donner constamment un travail lucratif au peuple ; l'autre d'augmenter les produits alimentaires du pays ; le troisième de trouver un contre-poids aux appétits matériels qui dépravent la société. Il faut opposer à l'or les idées généreuses; aux mauvaises pensées, le travail; aux mauvaises actions, les vertus chrétiennes. Enfin, prions Dieu qu'il protège la France, et qu'il nous donne à tous, et en toutes choses, la croyance, cette grande tranquillité du cœur et de l'esprit ^. » — Ainsi soit-il , répondirent en chœur Clarinte, Gléonice et les autres femmes de la compagnie, et elles louèrent à l'envi l'orateur de ses bons sentiments. Les hommes, moins édifiés, se permirent tout bas de remarquer qu'il serait peut-être plus chrétien encore de pas mêler le monde et l'Église ni de ranger la foi parmi les choses comme il faut. Théanor ajouta : « Il y a certainement dans tous ces préceptes de la vie élégante toute la fine fleur du savoir-vivre, et cela est poussé jusqu'au dernier galant. J'achèterai ce Traité de M. de Mortemart-Boisse pour me pénétrer de ses doctes leçons. Il se publie, je crois, chez le libraire Hachette, le Barbin du dix-neuvième siècle, et il aura, j'espère, tout le succès qu'il mérite. Mais il ne suffit pas pour nous faire connaître le bon ton chez les Français. M. de Mortemart-Boisse n'est qu'un homme du monde et un homme d'esprit; il raconte les usages, il ne les explique pas. Il ne nous en donne pas le sens

' La vie éléçiante à Paris, p. 308, 2 /6id., p. 316,

philosophique, comme disent nos tirrièrc-nevcux. Je voudrais entendre sur le m(5me sujet un de ces esprits profonds et métaphysiques qu'ils appellent un penseur. — Faites venir M. de Balzac, dit Cléonte; il a fait, hii aussi, un Imité de la vie élégante. C'est un esprit qui pense, qui pense tant et si bien, qu'on prétend, parmi les modernes, qu'il vaut à lui tout seul notre Molière et notre Saint-Simon. Je me rappelle k peu près quelques sentences de son petit Traité. Les voulez-vous ouïr?

« L'oisif mène la vie élégante; l'artiste la crée parce qu'il la sent, et la définit parce qu'il la crée. Une définition est la chose essentielle. Un traité sans définition est comme un colonel amputé des deux jambes. Définir, c'est abréger : abrégeons donc par des définitions. La vie élégante, c'est la perfection de la vie extérieure; c'est la noblesse transportée dans les choses; c'est le principe fécondant de l'industrie... Le principe constitutif de l'élégance, c'est l'unité... L'esprit se devine à la manière dont on porte sa canne... Pour mener une vie élégante, il faut avoir été au moins jusqu'en rhétorique... L'élégance travaillée est à la véritable élégance ce qu'une perruque est à des cheveux... La vie élégante a ses péchés c<ipitaux, ses vertus cardinales et ses trois espèces de grâce. Le pédant d'élégance, le méthodiste de bon ton, n'a que la grâce suffisant?; l'élégant égoïste, qui éblouit sans plaire, n'a que la grâce essentielle ; l'élégant vrai et parfait a la grâce divine et concomitante... Quant au dandysme, c'est une pure hérésie*... »

L'assemblée se regardait avec ébahissement en écoutant ce galimatias aphoristique et théologique, et l'on se prenait h penser que c'est décidément le travers du dix-neuvième siècle de mêler le profane au sacré, et de forcer le bon Dieu à faire ménage avec le diable,

' Balzac. Traité de la vie élégante. — Ghap. iv. Des doywes, p. 68.

2o8 CONVERSATIONS LITTÉRAIRES.

lorsqq'un étranger qui venait d'être introduit s'écria tout à coup : v( Qui ose ici dire que le dandysme est une hérésie de la vie élégante? Je m'y connais, moi, messieurs et mesdames : dès ma tendre jeunesse, j'ai fait un livre , un de mes premiers-nés : De Brummel et du Dandysme, Je suis Barbey d'Aurevilly. — N'êtesvous pas, ditClarinte, l'auteur d'un roman encore plus galant que le Grand-Cyrus, et qui dans ces derniers temps a fait quelque bruit par la ville ? — C'est moimême, madame, et j'ose vous assurer que le dandysme, dont je tiens école, loin d'être une hérésie, est la forme la plus exquise et la plus originale de l'élégance et du bon ton. C'est la forme britannique. Les Français sont au-dessous du dandysme : il exige un empire sur soi-même et une placidité que nous ne pouvons atteindre, nous autres « nervo- sanguins. » C'est le privilège de la race anglaise, « race lymphatique et pâle, froide comme la mer dont elle est née. » Le dandysme n'est pas seulement une dictature d'élégance et de toilette; c'est toute une manière d'être, composée de nuances. Personne jusqu'ici n*a entrepris de le définir; personne n'a osé écrire l'histoire de Brummel, le prince des dandys, ou plutôt le dandysme lui-môme. « Nul penseur n'a cherché à se rendre compte gravement, sévèrement de cette influence qui répond à une loi.... Pour cela, les esprits profonds n'avaient pas assez de finesse, les esprits fins, de profondeur. » Moi seul je l'ai tenté, m'estimant tout ensemble assez fin et assez profond. Je vous épargne l'histoire de Brummel; je ne parlerai que du dandysme. Au point de vue philosophique, le dandysme est la libre pensée en matière de convenances, et Brummel, c'est Luther*,

* J)& Brummel et du Dandysme, p. 40,

Au point de vue moral, le dandysme est la revanche de la vanité humaine contre le christianisme qui l'opprime depuis dix-huit cents ans, revanche légitime , car la vanité est un mobile de conduite profondément utile à la société , et Pascal est un « insolent » de l'avoir outragée'. Au point de vue de l'esthétique, le dandysme est une réaction contre l'agitation moderne; car au moyen du flegme qui en est la condition suprême, et du nil adniirari qui en est la fornudc, il ramène le calme antique dans la société et dans l'art^ sans sacrifier aucun élément de l'art, aucune saveur du beau, pas même « la plaisanterie qui est un acide, )> ni « la grâce qui est un fondant \ »

Le dandysme, messieurs et mesdames, étant la libre pensée, la fantaisie dans l'ordre des bienséances, il ne saurait être enseigné; il plane au-dessus des règles et des méthodes. Toutefois, avec un esprit à la fois profond et fin, on en peut établir quelques principes fondamentaux :

Un vrai dandy doit être froid. L'armure de la froideur le rend invulnérable. Le monde est aux flegmatiques.

Il ne doit rien aimer; aimer, c'est désirer; désirer, c'est un besoin, une infériorité. Il ne doit aimer personne, c'est le moyen d'être aimé des femmes. En l'honneur de l'imprévu, en haine de la pédanterie des vertus domestiques, il doit u mieux aimer tous les malheurs par les maîtresses, que le bonheur légal par le mariage*. »

Ne voulant rien aimer, qu'il se garde bien d'être ai-

' De Drummel et du Dandysme, p. 8, 2, 3 et 6, ^

^ Ibid., p. 29.

' Jbid., p. 30.

* Jbid., p. 41, 43,79.

260 CONVERSATIONS LITTÉBAIRES.

mable. Il lui sied de déplaire pour être recherché».

Il doit se faire craindre et pratiquer l'ironie. « L'ironie jette sur un homme l'air de sphinx qui préoccupe comme un mystère et inquiète comme un danger *.... ))

Enfin, messieurs et mesdames, le dandy doit être impertinent \ Je vais vous développer, s'il vous est agréable, la théorie de l'impertinence, ce mélange d'aplomb et de légèreté, de sérieux et de plaisant, où il entre moins de fondant que d'acide, et qui.... — Ne prenez pas cette peine , interrompit Clarinte. Vous avez appelé Pascal un insolent; cela suffit et au delà pour donner un crayon de votre théorie. Nous vous rendons mille grâces de cet enseignement , quoiqu'en vérité nous ne nous flattions pas de l'avoir toujours compris : c'est un ambigu de métaphysique et de chimie où nous ne sommes pas accoutumés. Est-ce que tout le monde à Paris parle maintenant ce langage ? — Plût à Dieu! madame, nous ne serions pas obligés, quelques beaux esprits de mes amis et moi, de réveiller dans cette pauvre France, engourdie aux bas-fonds de la vulgarité roturière, la politesse des siècles monarchiques et chrétiens, la prudhomie du goût, les grâces de l'euphuisme et les allures fringantes du style gentilhomme. Parmi ces délicats, je suis le Brummel de l'esprit et me pique de représenter le dandysme dans la littérature. N'est-ce pas un beau rôle, madame, et digne de ce que vous appelez un honnête homme? — Un honnête homme, monsieur, ne se pique de rien, a dit La Rochefoucauld. — Et Clarinte lui fit une révérence polie qui lui donnait congé. Brummel se retira

• De Brummel et du Dandysme, p. 111.

2 Ibid., p. 60.

^ Jùid.y p. 63.

lin peu décontenancé, en affectanl le llognie, le nil admirnri , et l'ironie du sphinx, mais avec un air de mauvaise humeur plus acide que fondant.

Je ne sais, mesdames, dit Clarinte, si nous devons juger les modernes d'après leurs professeurs de belles manières et de politesse ; mais il me semble que leur élégance manque un peu de distinction , de naturel et de simplicité. Quand elle n'est pas commune et puérile, elle paraît affectée; elle décèle môme parfois la corruption de l'esprit et du cœur. Je ne crois pas nous vanter en disant que nous avions en notre beau temps plus d'ingénuité et de vraie noblesse. Maintenant, pour être juste, j'accorde aux modernes deux mérites : vous avez pu les entrevoir dans les discours que nous avons écoutés. C'est d'abord que la bonne compagnie qui chez nous était resserrée dans un petit cercle, celui de la cour, s'étend chez eux beaucoup plus loin. A mesure que sont tombées les barrières qui séparaient les classes de la société , la bonne compagnie est devenue moins locale, moins dépendante de l'état et de la naissance , et a ouvert ses rangs à quiconque s'élève par les talents, l'esprit ou le savoir. Sans doute les classes moyennes, en se mêlant aux supérieures, leur ont enlevé, par leur contact, une certaine fleur d'élégance; il s'est introduit sur leurs traces, dans les salons les plus polis, un laisser-aller de tenue, même une négligence contraire à l'ancienne étiquette, mais qui ne nuit à l'étiquette qu'en profitant à l'esprit d'égalité, et qui ajoute à l'agrément, si elle diminue la distinction. Cette part plus grande faite dans l'élégance à la culture de l'esprit, c'est le second mérite des modernes et leur second progrès. Jadis la culture de l'esprit n'était pas obligatoire. Ouvrez le Manuel d'élégance que nous lisions de notre temps, les Lois de la galante-

rie '.La seule condition imposée aux honnêtes gens, en matière de bel esprit, est celle-ci dont Molière s'est moqué : « S'il s'imprime quelque comédie ou quelque roman , il faut tâcher d'en avoir des feuilles, à quelque prix que ce soit, dès auparavant môme que les dernières soient achevées, afin de contenter les dames qui aiment la lecture \ » Ce précepte littéraire vient juste après celui-ci : « Vous aurez la connaissance de quelques jardinières qui vous fourniront les premières fleurs pour envoyer des bouquets aux dames. » Bouquets, romans et comédies, cela tient le même rang. Aussi nos grands seigneurs se sont-ils souvent piqués de ne rien savoir de ce qui sent l'homme de collège et d'ignorer môme l'orthographe. Les gentilshommes modernes n'ont plus de ces dédains. M. de Mortemart- Boisse, l'ami de tant de grands seigneurs, le législateur du monde « marqué du cachet aristocratique , » professe ouvertement le respect de la science; il veut, on s'en souvient, qu'on lise les bons auteurs pour bénéficier de leur esprit, et que le luxe de nos intelligences rachète l'indigence de nos habits. M. de Balzac n'admet pas qu'on soit élégant sans avoir fait sa rhétorique. Qu'eussent pensé d'une telle maxime M. de Candalle et M. de Lauzun? Évidemment plaire n'est plus le premier devoir. Les manières ont moins d'empire dans le monde , et ce qu'elles ont perdu , le mé-

' 1644. Réimprimé récemment, avec une introduction de M. Ludovic Lalanne, chez Paul Aubry.

2 Page il. Voir Molière, les Précieuses ridicules, scène X. Les lois de la (jalunlerie, qui négligent l'esprit, ne se dédommagent pas suffîsaminent par les soins qu'elles prennent du corps. On y lit, page 11 : * On peut aller quelquefois chez -les baigneurs pour avoir le corps net, et tous les jours l'on prendra la peine de se laver les mains avec le pain d'amande. 11 faut aussi se faire laver le visage presque aussi souvent »

rite Ta gagné. L'homme intérieur a plus de prix. La supériorité morale l'emporle sur toutes les autres. La richesse ou la pauvreté , un hôtel ou un cinquième étage, un carrosse ou un fiacre, mettent moins de différence maintenant entre les hommes que l'ignorance ou le savoir, le talent ou la médiocrité. Si les modernes veulent se bien persuader que la vraie élégance n'est pas seulement extérieure, qu'elle exige l'accord des qualités intimes avec les bonnes manières, de l'honnêteté avec la grâce; qu'elle est, en résumé, la morale introduite dans les usages de la vie, et qu'il faut savoir la morale pour bien savoir la politesse', on peut espérer qu'un jour viendra où le bon ton ne sera plus que la distinction de l'esprit et de i'àme, réfléchie dans le maintien, les formes et le langage, et où la bonne compagnie sera la société des esprits cultivés et des honnêtes gens.

Clarinte ayant achevé de parler ainsi se leva, et proposa à la compagnie de s'aller promener sur un grand canal qui était au delà d'un parterre, et, sans s'amuser à traiter davantage la question , tout le monde convint que son sentiment devait être la règle de tous les bons esprits''. Ici finit mon rêve, et je viens de l'écrire en me réveillant.

' Mademoiselle de Scudéry, Eturelieus sur la politesse ^Nouvelles CoHversdlions morales, p. 168).

» Ibid., p. 1R8.

10 juin 1858.

d'une idée moderne SUR L'ART ET LES ARTISTES.

Il fut un temps où l'on s'imaginait en France qu'un homme de génie, un grand artiste, un grand poëte, était un homme comme un autre, et ne se distinguait du commun des mortels que par les dons particuliers et l'excellence de son esprit. On n'avait pas l'idée qu'il dût être investi d'aucun privilège ni exempté d'aucun devoir. On trouvait tout naturel et nullement prosaïque qu'il crût, comme tout le monde, à Dieu, à l'âme et à l'autre vie ; qu'il vécût de peu ici-bas, et vécût de son mieux pour gagner le paradis; que s'il ne se mariait pas, il fût aussi correct dans sa conduite que dans ses ouvrages ; que s'il se mariait, il rendît sa femme heureuse, élevât bien ses enfants, et fît des économies. Ni Corneille, dans son petit ménage de Rouen, écrivant Polyeucte au bruit des fuseaux de sa femme, ni Racine faisant la procession dans sa chambre, un cierge à la main, à la tête de ses enfants, ne passaient pour des prodiges. On ne soupçonnait pas que les vertus domestiques étouffent le génie, et on aurait presque défini le grand poëte : un bon père de famille qui fait de beaux vers.

Toutes ces idées bourgeoises sentent bien leur vieux temps, le temps où la raison régnait dans l'art et donnait aux ouvrages leur lustre et leur prix, comme dij sait Roileau. Aujourd'hui ce n'est plus la raison qui est la reine de l'art, c'est l'imagination, et il paraît

d'une idée mudeilne SLR l'art et les artlstes. iîG5 tout simple que la fantaisie, seule muse des artistes, ^'ouvorne aussi leur vie. Le public tend de plus en plus h se persuader que l'artiste est un ôtre à part dans la création et qu'il serait injuste de l'assujettir aux règles communes. C'e^t un artiste, ce mot dit tout. Il y a dans une très-jolie pièce de M. Octave Feuillet, Dnlila, un de ces personnages qui s'attachent aux artistes et se font leurs patrons, le chevalier Carnioli. Il apprend qu'André, un grand musicien qu'il protège et qu'il ap- ])elle (( son musicien, » veut épouser une jeune fille dont il est amoureux. « Te marier, triple idiot!... lui dit-il. Je te défends de placer ton génie sous cet ignoble éteignoir du mariage... Un artiste marié est un artiste fini. Il est époux, il est père, il est citoyen, tout ce que tu voudras... Mais le poôte est mort, (^est pourquoi je te dis ceci : Puisque tu aimes cette fille, fais-en ta maîtresse; mais ta femme, je te le défends. — Mais la morale? objecte André. — (ju'est-ce que tu me chantes avec ta morale? Depuis quand la morale est-elle une muse? Que je déteste, ô ciel ! cette manie nauséabonde qu'ils ont maintenant de mettre l'honnêteté, le mariage, le bon Dieu et le Code civil en vers, en prose et en musique ! Ah çà, voyons, qu'est-ce que tu as de conunun avec la morale, toi? Es-tu marguillier? es-tu quaker?... Bah! estu chrétien seulement? Non tu ne l'es pas; tu es un artiste. Ton dieu, c'est l'art, et l'art, c'est le diable.... »

Au théâtre, le public ne manque jamais d'applaudir chaudement le chevalier Carnioli, pour une bonne raison, c'est que Carnioli, c'est le public lui-même; il exprime tout haut ce que beaucoup de gens pensent tout bas. J'en connais même (et ce sont néanmoins d'honnêtes gens) qui, dans l'intimité des causeries fa-

milières, commentent avec une parfaite sérénité de conscience ces maximes de Carnioli. J'en ai entendu me dire très-gravement qu'il faut savoir se mettre audessus des préjugés vulgaires; qu'au point de vue de l'esthétique , cette extrême liberté qu'on appelle le désordre est essentiellement favorable au développement du génie. Plus un artiste a de passions, mieux il exprime les passions ; plus agitée est sa vie , plus émouvants sont ses ouvrages. Un artiste, à bien prendre, n'est ni mari, ni fils, ni père; il est marié à l'art, il est fils de son génie, il est père de ses œuvres : voilà toute sa famille. Qu'il aime le beau, voilà son culte; qu'il fasse des folies, mais qu'il fasse des chefsd'œuvre, voilà toute sa morale; on le tient quitte des vertus.

C'est là l'idée moderne. Je ne sais pas si elle vaut mieux que celle d'autrefois, s'il est entièrement vrai que, pour mieux exprimer les passions, il est bon de s'y livrer, ni si" cette tolérance d'exception qu'on affiche pour les artistes et ces licences qu'on leur accorde ne sont pas plus injurieuses qu'honorables pour l'art et pour eux. Mais je sais qu'il y a beaucoup de chevaliers Carnioli pour tenir ce langage et plus d'un André pour l'écouter. Aussi quelle douce surprise lorsqu'on voit s'ouvrir devant soi, dans des lettres naïves, l'âme d'un grand artiste, qu'on y découvre ces pieuses croyances, ces humbles vertus, ces idées candides et ces sentiments bourgeois, prétendus si funestes à l'essor du génie ; lorsqu'on aperçoit briller la plus radieuse poésie dans le cœur le plus simple ; le plus pur idéal dans les scènes les plus familières de la vie domestique ! Ce ravissement, je viens de l'éprouver en lisant la correspondance d'un père avec son fils, de Léopold Mozart avec le futur auteur de Don Juan et

Page 1