UN RFCUEIL DE SERMONS ET UN NOUVEAU CONCORDAT
Le second ouvrage qui m'a été adjugé à la vente des livres du vieux janséniste est un ouvrage de piété d'une espèce particulière, un recueil d'homélies politiques, moitié de publiciste et moitié d'orateur sacré. 11 est intitulé : Le Pouvoir politique chrétien ^ discours prononcés à la chapelle impériale des Tuileries pendant le carême de 1857. Ils ont été publiés, il y a quelques mois, en un volume de GOO pages. Malgré les difficultés de compte rendu que peut faire prévoir le seul titre de l'ouvrage, je n'éprouve aucun embarras à en parler à nos lecteurs. Dès que les sermons du P. Ventura sont imprimés et livrés à la publicité, c'est un livre et un écrivain que j'ai devant moi, ce n'est plus un orateur avec son auditoire, et le profond respect qui est dû à l'auditoire n'ôte rien au droit du public sur le livre de l'écrivain. Ce qui d'ailleurs, au besoin, rassurerait ma liberté, c'est mon intention d'en user le moins possible. J'ai dessein non de discuter, mais seulement d'analyser cet ouvrage, et, pour ainsi parler, d'en lire à haute voix, en présence du public, quelques morceaux choisis. Pendant ma lecture, le public jugera. L'organe accoutumé de l'opinion ultramontaine a donné aux paroles du P. Ventura une adhésion publique et sans réserve ». On trouvera donc dans ces discours la pensée du parti traduite fidèlement. On connaîtra ses vœux, ses espérances ; on mesurera le chemin qu'il suppose avoir fait, celui qu'il prétend faire encore. On ne refusera plus de croire que si les mys-
* Voir à la tête du livre la préface de M. Louis Veuillot. C'est le contre-seing de l' l/mt'er^ apposé sur le manifeste du P. Ventura.
tiques du parti religieux veulent ressusciter la dévotion monacale du moyen âge, ses politiques travaillent à ramener le monde aux pieds de la théocratie. Une telle ambition, au dix-neuvième siècle, semble un si ridicule anachronisme, qu'on a l'air, quand on la dénonce, d'un visionnaire ou d'un déclamateur. On verra tout à l'heure si c'est un rêve ou une calomnie.
Le véritable objet des sermons que j'analyse, c'est de proposer au pouvoir politique un nouveau Concordat. Il existe un Concordat, une des plus grandes œuvres du Premier Consul. 11 règle encore aujourd'hui les rapports de l'Église et de l'État, et personne n'ignore sur quels principes il est fondé. Il résume et consacre les progrès d'indépendance accomplis par l'État depuis le moyen âge. L'État demeure émancipé de l'Église. L'Église redevient ce que l'Évangile l'a faite, un pouvoir spirituel, dont le royaume n'est pas de ce monde. Divine par son institution, elle ne relève que de Dieu pour sa doctrine et que d'elle-même pour sa discipline. Humaine par ses ministres, elle relève de l'État qui les protège et qui les entretient. Le sacerdoce n'est pas seulement un sacrement, c'est une magistrature, la première de toutes. Comme telle, elle tombe sous l'action de l'État. Entre l'État et la religion, il y a une alliance, alliance temporelle, qui ne comprend que ce que la religion a d'extérieur et d'humain, ses ministres et son culte; alliance dont le prix est la protection que l'État accorde à la religion, et dont la condition, comme a dit M. Royer-Collard, c'est que le prêtre restera dans le temple. Le dogme n'entre pas dans l'alliance. L'État ne protège pas la vérité ; il ne met pas le glaive à son service, parce que l'État n'est pas une personne individuelle et responsable qui doive discerner la vérité, sous peine de damnation éteinellej